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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2401741

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2401741

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2401741
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU MW (5)
Avocat requérantNAIT MAZI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 mars 2024, Mme A D demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2024 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligée à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit le retour durant un an ;

2°) d'effacer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen

3°) d'enjoindre la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours avec une astreinte de 150 euros par jour de retard ou à défaut de réexaminer sa situation avec une astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

5°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- elle est entrée en France le 8 mars 2024 sous, couvert d'un récépissé de demande de titre de séjour en Pologne ;

-la compétence du signataire n'est pas établie ;

- le préfet n'a pas suffisamment motivé en droit et en fait sa décision et n'a pas procédé à un examen attentif et personnalisé de sa situation ;

- le préfet a entaché sa décision d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle est entrée régulièrement en France le 8 mars 2024 ;

- le préfet a méconnu les droits de la défense ;

- le préfet a méconnu les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 21 mars 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;$

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- laé décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. F en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative et de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. F, magistrat-désigné, a été entendu au cours de l'audience publique du 19 avril 2024 à 11 heures.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, par un arrêté du 17 janvier 2024 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de la Moselle a donné délégation à M. B E, directeur-adjoint, chef du bureau de l'admission au séjour à l'effet de signer les mesures en matière de police des étrangers dans des conditions qui ne sont pas contestées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en cause manque en fait et doit être écarté.

2. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision qu'elle comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée. Par ailleurs, la décision traduit un examen particulier par le préfet de la situation personnelle de la requérante. Les moyens ainsi soulevés ne peuvent qu'être écartés.

3. En troisième lieu, il ressort du procès-verbal d'entretien du 8 mars 2024 que Mme D a pu faire valoir toutes observations sur sa situation administrative avant qu'une décision d'éloignement ait été prise à son encontre après qu'on le lui ait annoncé avec toutes ses conséquences. Par suite, le moyen soulevé tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.

4. En quatrième lieu, contrairement à ce que la requérante soutient, elle ne justifie pas d'une entrée régulière en France. D'une part, son visa Schengen de type C délivré par les autorités consulaires allemandes à Dubaï est expiré depuis le 22 juin 2022 et, d'autre part, l'accusé de réception d'une demande d'autorisation de séjour en Pologne déposée le

31 juillet 2023 ne lui confère aucun droit d'entrée régulière sur le territoire français. Par suite, les moyens soulevés tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

5. En cinquième lieu, Mme D, de nationalité algérienne, née en 1994, est seule et sans enfants à charge sur le territoire depuis à peine 24 heures. Elle n'établit pas y avoir des relations familiales ou personnelles. Dans ces conditions, la décision en cause n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de la requérante à mener une vie privée et familiale normale et n'a ainsi pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

6. En sixième lieu, la requérante n'invoque aucun risque particulier en cas de retour dans son pays d'origine qu'elle affirme avoir quitté depuis plus de dix ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède, Mme D étant admise provisoirement à l'aide juridictionnelle, que ses conclusions à fin d'annulation et, par voie de conséquence à fin d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :Mme D est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 :La requête de Mme D est rejetée.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

Le magistrat désigné,

M. F

Le greffier,

C. Bohn

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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