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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2401404

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2401404

vendredi 15 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2401404
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSABATAKAKIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 février 2024, Mme I H, représentée par Me Sabatakakis, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin a ordonné son assignation à résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxe au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure, faute pour la préfète d'avoir saisi l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) pour avis ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

- la décision refusant un délai de départ volontaire sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et du délai de départ volontaire ;

- elle est disproportionnée et à ce titre entachée d'erreur d'appréciation ;

Sur l'assignation à résidence :

- faute de justifier d'une délégation de signature régulière, la décision portant assignation à résidence est entachée d'incompétence ;

- la décision portant assignation à résidence sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme H ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Perabo Bonnet en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Perabo Bonnet, magistrate désignée ;

- les observations de Me Sabatakakis, avocate de Mme H, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient en outre que :

* la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de saisine de l'OFII pour avis ;

* la requérante a fait le choix de ne pas présenter de demande de réexamen devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) car il est plus simple de présenter des éléments nouveaux devant la préfecture ;

- les observations de Mme H, qui indique qu'il lui est difficile de s'exprimer sur les traumatismes subis par le passé.

Le préfet du Haut-Rhin, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme H, ressortissante camerounaise née le 6 mars 1977, a présenté le 28 mai 2019 une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 17 août 2021, puis par la CNDA le 14 février 2022. Par un arrêté du 26 octobre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. La demande de réexamen de la demande d'asile présentée par la requérante a été rejetée par des décisions du 9 décembre 2022 de l'OFPRA et des 13 mars 2023 et 1er juin 2023 de la CNDA. Par la présente requête, Mme H demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, ainsi que d'annuler l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin a ordonné son assignation à résidence.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre Mme H au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur la compétence du magistrat désigné :

4. Il résulte des dispositions des articles L. 614-1, L. 614-8 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'en cas d'assignation à résidence d'un étranger en situation irrégulière, les requêtes dirigées contre les décisions faisant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour sur ce territoire prises à son encontre, les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination, ainsi que la décision d'assignation à résidence en procédant, doivent être instruites et jugées selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces dispositions et celles de l'article R. 776-17 du code de justice administrative font obstacle à ce que le magistrat désigné en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, saisi de la situation d'un étranger assigné à résidence à la suite d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, examine la décision de refus de séjour qui relève de la compétence de la formation collégiale du tribunal administratif.

5. En l'espèce, en raison de la mesure d'assignation à résidence prononcée à l'encontre de Mme H, il y a lieu pour le juge compétent au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions obligeant l'intéressée à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination, portant interdiction de retour sur le territoire français ainsi que de l'arrêté portant assignation à résidence. En revanche, les conclusions à fin d'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour relèvent de la compétence de la formation collégiale du tribunal. Par suite, ces conclusions doivent être renvoyées devant une formation collégiale, de même que les conclusions accessoires dont elles sont assorties, aux fins d'injonction et tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant refus d'admission au séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme H, lors de son entretien en préfecture le 14 décembre 2023, a présenté une demande d'admission au séjour à titre exceptionnel eu égard à des faits de violences conjugales, des problèmes politiques au Cameroun et de son orientation sexuelle. Il est constant que l'intéressée n'a pas déposé de demande de délivrance d'un titre de séjour fondé sur son état de santé. Alors en tout état de cause qu'elle n'établit pas avoir porté à la connaissance du préfet des éléments précis établissant qu'elle nécessiterait des soins, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Haut-Rhin, en s'abstenant de saisir l'OFII pour avis, aurait méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet du Haut-Rhin a procédé à l'examen particulier de la situation de Mme H. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

9. En dernier lieu, la requérante soutient que, si sa demande d'asile a été définitivement rejetée, elle a présenté à l'autorité préfectorale des éléments nouveaux. Elle se prévaut ainsi de son intégration dans la société française, via son activité au sein d'une association créée en 2020 dont l'objet est de favoriser l'entraide entre femmes et personnes LGBT et de sa relation de couple avec une ressortissante française. Toutefois, alors notamment qu'il est constant que cette relation ne donne pas lieu à une vie commune, ces éléments ne sont pas suffisants pour établir que l'intéressée, dont les deux enfants résident au Cameroun, aurait fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France. Par ailleurs, si la requérante fait valoir qu'elle souffre un trouble dépressif associé à un syndrome de stress post traumatique, elle n'établit pas qu'elle ne pourrait pas bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement approprié à son état de santé. Dans ces conditions, Mme H n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Haut-Rhin, en refusant de l'admettre au séjour, aurait entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Par suite, le moyen soulevé en ce sens ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de ce qui a été dit des points 7 à 9 que Mme H n'est pas fondée à se prévaloir par exception de l'illégalité de la décision par laquelle le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

En ce qui concerne les autres moyens :

11. Eu égard à ce qui a été énoncé au point 9, la requérante, qui fait valoir les mêmes éléments, n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision refusant un délai de départ volontaire devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

13. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; (). ".

14. Il ressort des pièces du dossier que, par un jugement du 21 mars 2023, le présent tribunal a suspendu l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de la requérante le 26 octobre 2022, dans l'attente de la décision de la CNDA sur la demande de réexamen de la demande d'asile présentée par l'intéressée. Par une ordonnance du 25 avril 2023, la CNDA a rejeté la demande de la requérante. Toutefois, en dépit du courrier du 14 juin 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin a rappelé à la requérante les termes de l'arrêté du 28 octobre 2022, il est constant que Mme H n'a pas déféré à la mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le préfet du Haut-Rhin a pu considérer à bon droit que la requérante présentait un risque de fuite, et refuser pour ce motif de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

15. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

16. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

17. D'une part, si la requérante se prévaut d'un risque de violences conjugales et de mutilation sexuelle en cas de retour au Cameroun, elle n'apporte pas d'autres éléments que ceux présentés devant la CNDA, qui a définitivement rejeté sa demande d'asile, et qui ne sont pas de nature à démontrer qu'elle court le risque d'être soumise à un traitement contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. D'autre part, Mme H fait valoir qu'en raison de son orientation sexuelle, élément qu'elle n'a pas fait valoir devant le juge de l'asile, elle ne saurait être éloignée à destination du Cameroun, pays dans lequel l'homosexualité est un délit pénal. Toutefois, à supposer sa bisexualité avérée, la requérante n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de risques personnellement et directement encourus en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

18. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et refus du délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.

19. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

20. Pour justifier l'adoption d'une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de Mme H pendant une durée d'un an, le préfet du Haut-Rhin a tenu compte, notamment, de la circonstance qu'elle réside en France depuis quatre ans, qu'elle n'établit pas avoir noué des liens intenses et stables en France, que ses enfants résident au Cameroun et qu'elle s'est soustraite à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. La requérante, qui se borne à rappeler les éléments cités au point 9, n'établit pas que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait entachée d'une erreur d'appréciation. Le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant assignation à résidence :

21. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant assignation à résidence devrait être annulée, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, ne peut qu'être écarté.

22. En second lieu, par un arrêté du 21 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à Mme G E, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, en cas d'absence ou d'empêchement de M. J F, directeur de l'immigration, de la citoyenneté et de la légalité, de M. A B, chef du service de l'immigration et de l'intégration et de Mme D C, adjointe au chef du service de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions dévolues à ce service, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas la décision en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F, M. B et Mme C n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de signature de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme E, signataire de l'arrêté attaqué, doit être écarté.

23. Il résulte de tout ce qui précède que Mme H n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 26 février 2024 en ce qu'il lui fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, non plus que l'annulation de l'arrêté du 26 février 2024 l'assignant à résidence.

D E C I D E :

Article 1 : Mme H est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour du 26 février 2024 du préfet du Haut-Rhin, ainsi que les conclusions accessoires dont elles s'accompagnent, sont renvoyées en formation collégiale du tribunal.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme I H, à Me Sabatakakis et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.

La magistrate désignée,

L. Perabo BonnetLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

2

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