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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2401759

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2401759

lundi 30 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2401759
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête d'un lieutenant-colonel contestant le rejet par la ministre des armées de sa demande de régularisation de congés administratifs. Le tribunal a jugé la requête recevable sur la forme, mais a estimé que l'administration n'avait pas commis d'erreur de droit dans l'interprétation et l'application du décret n° 97-900 du 1er octobre 1997 et de la circulaire relative aux permissions des militaires pour le décompte des congés. La demande subsidiaire visant à éviter une éventuelle poursuite pour remboursement a été déclarée irrecevable.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi du 11 mars 2024, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal, en application de l’article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. B... A..., enregistrée sous le numéro 2403134.

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 février 2024 et 17 décembre 2025, M. B... A... doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) à titre principal, d’annuler la décision du 11 décembre 2023 par laquelle la ministre des armées a rejeté son recours administratif préalable obligatoire du 9 mai 2023 tendant à régulariser le reliquat de trente-trois jours de congés administratifs auxquels il estime avoir droit ;

2°) à titre subsidiaire, de ne pas être poursuivi par l’administration pour le remboursement de congés administratifs auxquels il n’aurait pas eu droit.

Il doit être regardé comme soutenant que :
- la décision attaquée est entachée d’une erreur de droit, dès lors qu’il avait droit à un reliquat de congés administratifs ;
- la décision éventuelle du ministre de le poursuivre pour le remboursement de congés administratifs auxquels il n’aurait pas eu droit serait entachée d’une erreur d’appréciation, dès lors que les forces françaises en Côte d’Ivoire (FFCI) n’ayant pas la même interprétation que le secrétariat général des armées concernant le décompte des congés administratifs, il a été induit en erreur par son administration.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2025, la ministre des armées et des anciens combattants conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors qu’elle ne comporte pas l’adresse du requérant et ne contient pas l’exposé de moyens, en méconnaissance de l’article R. 411-1 du code de justice administrative ;
- à titre subsidiaire, la demande de ne pas être poursuivi ultérieurement par l’administration pour un remboursement est irrecevable par son objet ;
- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la défense ;
- le décret n° 97-900 du 1er octobre 1997 ;
- l’arrêté du 1er octobre 1997 pris pour l’application des dispositions du décret n° 97-900 du 1er octobre 1997 ;
- la circulaire n° 105012/ARM/RH-AT/PRH/LEG relative aux permissions, aux quartiers libres et aux autorisations d'absence des militaires de l'armée de terre ;
- la note de service du 11 janvier 2022 relative à la gestion des permissions et des congés administratifs des militaires affectés aux forces françaises en Côte d’Ivoire ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Deffontaines,
- les conclusions de Mme Lecard, rapporteure publique.


Considérant ce qui suit :

M. A..., militaire de carrière au grade de lieutenant-colonel, a été affecté au 43e bataillon d’infanterie de marine à Abidjan en Côte d’Ivoire du 1er août 2019 au 5 août 2022. Le requérant a été radié des cadres le 1er novembre 2022. Par sa requête, M. A... doit être regardé comme demandant au tribunal d’annuler, d’une part, la décision du 11 décembre 2023 prise sur le recours administratif préalable obligatoire du 9 mai 2023, par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de régulariser le reliquat de congés administratifs auquel il estime avoir droit, et, d’autre part, de ne pas être poursuivi par l’administration pour le remboursement de congés administratifs auxquels il n’aurait pas eu droit.

Sur les fins de non-recevoir opposées par la défense :

Aux termes de l’article R. 411-1 du code de justice administrative : « La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / (…) ».

Aux termes de l’article R. 414-2 du même code : « Les personnes physiques et morales de droit privé non représentées par un avocat, autres que celles chargées de la gestion permanente d'un service public, peuvent adresser leur requête à la juridiction par voie électronique au moyen d'un téléservice accessible par le réseau internet. (…) ». Aux termes de l’article R. 414-3 de ce code : « Les caractéristiques techniques de l'application mentionnée à l'article R. 414-1 et du téléservice mentionné à l'article R. 414-2 garantissent la fiabilité de l'identification des parties ou de leur mandataire, l'intégrité des documents adressés ainsi que la sécurité et la confidentialité des échanges entre les parties et la juridiction. (…) ».

D’une part, la requête de M. A... a été transmise par le biais de l’application informatique « Télérecours citoyens » prévue par les dispositions de l’article R. 414-2 du code de justice administrative et conformément aux modalités de fonctionnement de cette application. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, dont le mémoire en réplique indique la commune de résidence, a communiqué son adresse dans le cadre du dépôt de sa requête. En outre, la requête de M. A... renvoie à la décision attaquée, laquelle porte mention de son domicile. D’autre part, contrairement à ce que soutient le ministre, la requête introductive est motivée au sens de l’article R. 411-1 du code de justice administrative, le requérant contestant la légalité de la décision du 11 décembre 2023 en ce que l’interprétation du décret n° 97-900 du 1er octobre 1997 concernant le décompte des droits à congés administratifs des forces françaises stationnées en Côte d’Ivoire est erronée. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce que la requête serait irrecevable, à défaut d’indication du domicile du requérant et de l’exposé de moyens, doit être écartée.

Sur la légalité de la décision attaquée :

Aux termes de l'article R. 4138-16 du code de la défense : « Les permissions (...) auxquelles a droit le militaire sont, à l'exclusion de toutes autres, les suivantes : / 1° Permissions de longue durée ; / (...) / 3° Permissions complémentaires planifiées ; / (…) ». Aux termes de l’article R. 4138-19 du même code, dans sa version en vigueur à la date du présent litige : « Sous réserve des dispositions des articles R. 4138-20 et R. 4138-21, le militaire a droit à quarante-cinq jours de permissions de longue durée par année civile entière de service et à quatre jours par mois pour les fractions d'année, les fractions de mois étant comptées pour un mois. / Les permissions de longue durée dues pour une année civile ne peuvent pas se reporter sur l'année civile suivante, à moins qu'elles n’aient pu être prises pour raisons de service. ». Aux termes de l’article
R. 4138-25 de même code : « Le militaire a droit à quinze jours de permissions complémentaires planifiées par le commandant de la formation administrative, par année civile entière de service. Pour les fractions d'années, il a droit aux jours planifiés pendant sa période de service. / Les droits qui n'ont pas été utilisés au cours de l’année ne peuvent être reportés. Seuls ceux non utilisés pour des raisons de service font l’objet d’une compensation dans des conditions fixées par décret. ».

Aux termes de l’article 19 du décret du 1er octobre 1997 fixant les modalités de calcul de la rémunération des militaires affectés à l'étranger, dans sa version en vigueur à la date du présent litige : « Le congé administratif est la situation du militaire bénéficiant de permissions rémunérées selon le régime de solde à l’étranger soit en cours de séjour, soit à l’issue du séjour, sur le lieu d’affectation ou en dehors du territoire. / Le nombre annuel de jours de rémunération de congé administratif est égal au nombre annuel de jours de permissions auquel a droit le militaire en vertu des 1°, 3° et 4° de l’article R. 4138-16 du code de la défense. Toutefois, les droits à congé administratif se décomptent de date à date, y compris les samedis, dimanches et jours fériés. / (...) ». Aux termes de l’article 7 de l’arrêté du 1er octobre 1997 pris pour l’application des dispositions du décret précité, également dans sa version en vigueur à la date du présent litige : « Les modalités du congé administratif visé à l’article 19 du décret du 1er octobre 1997 susvisé sont déterminées ci-après. / (...) /. Le congé administratif accordé en cours de séjour permet au militaire qui bénéficie de permissions durant ce séjour de conserver la rémunération qui lui est versée en situation de présence au poste. / Si, pour des raisons de service, le militaire affecté à l’étranger n'a pu utiliser, en partie ou en totalité, ses droits à congé administratif pendant son séjour, les droits, acquis au titre de l’affectation à l’étranger conformément au deuxième alinéa de l'article 19 du décret du 1er octobre 1997 susvisé, sont reportés à l’issue du séjour dans les conditions suivantes : / - pour le militaire de carrière placé, à l'issue du séjour à l’étranger, dans l’une des situations des positions d'activité ou de non-activité citées aux articles L. 4138-2 et L. 4138-11 du code de la défense et ouvrant droit, en totalité ou en partie, au versement de la solde, le reliquat des droits est versé à compter du premier jour du retour en France jusqu’à épuisement des droits. / (...) ».

Aux termes du point 2.1 de la circulaire du 07 juillet 2017 relative aux permissions, aux quartiers libres et aux autorisations d'absence des militaires de l'armée de terre : « Le militaire a droit à quinze (15) jours de permissions complémentaires planifiées (PCP) par année civile entière de service dont trois (3) sont octroyés sous la forme de permissions et douze (12) sont octroyés sous la forme d'une indemnité pour temps d'activité et d'obligations professionnelles complémentaires (ITAOPC). ».

D’abord, il ressort des pièces du dossier que M. A... a acquis au titre de sa période d’affectation en Côte d’Ivoire du 1er août 2019 au 5 août 2022, cent trente-neuf jours de permissions de longue durée (PLD), soit quarante-cinq jours par année de séjour du 1er août 2019 au 31 juillet 2022 et quatre jours au titre de la période du 1er au 4 août 2022. Par ailleurs, le ministre fait valoir qu’en application de la circulaire du 7 juillet 2017, citée au point précédent, le requérant avait droit à trois jours de permissions complémentaires planifiées (PCP) par année civile entière de service, et que les militaires affectés à l’étranger n’ont pas le droit à l’indemnité pour temps d'activité et d'obligations professionnelles complémentaires. Toutefois, M. A..., ne pouvant à la fois ne pas bénéficier de l’indemnisation de ces permissions complémentaires planifiées et de la pose de ces mêmes jours, avait droit à quinze jours de permissions complémentaires planifiées par année civile, soit pour la période de son affectation en Côte d’Ivoire, un total de quarante-cinq jours. Par conséquent, en retenant dans la décision contestée un total de cent trente-six jours de droits à congé administratif correspondant à cent trente-six jours de permissions de longue durée, et quand bien même la ministre des armées et des anciens combattants soutient en défense que le requérant avait droit à cent trente-neuf jours de permissions de longue durée et à douze jours de permissions complémentaires planifiées, alors qu’il résulte de ce qui précède que le requérant avait droit à un total de cent quatre-vingt-quatre jours pour le calcul des droits à congés administratifs, lesquels se décomptent de date à date, y compris les samedis, dimanches et jours fériés, la ministre a méconnu les dispositions précitées.

Ensuite, il résulte des dispositions précitées de l’article 19 du décret du 1er octobre 1997 que le décompte des congés administratifs des militaires, qui permet à un militaire affecté à l’étranger de conserver, lorsqu’il est en permission, la rémunération qui lui est versée en situation de présence au poste se fait de date à date, y compris les samedis, dimanches et jours fériés. Toutefois, la note de service du 11 janvier 2022 relative à la gestion des permissions et des congés administratifs des militaires affectés aux forces françaises en Côte d’Ivoire prévoit, quant à elle, en son point 3.2.2, des périodes de quartiers libres, « y compris pendant les week-ends et jours fériés libres ». En précisant néanmoins que durant ces périodes, le militaire « doit être joignable et en mesure de rejoindre le camp de Port-Bouët en moins de trois heures » et « n’est pas autorisé à sortir de la garnison », et que dans l’hypothèse où « le personnel se trouvant à plus de trois heures du camp de Port-Bouët devra systématiquement poser un titre de permission qui donnera lieu à un décompte des congés administratifs », les dispositions de cette note de service, en ce qu’elles prévoient une adaptation limitée de celles précitées de l’article 19 du décret du 1er octobre 1997 en matière de décompte des week-ends et jours fériés tout en tenant compte des nécessités opérationnelles ne méconnaissent pas, par elles-mêmes, contrairement à ce que soutient la ministre des armées et des anciens combattants, ces mêmes dispositions.

Dès lors, il ressort des pièces du dossier que le décompte établi par l’établissement national de la solde fait état de cent quatre-vingt-trois jours de permissions en incluant les jours de
week-end et les jours fériés compris dans les périodes de permissions de congés administratifs utilisés, soit deux cent quatre-vingt-huit jours au total en rajoutant les week-ends précédant ou suivant directement un jour de permission pris par M. A... lors de son affectation en Côte d’Ivoire. Par suite, si le décompte de l’établissement national de la solde ne méconnaît pas les dispositions précitées en tant qu’il comptabilise cent quatre-vingt-trois jours de permission incluant les week-ends et jours fériés lorsqu’ils étaient positionnés dans la période de permissions, il résulte de ce qui a été exposé au point 9 que ces dispositions, et notamment celles prévues par la note de service du 11 janvier 2022 précitée, ont en revanche été méconnues par la décision attaquée en tant qu’elle retient que le requérant avait exercé sur cette période ses droits à congé administratif pour un total de deux cent quarante-trois jours en incluant les week-ends et jours fériés limitrophes aux périodes de permissions. Par suite, le requérant pouvant prétendre à l’issue de son affectation à l’étranger à l’attribution de cent quatre-vingt-quatre jours de congés administratifs comme exposé au point 8, s’est vu refuser à tort l’octroi d’un jour de congé administratif en complément des cent quatre-vingt-trois jours accordés. Le moyen tiré de l’erreur de droit doit dès lors être retenu.

Il résulte de tout ce qui précède que la décision attaquée de la ministre des armées du 11 décembre 2023 doit être annulée en tant qu’elle refuse un jour de congé à M. A....



D É C I D E :


Article 1er : La décision de la ministre des armées du 11 décembre 2023 est annulée en tant qu’elle refuse un jour congé à M. A....

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et à la ministre des armées et des anciens combattants.



Délibéré après l'audience du 4 mars 2026, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,
Mme Deffontaines, première conseillère,
Mme Dobry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2026.


La rapporteure,

L. Deffontaines
Le président,

T. Gros




Le greffier,




P. Haag



La République mande et ordonne à la ministre des armées et des anciens combattants en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier,


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