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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2401233

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2401233

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2401233
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête, enregistrée le 19 février 2024, M. A B, représenté par Me Berry, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté ;

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1er de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté ;

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1er de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté ;

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1er de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 février et 28 mars 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Léa Perabo Bonnet,

- les observations de Me Berry, avocate de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né en 1992, est entré régulièrement sur le territoire français, selon ses déclarations, en juin 2017, sous couvert d'un visa de court séjour valable du 19 avril au 3 juin 2017. Par des arrêtés du 27 janvier 2020, le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et l'a assigné à résidence. Les requêtes formées par M. B contre ces arrêtes ont été rejetées par le tribunal administratif de Strasbourg le 3 mars 2020 et par la cour administrative d'appel de Nancy le 28 mai 2021. M. B a sollicité le 24 août 2023 son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 25 octobre 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Haut-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un jugement du 6 mars 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, a annulé les décisions du

25 octobre 2023 par lesquelles le préfet du Haut-Rhin a obligé M. B à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi, a annulé l'arrêté du 20 février 2024 portant assignation à résidence, a enjoint au préfet de réexaminer la situation de l'intéressé dans un délai d'un mois et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour valable durant ce réexamen et enfin a mis à la charge de l'Etat la somme de mille euros hors taxe à verser à l'avocate du requérant au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Berry, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle. En application des dispositions de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, seules demeurent à juger les conclusions du requérant dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour du 25 octobre 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B, entré en France en 2017, est père d'un enfant né le 17 janvier 2022 de son union avec Mme C, compatriote qu'il a épousée le

9 septembre 2023 et qui réside régulièrement en France sous couvert d'une carte de résident permanent valable jusqu'au 3 novembre 2032. Il ressort également des pièces du dossier, et notamment du certificat médical établi le 12 décembre 2023 par un neuropédiatre, que le fils de M. B et de Mme C est atteint d'épilepsie, doit bénéficier d'un suivi neuropédiatrique et que son état de santé nécessite la présence à ses côtés de ses deux parents. Ce document, bien que postérieur à la décision en litige, révèle une situation préexistante. Si le préfet fait valoir que M. B n'établit pas sa présence en France au cours de la période entre juin 2017 et janvier 2020, il ne conteste pas la réalité de la vie commune entre le requérant et son épouse, aux côtés de leur fils et des enfants de Mme C nés d'une précédente union. Par ailleurs, le préfet fait valoir que M. B pourrait bénéficier de la procédure de regroupement familial sollicitée par son épouse. Toutefois, il est constant que la mise en œuvre d'une telle procédure aurait pour effet, le temps de l'instruction de la demande, soit de priver l'enfant du requérant de la présence de son père pour le cas où cet enfant resterait en France aux côtés de sa mère, soit de la présence de sa mère dans le cas inverse où il accompagnerait son père dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et dans les circonstances particulières de l'espèce liées notamment à l'état de santé de cet enfant et à la nécessité non sérieusement contestée de la présence à ses côtés de ses deux parents, l'intérêt supérieur de l'enfant du requérant commande que celui-ci demeure sur le territoire français de manière régulière. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant et doit être annulée.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du préfet du Haut-Rhin du 25 octobre 2023 portant refus de titre de séjour doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard aux motifs du présent jugement et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la situation du requérant se serait modifiée, en droit ou en fait, depuis l'intervention de l'arrêté attaqué, l'exécution de ce jugement implique nécessairement la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressé. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer pendant ce délai une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par M. B.

D E C I D E :

Article 1 : La décision du préfet du Haut-Rhin en date du 25 octobre 2023 portant refus de titre de séjour est annulée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Berry et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Colmar.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

M. Biget, premier conseiller,

Mme Perabo Bonnet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 juin 2024.

La rapporteure,

L. Perabo Bonnet

Le président,

S. Dhers

La greffière,

D. Hirschner

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2401233

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