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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2401116

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2401116

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2401116
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMENGUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I.- Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 15 février et 22 mars 2024 sous le n° 2401116, M. A B, représenté par Me Mengus, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de communiquer (OFII) l'avis contesté et tout autre élément médical sur lequel cet avis a été rendu, au besoin sous couvert du secret médical par le biais du docteur C ou de tout autre médecin ou expert que le tribunal désignera ;

2°) d'annuler la décision du 21 mars 2023 par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer entretemps un récépissé de demande de titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros TTC au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur le refus de séjour :

- cette décision est stéréotypée, non-circonstanciée et insuffisamment motivée en fait ;

- il appartient à la préfète de transmettre l'avis du 2 août 2022 de l'OFII, sous peine de nullité ;

- il appartient à la préfète de justifier de la publication de la décision du 1er août 2022 portant désignation des membres du collège de médecins ;

- la préfète s'est crue liée par l'avis du collège de médecins et n'a pas fait usage de son pouvoir d'appréciation ;

- cette décision méconnaît l'article 6-7 de l'accord franco-algérien et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car il n'est pas en état d'être pris en charge médicalement et de bénéficier de son traitement médicamenteux en Algérie et donc de s'y rendre sans que son pronostic vital soit engagé ;

- contrairement à ce qu'indique l'avis de l'OFII, il ne peut avoir accès en Algérie aux soins nécessités par son état de santé ;

- ni l'OFII ni la préfecture n'ont examiné sa situation car, sinon, ils auraient pris en compte le fait qu'il ne peut disposer d'une prise en charge adaptée à ses troubles psychiatriques en Algérie et accéder au traitement nécessaire à sa maladie cardiaque ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle et ne tient pas compte des circonstances humanitaires et exceptionnelles qu'il fait valoir ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité du refus de séjour prive de base légale l'obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

- cette décision ne tient pas compte du certificat médical du docteur C considérant qu'il ne peut aucunement voyager compte tenu de son état de santé ;

Sur la désignation du pays de renvoi :

- l'illégalité du refus de séjour ou de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale cette décision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête, en soutenant que les moyens sont infondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 janvier 2024.

II.- Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 18 et 22 mars 2024 sous le n° 2401952, M. A B, représenté par Me Mengus, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 640 euros TTC au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est stéréotypé, non-circonstancié et insuffisamment motivé ;

- le signataire de cet arrêté ne justifie pas avoir reçu délégation pour ce faire ;

- le nom de l'agent notifiant ayant remis l'arrêté en mains propres ne lui a pas été précisé ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et de la liberté d'aller et venir ;

- il est entaché d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;

- l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale son assignation à résidence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête, en soutenant que les moyens sont infondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Biget pour statuer sur les litiges relevant des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Biget, magistrat désigné ;

- les observations de Me Mengus, avocate de M. B, absent à l'audience, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes nos 2401116 et 2401952 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. M. B, ressortissant algérien né le 28 avril 1969, est selon ses dires entré en France en avril 2015. En 2017, il a présenté une première demande d'admission au séjour pour raisons médicales qui a été rejetée par un arrêté du 12 décembre 2017 du préfet du Bas-Rhin l'obligeant également à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, à l'encontre duquel son recours a été rejeté définitivement par un arrêt du 20 novembre 2018 de la cour administrative d'appel de Nancy. Le 2 avril 2019, il a présenté une deuxième demande d'admission au séjour pour raisons médicales qui a été rejetée par un arrêté du 19 novembre 2019 du préfet du Bas-Rhin l'obligeant également à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Le 22 mars 2022, il a présenté une troisième demande d'admission au séjour pour raisons médicales qui a été rejetée par une décision du 21 mars 2023 de la préfète du Bas-Rhin l'obligeant également à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et désignant le pays à destination duquel il pourra être reconduit. Par un arrêté du 16 mars 2024, la préfète du Bas-Rhin l'a également assigné à résidence pendant quarante-cinq jours. M. B demande au tribunal l'annulation des décisions édictées le 21 mars 2023 et le 16 mars 2024.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans l'instance n° 2401952.

Sur les conclusions dirigées contre le refus de séjour :

5. Il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif, dans le cadre du présent litige, de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et désignation du pays de destination dont il est saisi. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour, non plus que sur les conclusions accessoires dont elles sont assorties. Dès lors, il y a lieu de renvoyer les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour et les conclusions accessoires à une formation collégiale du tribunal compétente pour en connaître.

Sur les autres conclusions :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

Quant à l'exception d'illégalité du refus de séjour :

6. En premier lieu, la décision de refus de séjour en litige, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments, notamment médicaux, dont M. B a fait état mais seulement ceux sur lesquels la préfète s'est fondée, énonce, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision est ainsi suffisamment motivée.

7. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'absence d'avis préalable du collège des médecins de l'OFII manque en fait.

8. En troisième lieu, la décision du 1er août 2022 portant désignation des médecins de l'OFII a été régulièrement publiée sur le site intranet de l'Office, où elle est directement consultable. Par suite, le moyen tiré de l'absence de désignation régulière des médecins ayant émis l'avis manque en fait.

9. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin se serait estimée liée par l'avis du collège de médecins de l'OFII et aurait méconnu sa propre compétence. Par suite, sans qu'il soit besoin d'ordonner la mesure d'instruction sollicitée par le requérant, le moyen tiré de l'erreur de droit ainsi commise doit être écarté.

10. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B, y compris au regard de la situation sanitaire dans son pays d'origine, avant d'édicter la décision attaquée.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. "

12. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

13. Pour refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations citées au point 11, la préfète du Bas-Rhin s'est notamment fondée sur l'avis du 2 août 2022 du collège des médecins de l'OFII qui indique que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine et qu'à la date de cet avis, son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Pour contester le sens de cet avis, lequel fait présumer l'accès de M. B à un traitement approprié à son état de santé en Algérie, le requérant a levé le secret médical et produit de nombreux certificats médicaux et le rapport médical confidentiel du 6 avril 2022 remis au collège des médecins de l'OFII par son médecin traitant, lequel indique notamment que l'intéressé " est actuellement dans un état stable, avec un suivi régulier qui lui permet de faire face à sa pathologie cardiaque. Tout changement de prise en charge peut être l'occasion d'une décompensation majeure " et précise le traitement médicamenteux qui lui est prescrit pour soigner sa cardiopathie ischémique. Le requérant fait également valoir qu'il est suivi par un psychiatre lui ayant prescrit divers médicaments. Enfin, il souligne que les traitements et suivis adaptés à ses pathologies ne lui sont pas effectivement accessibles dans son pays d'origine, dès lors que les médicaments prescrits y sont trop coûteux, qu'il est impossible de s'y procurer certains d'entre eux et que l'offre de soins psychiatriques est notoirement insuffisante et inégalement répartie sur le territoire algérien. Toutefois, les certificats et ordonnances médicaux, établis pour la plupart par son médecin généraliste à la demande de l'intéressé, non plus que l'attestation d'une pharmacie de Constantine concernant les médicaments du patient existant ou pas sous forme générique dans son pays et les rapports généraux et articles de presse produits par le requérant, ne suffisent pas à démontrer qu'il ne pourrait avoir accès en Algérie à une prise en charge adaptée à son état de santé et aux médicaments qui lui sont prescrits en France pour traiter ses pathologies, en particulier le Bisoprol, le Nicorandil et le Périndopril, ou à des médicaments des mêmes familles, eu égard notamment à la nomenclature nationale des produits pharmaceutiques à usage de la médecine humaine en Algérie du 28 février 2023. Par ailleurs, si la structure du système sanitaire algérien n'est pas comparable au système de soins en France, la circonstance que l'accès aux soins psychiatriques soit nettement plus restreint en Algérie qu'en France n'est pas de nature à établir que M. B ne pourrait effectivement accéder, dans son pays d'origine, à un service de santé spécialisé pouvant prendre en charge, de manière appropriée, son besoin de soins psychiatriques. Enfin, la préfète du Bas-Rhin fait valoir, sans être contestée, que l'Algérie dispose d'un système de protection sociale couvrant la quasi-totalité des citoyens algériens. Par suite, sans qu'il y ait lieu d'ordonner à l'administration de communiquer les éléments sur lesquels le collège de médecins s'est basé pour estimer que l'intéressé peut être traité et pris en charge médicalement dans son pays d'origine, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de séjour en litige serait entachée, au regard du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, d'une erreur manifeste dans l'appréciation de l'accès à un traitement médical approprié en Algérie.

14. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention vie privée et familiale est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

15. M. B soutient qu'il est présent en France depuis 2015 et que ses frères et sœurs résidant en Algérie ne peuvent le prendre en charge tandis qu'il dispose d'un réseau d'amis à Strasbourg et d'un lien thérapeutique primordial tissé avec ses médecins. Toutefois, le requérant s'est maintenu en France en dépit de précédentes obligations de quitter le territoire français prises à son encontre en 2017 et 2019 et ne fait montre d'aucun élément d'intégration notable dans la société française. Si, à la date de la décision attaquée, il résidait en France depuis huit ans, il a vécu l'essentiel de son existence, jusqu'à l'âge de 46 ans, dans son pays d'origine où il a donc également tissé des liens solides et a conservé toutes ses attaches familiales, en particulier sa mère et ses frères et sœurs, et où il ne démontre pas ne pouvoir recréer une alliance thérapeutique. Dans ces conditions, compte tenu des circonstances de l'espèce, la décision attaquée n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et humanitaire de l'intéressé.

16. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision de refus de séjour ne peut qu'être écarté.

Quant aux autres moyens :

17. En premier lieu, il ne ressort des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B, y compris au regard de la situation sanitaire dans son pays d'origine, avant de l'obliger à quitter le territoire français.

18. En second lieu, pour les motifs exposés précédemment, le moyen tiré de ce que la préfète du Bas-Rhin aurait entaché la décision contestée d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation doit être écarté.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire de trente jours :

19. Le requérant n'apporte aucun élément probant de nature à contredire l'avis du 2 août 2022 du collège des médecins de l'OFII ayant estimé que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de ce que, ce faisant, le délai de trente jours qui lui a été accordé pour quitter volontairement le territoire français serait insuffisant doit être écarté.

En ce qui concerne la désignation du pays de destination :

20. Les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

21. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. E D, sous-préfet de l'arrondissement de Molsheim, qui dispose d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté du 29 janvier 2024 publié le 2 février 2024 au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

22. En deuxième lieu, les conditions dans lesquelles une décision administrative est notifiée à son destinataire sont sans incidence sur sa légalité. Il suit de là que le requérant ne peut utilement soutenir que l'identité de l'agent lui ayant remis l'arrêté attaqué en mains propres n'est pas connue.

23. En troisième lieu, l'arrêté attaqué énonce, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision d'assignation à résidence, y compris au regard de la perspective raisonnable de l'éloignement. Cette décision est ainsi suffisamment motivée, dès lors que ni le choix de sa durée ni l'obligation de présentation périodique aux services de police ou de gendarmerie ne sont soumis à une obligation de motivation spécifique.

24. En quatrième lieu, l'erreur de datation de la décision portant obligation de quitter le territoire français mentionnée dans les visas de l'arrêté portant assignation à résidence, qui constitue une simple erreur matérielle au demeurant non reproduite dans les motifs, est sans incidence sur la légalité de cet arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

25. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la situation de M. B avant d'édicter la décision contestée, y compris au regard des éléments relatifs à son état de santé portés alors à sa connaissance.

26. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie () ". Si une décision d'assignation à résidence doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même. Les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent.

27. En l'espèce, eu égard à sa durée et à ses modalités et compte tenu des buts en vue desquels elle a été prise, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en tant qu'elle comporte une obligation de présentation hebdomadaire aux services de la police aux frontières situés au sein de l'aéroport de Strasbourg-Entzheim, l'assignation à résidence contestée constituerait une mesure trop contraignante et donc disproportionnée au regard de son état de santé et de sa situation personnelle. Par ailleurs, elle ne porte pas atteinte à sa liberté d'aller et venir compte tenu de l'irrégularité de son séjour en France. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

28. En septième lieu, les moyens tirés, par la voie de l'exception, de ce que, d'une part, la décision de refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen, méconnaît le 7) et le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et, d'autre part, l'obligation de quitter le territoire français est fondée sur un refus de séjour illégal et est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation, qui reprennent ce qui a été précédemment développé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés pour les mêmes motifs que précédemment.

29. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

30. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent, dès lors, pareillement qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

31. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans l'instance n° 2401952.

Article 2 : Les conclusions dirigées contre la décision de refus de séjour et les conclusions accessoires afférentes sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Mengus et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

Le magistrat désigné,

O. BigetLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

Nos 2401116, 240195

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