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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2401420

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2401420

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2401420
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBENICHOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 février 2024, M. C A B, représenté par Me Benichou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un certificat de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être renvoyé d'office ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes délais ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des articles 37 et de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 mai 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Cormier, rapporteur, a présenté son rapport au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A B, ressortissant algérien né le 19 août 1978, est entré sur le territoire français le 29 septembre 2016 muni d'un visa court séjour. Par un arrêté du 11 décembre 2017, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Strasbourg le 13 juin 2018, le préfet du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un certificat de résidence et l'a obligé à quitter le territoire français. Le 24 juillet 2019, M. A B a de nouveau sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 21 janvier 2020, dont la légalité a été confirmé par un jugement du tribunal administratif de Strasbourg du 30 juin 2020, le préfet du Bas-Rhin lui a opposé un refus et l'a obligé à quitter le territoire français. M. A B s'est toutefois maintenu irrégulièrement sur le territoire français et a formulé une nouvelle demande de certificat de résidence, sur le même fondement, le 25 octobre 2022. Par un arrêté du 1er février 2024, dont il est demandé l'annulation, la préfète du Bas-Rhin lui a opposé un refus, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être conduit d'office à l'expiration de ce délai.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il est constant que M. A B a sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle et que le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg n'a pas statué sur cette demande. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire du requérant au bénéfice de cette aide, en application des dispositions précitées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre :

4. En premier lieu, par un arrêté du 20 juillet 2023, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. Mathieu Duhamel secrétaire général de la préfecture du Bas-Rhin à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

6. M. A B soutient que sa mère, de nationalité française, chez laquelle il réside et dont il s'occupe ainsi que ses cinq frères et sa sœur, de nationalité française ou titulaire d'un certificat de résidence, résident en France. Il soutient également qu'il n'a plus aucun lien en Algérie depuis le décès de son père. Toutefois et alors que ses frères et sœur ont tous créé leur propre cellule familiale, le requérant n'établit pas la réalité et l'intensité des relations qu'il entretient avec sa famille. Pour justifier de son intégration, l'intéressé fait seulement état d'une participation bénévole aux Restaurants du cœur depuis 2021 ainsi qu'une inscription à des ateliers de français depuis octobre 2023. Dans ces conditions, compte tenu du fait que M. A B a vécu en Algérie jusqu'à l'âge de 38 ans et ne doit la durée de sa présence en France qu'au refus d'exécuter les mesures d'éloignement dont il a fait l'objet, la préfète du Bas-Rhin n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A B au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté en litige doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquences, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête présentée par M. A B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, à Me Benichou et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer ainsi qu'au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Faessel, président,

Mme Weisse-Marchal, première conseillère,

M. Cormier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

Le rapporteur,

R. Cormier

Le président,

X. Faessel

La greffière,

A. Dorffer

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2302539

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