jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2401803 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | AARPI L'ILL LÉGAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 mars et 3 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Thalinger, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 29 janvier 2024 par lesquelles la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros hors taxes à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou à défaut à verser à la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
La décision de refus de titre de séjour :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
La décision d'octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
La décision fixant le pays de destination :
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée de défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par ordonnance du 14 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 avril 2024.
La requête a été communiquée à la préfète du Bas-Rhin, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dobry,
- et les observations de Me Hentz, substituant Me Thalinger, représentant Mme B, présente à l'audience.
Une note en délibéré présentée par Me Thalinger a été enregistrée le 22 avril 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante marocaine née le 6 mai 1958, est entrée en France en dernier lieu le 19 décembre 2019 puis elle a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 28 avril 2020, prolongée automatiquement de trois mois dans le cadre de la crise sanitaire. Elle a sollicité le 11 juin 2021 la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par les décisions contestées du 29 janvier 2024, qui font suite à une première décision de refus annulée en raison d'un défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante, la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions contestées :
2. Par un arrêté du 7 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. Duhamel, secrétaire général, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachées les décisions contestées manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.
4. En deuxième lieu, eu égard aux éléments produits à l'appui de sa demande de titre de séjour, concernant notamment la situation des membres de sa famille, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le constat par la préfète du Bas-Rhin de ce qu'elle ne démontre pas être isolée dans son pays d'origine révèlerait un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Mme B a résidé au Maroc jusqu'à l'âge de 36 ans puis, à partir de 1994, a vécu aux Emirats Arabes Unis, où elle a épousé en 2012 un ressortissant émirati. Elle fait état de violences conjugales dont elle aurait été victime et qui l'auraient poussée à se séparer de son époux, sa situation l'empêchant désormais de retourner aux Emirats Arabes Unis. Mme B ne produit toutefois que très peu d'éléments susceptibles d'étayer la matérialité des faits qu'elle décrit, s'agissant notamment des circonstances dans lesquelles elle est venue en France avec son époux, de sa séparation de ce dernier, de sa prise en charge par une association de victimes et des menaces qui pèseraient sur elle si elle retournait aux Emirats Arabes Unis. Si elle soutient ne plus avoir de liens au Maroc, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ait plus d'attaches en France, où elle ne vit que depuis un peu plus de quatre ans et où elle n'établit pas avoir noué de liens intenses ni être proche de son frère, seul membre de sa famille qui réside sur le territoire, à Marseille. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14./Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ".
8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus, dès lors notamment que les circonstances de sa séparation de son époux ne sont pas suffisamment établies et alors que l'engagement bénévole dans diverses associations, une promesse d'embauche et trois bulletins de paie ne suffisent pas à caractériser des considérations humanitaires ou un motif exceptionnel au sens des dispositions précitées, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions précitées.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne l'octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours :
10. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".
11. Tout d'abord, en l'absence de demande tendant à ce qu'un délai plus long soit accordé, la préfète du Bas-Rhin n'avait pas à motiver de manière spécifique l'octroi du délai légal de départ volontaire de trente jours.
12. Ensuite, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
13. Enfin, Mme B ne peut utilement se prévaloir de la directive n° 2008/115/CE, dont les dispositions invoquées ont été transposées par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au regard de ces dernières dispositions et eu égard à la situation personnelle de la requérante telle qu'exposée au point 6, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
En ce qui concerne le pays de destination :
14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français doit être rejeté.
15. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B serait dans l'impossibilité de poursuivre sa vie privée et familiale au Maroc. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
16. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
17. D'une part, il est constant que Mme B pourra être reconduite vers une autre destination que les Emirats Arabes Unis où elle soutient encourir un risque de traitement contraire aux stipulations précitées. D'autre part et ainsi qu'il a été exposé au point 6, la réalité des menaces que la requérante affirme encourir en cas de retour aux Emirats Arabes Unis n'est pas établie. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée est entachée de défaut d'examen de sa situation personnelle sur ce point, ni qu'elle méconnaît les stipulations précitées.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des décisions du 29 janvier 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la préfète du Bas-Rhin et à Me Thalinger. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rees, président,
Mme Merri, première conseillère,
Mme Dobry, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.
La rapporteure,
S. DOBRY
Le président,
P. REES La greffière,
V. IMMELE
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026