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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2400897

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2400897

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2400897
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBLOCH-LEVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi en date du 7 février 2024, la magistrate désignée du tribunal administratif de Nancy a transmis au tribunal administratif de Strasbourg la requête présentée par M. B D.

Par une requête, enregistrée le 3 février 2024 au greffe du tribunal administratif de Nancy et un mémoire enregistré le 15 février 2024 au greffe du tribunal administratif de Strasbourg, M. B D, représenté par Me Bloch-Levy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 3 février 2024 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a interdit sa circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 5 février 2024 par lequel le préfet de la Moselle l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- elles sont entachée d'un défaut de motivation ;

- s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

o elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

o elle est entachée d'erreur d'appréciation ;

- s'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire, elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite ;

- s'agissant de la décision fixant le pays de destination :

o elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- s'agissant de l'interdiction de circulation sur le territoire français, elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

La procédure a été communiquée au préfet de la Moselle, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit des pièces enregistrées le 14 février 2023, qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Milbach en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milbach, magistrate désignée, qui a en outre informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le présent jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la tardiveté des conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 5 février 2024 par lequel le préfet de la Moselle a assigné M. D à résidence ;

- les observations de Me Bloch-Levy, avocat de M. D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans ses écritures ;

- et les observations de M. D, qui indique souhaiter rester en France.

Le préfet de la Moselle, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D est ressortissant portugais né le 12 septembre 1974. Par un arrêté du 3 février 2024, le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a interdit sa circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par arrêté du 5 février 2024, le préfet de la Moselle l'a assigné à résidence. Par sa requête, M. D demande l'annulation de ces arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 3 février 2024 :

3. Par un arrêté du 17 janvier 2024, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 22 janvier 2024, le préfet de la Moselle a donné délégation à M. C A, pour les périodes de permanence et d'astreinte, à l'effet de signer " toutes les mesures d'éloignement et les décisions prises à l'encontre des étrangers en situation irrégulière prévues aux livres sixième et septième du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Il ressort cependant des termes mêmes de l'arrêté du 3 février 2024 contesté que la décision portant obligation de quitter le territoire français opposée à M. D, ressortissant portugais, a été prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile du livre II dudit code. Le préfet de la Moselle ne justifiant pas avoir donné délégation de signature sur ce fondement à M. C A, le moyen tiré du vice d'incompétence entachant la décision d'obligation de quitter le territoire français doit être accueilli, et ladite décision annulée pour ce motif, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête. Pour les mêmes motifs, le refus de délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de destination et l'interdiction de circulation sur le territoire français doivent également être annulés.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 5 février 2024 :

4. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () " Aux termes de l'article L. 732-8 du même code: " La décision d'assignation à résidence prise en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-1 peut être contestée devant le président du tribunal administratif dans le délai de quarante-huit heures suivant sa notification. Elle peut être contestée dans le même recours que la décision d'éloignement qu'elle accompagne. / Le délai de quarante-huit heures prévu au premier alinéa est également applicable à la contestation de la décision d'assignation à résidence notifiée postérieurement à la décision d'éloignement, alors même que la légalité de cette dernière a été confirmée par le juge administratif ou ne peut plus être contestée. / Les dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 sont applicables au jugement de la décision d'assignation à résidence contestée en application du présent article. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 5 février 2023 par lequel le préfet de la Moselle a assigné M. D à résidence, qui comporte la mention des voies et délais de recours, lui a été notifié le 5 février 2024 à 22 heures 20. Or, le requérant n'a demandé l'annulation de cet arrêté que par son mémoire enregistré le 15 février 2024 au greffe du tribunal, soit au-delà du délai de quarante-huit heures qui lui était imparti pour contester cet arrêté. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'annulation de cet arrêté sont tardives et doivent être rejetées pour ce motif.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 251-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et les interdictions de circulation sur le territoire français prises en application du présent chapitre peuvent être contestées devant le tribunal administratif dans les conditions prévues au chapitre IV du titre I du livre VI. L'article L. 614-5 n'est toutefois pas applicable. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du même code : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

7. Le présent jugement n'implique pas, s'agissant d'un ressortissant de l'Union européenne, d'enjoindre au préfet de délivrer à M. D une autorisation provisoire de séjour. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent ainsi être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. En premier lieu, il appartient à l'avocat désigné d'office qui entend obtenir le versement à son profit de la somme mise à la charge de la partie perdante de formuler expressément, au besoin dans ses écritures, une demande tendant à l'attribution de l'aide juridictionnelle à son client si celui-ci ne l'a pas fait. Le juge ne peut décider que les sommes mises à la charge de la partie perdante seront versées à cet avocat dans les conditions prévues à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sans avoir, au préalable, admis son client au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, sans préjudice de la décision définitive du bureau d'aide juridictionnelle.

9. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait déposé une demande d'aide juridictionnelle. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que Me Bloch-Levy, avocate désignée d'office, aurait formé une telle demande au profit de son client. Par suite, Me Bloch-Levy ne peut pas se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

10. En second lieu, M. D a été représenté à l'audience par un avocat commis d'office, Me Bloch-Levy, qui figurait sur la liste des avocats de permanence désignés d'office établie par le bâtonnier. Il n'y a donc pas lieu de faire droit à ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté en date du 3 février 2024 par lequel le préfet de la Moselle a obligé M. D à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a interdit sa circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Bloch-Levy et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Sarreguemines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

La magistrate désignée,

C. Milbach

La greffière,

A. Slovencik

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

A. Slovencik

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