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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2400986

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2400986

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2400986
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLAGHA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 février 2024 et le 19 février 2024, M. B D A, représenté par Me Lagha, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 10 février 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a interdit sa circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 10 février 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, au besoin sous astreinte.

Il soutient que :

- s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

o elle est entachée d'incompétence ;

o elle est entachée d'un défaut de motivation ;

o elle est entachée d'un défaut d'examen ;

o elle est entachée d'erreur de droit ;

o elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

o elle est entachée d'erreur d'appréciation ;

- s'agissant du refus de délai de départ volontaire :

o la décision attaquée est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

o elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- s'agissant de l'interdiction de circulation sur le territoire français :

o elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

o elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o elle est disproportionnée ;

- s'agissant de l'assignation à résidence :

o elle est entachée d'incompétence ;

o elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Milbach en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milbach, magistrate désignée ;

- les observations de Me Lagha, avocate de M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans ses écritures ;

- et les observations de M. A, assisté de Mme C, interprète en langue roumaine, qui indique souhaiter rester en France.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est ressortissant roumain né le 31 décembre 2002. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de deux ans le 17 juin 2021. Il a fait l'objet d'une deuxième obligation de quitter le territoire français avec interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de trois ans le 25 janvier 2023. Par un arrêté du 10 février 2024, la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a interdit sa circulation sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêrté du même jour, la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence. Par sa requête, M. A demande l'annulation de ces arrêtés.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté du 29 janvier 2024, régulièrement publié le 2 février 2024 au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. Samuel Bouju, secrétaire général pour les affaires régionales et européennes, dans le cadre des permanences qu'il est amené à assurer, à l'effet de signer la décision contestée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. Samuel Bouju n'aurait pas été de permanence le samedi 10 février 2024. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée. Le moyen tiré du défaut de motivation ne peut, dès lors, qu'être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

6. Par les pièces qu'il produit, le requérant n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant Kemal-Iosif. Ainsi, il n'établit pas qu'il devait se voir attribuer de plein droit un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit doit, en tout état de cause, être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant se maintient en France depuis 2021, sans avoir exécuté les deux précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre. S'il déclare être en concubinage et avoir un enfant avec cette personne, il n'établit ni la stabilité, ni l'intensité, ni la durée des liens avec cette personne et il n'établit pas contribuer à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Il ne démontre pas davantage avoir contribué de manière effective à l'entretien et à l'éducation de l'autre enfant de sa concubine issu d'une précédente relation. De plus, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Enfin, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle particulière et est en outre défavorablement connu des services de police. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, la préfète du Bas-Rhin, en adoptant la décision attaquée, n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel ladite décision a été prise. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Le requérant n'établit pas, à la date de la décision contestée, contribuer à l'éducation et à l'entretien de son enfant. Il n'établit pas davantage qu'il entretient une relation particulière avec l'enfant de sa concubine. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut pas être accueilli.

11. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ".

12. Ces dispositions doivent être interprétées à la lumière des objectifs de la directive du 29 avril 2004, notamment de ses articles 27 et 28. Il appartient à l'autorité administrative d'un Etat membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre Etat membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

13. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été interpellé suite à une réquisition judiciaire et placé en garde à vue pour des faits de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lien d'entrepôt et de maintien irrégulier sur le territoire français. Il est, en outre, défavorablement connu des services de police et de justice pour des faits, entre juin 2021 et janvier 2023, de recel de bien provenant d'un vol, de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lien d'entrepôt, de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, de vol en réunion et d'usage de faux en écriture. En se bornant à soutenir qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale et est présumé innocent, il ne conteste pas utilement la matérialité des faits qui lui sont reprochés, alors qu'au demeurant, il ne produit pas, notamment, son casier judiciaire. Ainsi, eu égard aux conditions de son séjour et à sa situation familiale et économique telles que mentionnées au point 8 du présent jugement, ainsi qu'aux caractères répété et récent des faits qui lui sont reprochés, la préfète du Bas-Rhin a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que le comportement de M. A représentait, du point de vue de la sécurité publique une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société.

Sur le refus de délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que le refus de délai de départ volontaire devrait être annulé du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".

16. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8 du présent jugement, la préfète du Bas-Rhin a pu, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, refuser d'accorder à M. A un délai de départ volontaire.

Sur l'interdiction de circulation sur le territoire français :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'interdiction de circulation sur le territoire français devrait être annulée du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

18. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 8 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

19. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".

20. Ainsi qu'il a été indiqué au point 13 du présent jugement, le comportement de M. A constitue, du point de vue de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par ailleurs, il n'est présent sur le territoire français que depuis 2021 et il n'y justifie pas d'une intégration suffisante. Enfin, il a déjà fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement et d'interdictions de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an puis de trois ans. Dans ces circonstances, en prononçant à son encontre une interdiction de circulation d'une durée de trois ans, la préfète du Bas-Rhin n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

Sur l'assignation à résidence :

21. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'assignation à résidence devrait être annulée du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

22. En second lieu, par un arrêté du 29 janvier 2024, régulièrement publié le 2 février 2024 au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. Samuel Bouju, secrétaire général pour les affaires régionales et européennes, dans le cadre des permanences qu'il est amené à assurer, à l'effet de signer la décision contestée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. Samuel Bouju n'aurait pas été de permanence le samedi 10 février 2024. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être écarté.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D A et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

La magistrate désignée,

C. Milbach

La greffière,

A. Slovencik

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

A. Slovencik

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