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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2400928

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2400928

mercredi 28 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2400928
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCHWEITZER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 9 février 2024, M. E G, représenté par Me Schweitzer, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'arrêté du même jour portant assignation à résidence ;

3°) de suspendre l'exécution de la mesure jusqu'à la date de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, à défaut de réexaminer sa situation ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. G soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation individuelle ;

- elle méconnaît l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison des risques auxquels il est exposé en cas de retour dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît également l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'assignation à résidence :

- cette décision sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la signataire de la décision attaquée ne justifie pas d'une délégation de signature régulièrement publiée à cet effet ;

Sur la demande de suspension :

- il justifie d'éléments sérieux permettant son maintien sur le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2015, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 9 février 2024, Mme A C, représentée par Me Schweitzer, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'arrêté du même jour portant assignation à résidence ;

3°) de suspendre l'exécution de la mesure jusqu'à la date de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, à défaut de réexaminer sa situation ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme C soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation individuelle ;

- elle méconnaît l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison des risques auxquels elle est exposée en cas de retour dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît également l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'assignation à résidence :

- cette décision sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la signataire de la décision attaquée ne justifie pas d'une délégation de signature régulièrement publiée à cet effet ;

Sur la demande de suspension :

- elle justifie d'éléments sérieux permettant son maintien sur le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2015, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Iggert en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Iggert, magistrat désigné ;

- les observations de Me Carraud, substituant Me Schweitzer, avocate de M. G et de Mme C, qui conclut aux mêmes fins que les requêtes, par les mêmes moyens et soutient en outre que l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français est de nature à permettre aux requérants de venir à l'audience de la Cour nationale du droit d'asile ;

- les observations de M. G, assisté de Mme D, qui fait état des menaces dont il a été victime dans son pays d'origine.

Le préfet du Haut-Rhin, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. G et de Mme C, ressortissants géorgiens, sont entrés en France le 16 août 2023 et ont sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. Leur demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 14 novembre 2023. Par deux arrêtés du 8 février 2024, le préfet du Haut-Rhin leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an. Par des arrêtés du même jour, le préfet du Haut-Rhin les a assignés à résidence. M. G et Mme C en demandent l'annulation.

2. Les requêtes susvisées, n° 2400928 et n° 2400929 sont relatives à la situation d'un couple d'étrangers et présentent à juger des mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et compte tenu de l'urgence à statuer sur leurs requêtes, de prononcer l'admission provisoire de M. G et Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité des obligations de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, les décisions attaquées font apparaître les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces des dossiers et notamment pas des décisions attaquées que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de leurs situations individuelles avant de prendre à leur encontre les décisions en litige.

6. En troisième lieu, les décisions n'ont ni pour objet, ni pour effet, d'éloigner les requérants à destination de la Géorgie et le moyen tiré de ce qu'ils seraient exposés dans ce pays à des traitements inhumains et dégradants dirigé contre les obligations de quitter le territoire français en méconnaissance des dispositions invoquées de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Les requérants se prévalent de la durée de leur présence en France et des liens qu'ils y ont noués. Toutefois, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas à l'étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. En l'espèce, M. G et Mme C, résident en France depuis quelques mois seulement à la date des décisions attaquées. Ils n'établissent pas être dépourvus de toute attache dans leurs pays d'origine où ils ont vécu la majeure partie de leur vie, et n'apportent aucun élément justifiant des liens qu'ils auraient noués sur le territoire français. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment à la durée et aux conditions de séjour des intéressés sur le territoire français, le préfet du Haut-Rhin, en adoptant les décisions attaquées, n'a pas porté au droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel lesdites décisions ont été prises. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. En se bornant à faire valoir que l'intérêt supérieur de leur enfant est de s'installer durablement en France, les requérants n'établissent pas la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale de New-York relative aux droits de l'enfant, alors même que les décisions contestées n'ont ni pour effet ni pour objet de séparer la cellule familiale. Le moyen doit être écarté.

Sur la légalité des décisions fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les obligations de quitter le territoire français n'étant pas illégales, le moyen tiré de ce que les décisions fixant le pays de destination doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

12. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. Les requérants indiquent que M. G aurait été victime de pressions à la suite de dettes de jeu contractées en prison et pour avoir été témoin du meurtre d'un détenu. Ces événements les auraient conduits, après l'enlèvement de son épouse, à fuir leur pays d'origine. M. G et Mme C n'apportent toutefois aucun commencement de preuve de nature à établir ou faire présumer la réalité de leurs allégations, alors au surplus que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leurs demandes d'asile. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent ainsi être écartés.

Sur la légalité des interdictions de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les obligations de quitter le territoire français n'étant pas illégales, le moyen tiré de ce que les interdictions de retour sur le territoire français doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

15. En second lieu, en se bornant à faire valoir qu'ils n'ont jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que les risques auxquels ils sont exposés en Géorgie sont réels, M. G et Mme C ne démontrent pas qu'en leur faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'an, le préfet du Haut-Rhin aurait entaché ses décisions d'erreur d'appréciation.

Sur les demandes de suspension de l'exécution des décisions obligeant M. G et Mme C à quitter le territoire français :

16. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut () demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné () fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

17. Les requérants ne se prévalent d'aucun autre élément pour demander la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement que ceux qu'ils ont présenté au soutien des conclusions à fin d'annulation. Pour les motifs exposés aux points précédents, les intéressés n'apportent aucun élément de nature à justifier leur maintien sur le territoire durant l'examen de leur recours par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, leurs conclusions aux fins de suspension de l'exécution des obligations de quitter le territoire français ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la légalité des assignations à résidence :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les obligations de quitter le territoire français n'étant pas illégales, le moyen tiré de ce que les assignations à résidence doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

19. En second lieu, le préfet du Haut-Rhin a, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture du Haut-Rhin, donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. F, directeur de l'immigration, de la citoyenneté et de la légalité, à Mme B, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, à l'effet de signer les décisions contestées. Il ne ressort pas des pièces des dossiers que M. F n'aurait pas été absent ou empêché à la date de ces décisions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées ne peut qu'être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. G et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 8 février 2024 en litige et la suspension des obligations de quitter le territoire français. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1 : M. G et Mme C sont admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. G et Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E G, à Mme A C, à Me Schweitzer et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2024.

Le magistrat désigné,

J. IggertLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

Nos 2400928, 2400929

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