lundi 10 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2401308 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | MENGUS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 21 février et 23 avril 2024, M. B C, représenté par Me Mengus, demande au tribunal :
1°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de transmettre tous les éléments, notamment la " BISPO " et la fiche " MedCOI ", leur ayant permis de considérer qu'il pouvait se faire soigner dans son pays ;
2°) à défaut, d'ordonner une expertise judiciaire aux fins de collecter ces éléments et de rendre un avis au tribunal ;
3°) d'enjoindre à la préfète de solliciter un nouvel avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
4°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;
5°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 200 euros hors taxe au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur le refus de séjour :
- il appartient à la préfète de justifier de la publication de la décision portant désignation des membres du collège de médecins ;
- le médecin qui a rédigé le rapport n'était pas habilité pour ce faire ;
- il n'est pas établi que le médecin rapporteur et les membres du collège de médecins ont suivi la formation " MedCOI " ;
- la préfète s'est crue liée par l'avis du collège de médecins ;
- elle n'a pas examiné sa situation malgré la gravité de son état de santé et son appartenance à la minorité ethnique Rom discriminée dans l'accès aux soins en Serbie, qui rendent son retour dans ce pays impossible, sous peine de mettre sa vie en danger ;
- la décision attaquée méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- l'illégalité du refus de séjour prive de base légale l'obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Sur la désignation du pays de renvoi :
- l'illégalité du refus de séjour ou de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale cette décision.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 avril 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête, en soutenant que les moyens sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Olivier Biget,
- les observations de Me Mengus, avocate de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant serbe né le 20 février 1966, est entré en France le
14 février 2018 selon ses dires, après avoir vécu, de 2015 à 2017, en Allemagne où sa demande d'asile a été rejetée puis être retourné en Serbie en septembre 2017. A son arrivée en France, il a présenté une demande d'asile, qui a été rejetée par une décision du 17 juillet 2018 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une ordonnance du 27 février 2019 de la Cour nationale du droit d'asile. M. C a ensuite présenté une demande d'admission au séjour pour raisons de santé et s'est vu délivrer à ce titre une carte de séjour temporaire valable du 13 août 2020 au 12 août 2022, sur la base d'un avis du 13 août 2020 du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Saisi de sa demande de renouvellement de son titre de séjour, le collège des médecins de l'OFII a considéré notamment, par un nouvel avis du 10 novembre 2022, que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et voyager sans risque vers ce pays. Par un arrêté du 3 août 2023, la préfète du Bas-Rhin a alors refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit. Par un courrier réceptionné le 25 septembre 2023, M. C a présenté un recours gracieux. Le requérant demande au tribunal l'annulation des décisions contenues dans l'arrêté du 3 août 2023.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article
R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté. ". L'article 5 de cet arrêté précise : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport () ".
5. D'une part, la décision du 3 octobre 2022 portant désignation des médecins de l'OFII chargés d'émettre l'avis médical collégial a été régulièrement publiée sur le site intranet de l'Office, où elle est aisément consultable. Par suite, le moyen tiré de l'absence de désignation régulière des médecins ayant émis l'avis manque en fait.
6. D'autre part, l'avis du 10 novembre 2022 du collège des médecins de l'OFII a été délivré au vu d'un rapport médical rédigé le 31 août 2022 par la docteure A D, laquelle n'a pas siégé au sein de ce collège alors composé des docteurs Ignace Mbomeyo Medzo, Véronique Douillard et Samir Meshbahy, qui ont été régulièrement désignés par la décision du 3 octobre 2022 du directeur général de l'OFII. Si, au niveau national, l'OFII comprend un collège, désigné par son directeur général, composé de médecins conformément aux dispositions précitées, dont sont issus ceux donnant leur avis sur chaque dossier, au niveau territorial, le réseau de service médical est composé de médecins et d'infirmiers. Dès lors que les médecins rapporteurs sont ceux qui interviennent au niveau territorial et non ceux désignés par le directeur de l'OFII, la docteure A D, dont il n'est pas établi qu'elle n'appartiendrait pas à un service médical de l'OFII, n'avait pas également à être désignée par la décision du 3 octobre 2022 puisqu'elle ne relève pas du collège de trois médecins chargé de délivrer l'avis médical collégial. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que l'avis du collège de médecins, rendu au visa du rapport du docteur A D, a été émis en méconnaissance des dispositions citées au point 4.
7. Par ailleurs, en se bornant à soutenir qu'il appartient au tribunal de s'assurer que les médecins du collège et le médecin-rapporteur ont bien suivi la formation " Medcoi ", le requérant, qui, ce faisant, tend à jeter le discrédit sur la compétence de ces médecins sans le moindre commencement de preuve et ne fonde son moyen sur la méconnaissance d'aucune disposition législative ou réglementaire, n'assortit pas ce moyen de précisions permettant d'en apprécier la pertinence.
8. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la fiche produite en défense n'est pas un avis rendu par un médecin de l'OFII, contrairement à ce que le requérant soutient, mais rassemble les observations transmises par le service juridique de la direction du service médical de l'OFII à la préfecture dans le cadre de l'élaboration de son mémoire en défense.
9. Il suit de là que les moyens tirés des vices de procédure entachant l'avis du collège des médecins de l'OFII, qui manquent en fait, doivent être écartés.
10. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces des dossiers que la préfète du Bas-Rhin se serait estimée liée par l'avis du collège de médecins de l'OFII et aurait méconnu sa propre compétence en ne faisant pas usage de son pouvoir d'appréciation. Par suite, sans qu'il soit besoin d'ordonner la mesure d'instruction sollicitée par le requérant, le moyen tiré de l'erreur de droit ainsi commise doit être écarté.
11. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et médicale de M. C, y compris au regard de la situation sanitaire dans son pays d'origine, avant d'édicter la décision attaquée.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".
13. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
14. Pour refuser à M. C le renouvellement du titre de séjour sollicité sur le fondement des dispositions citées au point 12, la préfète du Bas-Rhin s'est notamment fondée sur l'avis du 10 novembre 2022 du collège des médecins de l'OFII qui indique que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine et qu'à la date de cet avis, son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Pour contester le sens de cet avis, lequel fait présumer l'accès de M. C à un traitement approprié à son état de santé en Serbie, le requérant a levé le secret médical et produit notamment des certificats médicaux et le rapport médical confidentiel du 31 août 2022 remis au collège des médecins de l'OFII. Il en ressort principalement qu'il présente une cardiopathie mixte, coronarienne et valvulaire, et ischémique, qu'il a subi une importante perte d'autonomie à la suite d'un accident vasculaire cérébrale hémorragique en mai 2022 à l'origine d'une hémiparésie droite, et qu'il souffre d'épilepsie. Toutefois, M. C n'établit pas qu'il ne pourrait avoir accès en Serbie à un traitement médicamenteux équivalent à celui qui lui est prescrit en France alors que la préfète du Bas-Rhin produit en défense les données de la base " Medical Country Of Origine Information " (MedCOI) démontrant la disponibilité des médicaments qui lui sont administrés. Le requérant ne démontre pas davantage qu'il ne pourrait personnellement bénéficier d'un suivi en cardiologie et en neurologie dans son pays d'origine et plus généralement d'une prise en charge adaptée à ses différentes pathologies, y compris en raison du coût des traitements et examens et de ses origines roms. Ainsi, ni les considérations qu'il fait valoir ni la circonstance que l'avis du 10 novembre 2022 diffère sur l'accessibilité aux soins du précédent avis du 13 août 2020 du collège des médecins de l'OFII ne permettent de démontrer l'absence d'accès aux traitements et suivis appropriés dans le pays d'origine de l'intéressé, non plus, dès lors, que de renverser la charge de la preuve eu égard à la teneur du dernier avis du collège des médecins de l'OFII. Par suite, sans qu'il y ait lieu d'enjoindre à l'administration de communiquer d'autres éléments que ceux qui ont été produits dans le cadre de l'instance ou de solliciter un nouvel avis de l'Office non plus que d'ordonner une expertise judiciaire, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou qu'elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de son état de santé et de l'accès à un traitement médical approprié dans son pays d'origine.
15. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
16. M. C est entré en France en 2018, y a résidé d'abord pour les besoins de l'instruction de sa demande d'asile, qui a été rejetée définitivement le 27 février 2019, puis afin d'y être soigné en raison de son état de santé. Dès lors que, ainsi qu'il a été dit au point 14, il peut poursuivre ses soins dans son pays d'origine, il n'a pas vocation à se maintenir sur le territoire français, non plus que son épouse, également en situation irrégulière, avec laquelle il s'est marié le 19 mars 2022. Le requérant ne fait valoir aucun élément notable autre que sa durée de séjour en France et son état de santé. Il a vécu l'essentiel de son existence, jusqu'à l'âge de 49 ans, en Serbie où il n'établit pas être dépourvu de toute attache. Dans ces conditions, compte tenu des circonstances de l'espèce, la décision de refus de séjour contestée n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de l'intéressé.
17. En sixième lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi () ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
18. M. C, qui en tout état de cause ne démontre pas que la décision refusant le renouvellement de son titre de séjour méconnaîtrait son droit à la vie ou l'exposerait à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Serbie, ne peut utilement se prévaloir de la violation des stipulations précitées à l'encontre de cette décision.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
19. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision de refus de séjour ayant été écartés, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.
20. En deuxième lieu, il ne ressort des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C avant de l'obliger à quitter le territoire français.
21. En troisième lieu, pour les motifs exposés précédemment, le moyen tiré de ce que la préfète du Bas-Rhin aurait entaché la décision contestée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle en refusant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation doit être écarté.
En ce qui concerne la désignation du pays de destination :
22. Les moyens dirigés contre le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de ces décisions ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions contestées doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
24. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C, n'appelle aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction de délivrance d'un titre de séjour ou de réexamen de sa situation, sous astreinte, ne peuvent, dès lors, pareillement qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.
DECIDE:
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Mengus et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dhers, président,
M. Biget, premier conseiller,
Mme Perabo Bonnet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 juin 2024.
Le rapporteur,
O. Biget
Le président,
S. Dhers
La greffière,
D. Hirschner
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026