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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2401171

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2401171

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2401171
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantAARPI L'ILL LÉGAL

Texte intégral

Vu :

- la requête enregistrée le 16 février 2024 sous le numéro 2401170 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision en litige ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 31 mars 2023 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Laubriat, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 14 mars 2024 en présence de Mme B. Delage, greffière d'audience, M. Laubriat a lu son rapport et entendu les observations :

- de Me Hentz, substituant M. E, pour Mme A, présente, qui a conclu aux mêmes fins et par les mêmes moyens que dans ses écritures.

- la préfète du Bas-Rhin n'était ni présente, ni représentée.

Une note en délibéré a été produite par la préfète du Bas-Rhin le 18 mars 2024.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies :1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ;3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". L'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales ou lorsque l'étranger a subi une situation de polygamie. / En cas de rupture de la vie commune imputable à des violences familiales ou conjugales subies après l'arrivée en France du conjoint étranger, mais avant la première délivrance de la carte de séjour temporaire, le conjoint étranger se voit délivrer la carte de séjour prévue à l'article L. 423-1 sous réserve que les autres conditions de cet article soient remplies ".

2. D'autre part, aux termes de l'arrêté susvisé du 31 mars 2023 : " Sont effectuées au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : 1° A compter du 5 avril 2023, les demandes de cartes de séjour temporaires, de cartes de séjour pluriannuelles, de cartes de résident et de certificats de résidence algériens délivrés en application des articles () L. 423-1, du même code (..)".

3. Le 18 novembre 2022, Mme A, ressortissante marocaine, a épousé au Maroc un ressortissant français, M. D C. Mme A est entrée sur le territoire français le 12 juillet 2023 sous couvert de son passeport muni d'un visa de long séjour portant la mention " vie privée et familiale " en sa qualité de conjointe de ressortissant français valable du 19 mars 2023 au 18 mars 2024. Mme A a quitté le domicile conjugal au mois de septembre 2023. Par un courrier du 17 janvier 2024 déposé sur la plateforme Administration Numérique pour les Etrangers en France (ANEF), le conseil de Mme A a sollicité pour sa cliente, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la délivrance du titre de séjour " vie privée et familiale " prévu à l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en se prévalant de ce que la rupture de la vie commune était imputable aux violences conjugales subies par la requérante. Par un message du 14 février 2024 transmis par l'intermédiaire de la plateforme ANEF, le ministre de l'intérieur a notifié à Mme A la clôture de sa demande et l'a invitée à transmettre à la préfecture par la voie postale une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Mme A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

4. Aux termes de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. /L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

5. Eu égard à l'urgence, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de Mme A à l'aide juridictionnelle.

Sur la demande de suspension :

6. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'article L. 522-1 du même code dispose : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin, selon le premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par la préfète :

7. La préfète du Bas-Rhin soutient que le message du 14 février 2024 ne constitue pas une décision faisant grief dès lors que ce courrier indique uniquement à Mme A qu'il lui appartient de formuler la demande adaptée à sa situation par voie postale.

8. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme A a sollicité la délivrance du titre de séjour prévu à l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, il résulte des dispositions précitées de l'arrêté du 31 mars 2023 que les demandes de cartes de séjour temporaire présentées sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être effectuées au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Comme il a déjà été indiqué au point 3, le message transmis à Mme A le 14 février 2024 via la plateforme ANEF l'avise de la clôture de sa demande de titre de séjour et l'invite à transmettre à la préfecture par la voie postale une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Ce message, eu égard à ses termes et aux conséquences qu'il emporte sur la situation administrative de Mme A, compte tenu notamment de l'expiration le 18 avril 2024 de la validité de son visa de long séjour, doit être regardé comme une décision de refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour " conjoint de français " et constitue par suite une décision faisant grief.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

10. Aux termes de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / () / Lorsque l'étranger mentionné aux 2°, 3° ou 4° de l'article R. 431-5 a déposé une demande complète dans le respect du délai auquel il est soumis, le préfet est tenu de mettre à sa disposition via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande ". L'article R. 431-5 dispose : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. ()". Selon l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : () ; 2° Un visa de long séjour conférant à son titulaire, en application du second alinéa de l'article L. 312-2, les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9, L. 421-11 ou L. 421-14 à L. 421-24, ou aux articles L. 421-26 et L. 421-28 lorsque le séjour envisagé sur ce fondement est d'une durée inférieure ou égale à un an ;".

11. La préfète fait valoir que l'urgence n'est pas caractérisée dès lors qu'une attestation de prolongation d'instruction a été délivrée à Mme A lui précisant que la demande de titre de séjour déposée le 31 janvier 2024 était en cours d'instruction et autorisant son séjour jusqu'au 18 juillet 2024. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment de la note en délibéré produite par la préfète le 18 mars 2024 en réponse à la mesure d'instruction diligentée le 15 mars 2024, que cette attestation de prolongation d'instruction a été remise à Mme A le 1er février 2024, soit avant le courriel du 14 février 2024 l'avisant de la clôture de sa demande de titre de séjour. Dans ces conditions, Mme A, qui peut légitimement craindre que l'attestation de prolongation d'instruction qui lui a été remise le 1er février 2024 soit devenue caduque, justifie de l'existence d'une situation d'urgence.

En ce qui concerne la condition de doute sérieux :

12. En l'état de l'instruction, les moyens tirés du vice de forme et de la méconnaissance de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution de ladite décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de reprendre sans délai l'instruction de la demande présentée par Mme A sur le site ANEF tendant à la délivrance d'un titre de séjour " conjoint de français " et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction dans un délai d'une semaine à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par Mme A sur le fondement de ces dispositions.

O R D O N N E :

Article 1 : Mme A est admise à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision du ministre de l'intérieur du 14 février 2024 est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin de de reprendre sans délai l'instruction de la demande présentée par Mme A sur le site ANEF tendant à la délivrance d'un titre de séjour " conjoint de français " et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction dans un délai d'une semaine à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 . Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Fait à Strasbourg, le 21 mars 2024.

Le juge des référés,

A. Laubriat

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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