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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2401864

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2401864

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2401864
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mars 2024, M. C F, représenté par Me Berry, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) avant dire droit, d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ou, à défaut, à la préfète du Bas-Rhin de produire les éléments sur lesquels l'Office s'est fondé pour considérer qu'il pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Géorgie ;

3°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement ou, à défaut, d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation et de lui délivrer durant ce réexamen une autorisation provisoire de séjour sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur le refus de séjour :

- le signataire de cette décision n'a pas reçu délégation pour ce faire ;

- cette décision est entachée d'un vice de procédure tenant à l'absence de justification de l'existence de l'avis du collège des médecins de l'OFII ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tenant à l'absence de production de la décision du directeur général de l'OFII fixant la composition du collège ;

- la procédure est également irrégulière à défaut de vérification de l'absence de présence au sein du collège du médecin ayant rédigé le rapport ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à cet égard ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- le signataire de cette décision n'a pas reçu délégation pour ce faire ;

- l'illégalité du refus de séjour prive de base légale l'obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la désignation du pays de renvoi :

- le signataire de cette décision n'a pas reçu délégation pour ce faire ;

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale la désignation du pays de renvoi ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête, en soutenant que les moyens sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Olivier Biget,

- les observations de Me Carraud, susbstituant Me Berry, avocate de M. F.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant géorgien né le 18 mars 1990, est entré irrégulièrement en France, le 29 mars 2019 selon ses dires. Il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du 30 septembre 2019 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une ordonnance du 22 juin 2020 de la Cour nationale du droit d'asile. Sa demande d'asile ayant été examinée selon la procédure accélérée, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours par un arrêté du 31 octobre 2019 de la préfète du Bas-Rhin dont les effets ont été suspendus par le tribunal administratif de Strasbourg jusqu'à la notification de l'ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile. M. F a ensuite sollicité son admission au séjour pour soins et s'est vu délivrer un titre de séjour valable du 4 octobre 2021 au 3 octobre 2022, sur la base d'un avis du 4 octobre 2021 du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Saisi de sa demande de renouvellement de son titre de séjour, le collège des médecins de l'OFII a considéré, par un nouvel avis du 31 mars 2023, que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et voyager sans risque vers ce pays. Par un arrêté du

5 décembre 2023, la préfète du Bas-Rhin a alors refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Le requérant demande au tribunal l'annulation de ces décisions contenues dans cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. F au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence du signataire de l'arrêté attaqué :

4. Par un arrêté du 17 novembre 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, lequel est consultable en ligne, la préfète du Bas-Rhin a donné à M. A E, directeur des migrations et de l'intégration et signataire de l'arrêté attaqué, délégation à l'effet de signer les décisions relatives à l'admission au séjour et à l'éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contenues dans l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

Sur la décision de refus de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article

R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ".

6. Le requérant soutient qu'il n'est pas établi qu'un avis du collège des médecins de l'OFII a été émis dans le respect de ces dispositions, notamment dans le respect de la règle selon laquelle le médecin ayant établi le certificat médical ne siège pas au sein du collège. Toutefois, il ressort des pièces produites en défense que la préfète du Bas-Rhin a refusé l'admission au séjour du requérant sur la base d'un avis du 31 mars 2023 du collège des médecins de l'OFII délivré au vu d'un rapport médical rédigé le 23 janvier 2023 par la docteure B D et que celle-ci n'a pas siégé au sein de ce collège alors composé des docteurs Ignace Mbomeyo, Charles Candillier et Anne De Prin, qui ont été régulièrement désignés par une décision du 3 octobre 2022 du directeur général de l'OFII accessible en ligne. Il suit de là que les moyens tirés des vices de procédure, qui manquent en fait, doivent être écartés.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

8. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

9. Pour refuser à M. F la délivrance du titre de séjour sollicité sur le fondement des dispositions citées au point 4, la préfète du Bas-Rhin s'est notamment fondée sur l'avis du 31 mars 2023 du collège des médecins de l'OFII qui indique que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine et qu'à la date de cet avis, son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Pour contester le sens de cet avis, lequel fait présumer l'accès de M. F à un traitement approprié à son état de santé en Géorgie, le requérant a levé le secret médical et produit des documents médicaux desquels il ressort qu'il présente une épilepsie focale sévère pharmaco-résistante pour laquelle il suit un traitement composé, en dernier lieu, de trois médicaments permettant de réduire le nombre de crises sans toutefois permettre totalement d'en prévenir la survenance de sorte qu'il a été envisagé de recourir à une intervention chirurgicale, sur la base d'un diagnostic effectué par stéréo-électroencéphalographie, permettant, dans 60 % des cas, de réduire la fréquence des crises épileptiques mais rendant néanmoins probable le maintien d'un traitement antiépileptique par la suite. Il s'ensuit qu'à la supposer établie, la circonstance que le système de santé géorgien ne permette pas la réalisation d'une stéréo-électroencéphalographie n'est pas suffisante en soi pour considérer que M. F ne pourrait y bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé, lequel ne se résume pas à la possibilité de recourir à un tel examen. A cet égard, la circonstance que, postérieurement à l'arrêté attaqué, l'intéressé a été hospitalisé, au mois d'avril 2024, pour un bilan pré-chirurgical en vue de la réalisation d'une stéréo-électroencéphalographie est sans incidence sur la légalité de la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour en litige. Au surplus, alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. F souffre d'épilepsie focale pharmaco-résistante évoluant depuis l'âge de six ans et qu'il refuse un traitement chirurgical alternatif par stimulation vagale, le requérant n'établit pas qu'il ne pourrait pas avoir accès, dans son pays d'origine, à des médicaments de la même famille que ceux qui lui sont prescrits en France, en particulier le Zonegran ou une molécule équivalente, et, par suite, à un traitement approprié à son état de santé actuel. Ainsi, ni les considérations qu'il fait valoir ni la circonstance que l'avis du 31 mars 2023 du collège des médecins de l'OFII diffère sur ce point du précédent avis du 4 octobre 2021 qui considérait alors que l'état de santé de l'intéressé nécessitait qu'il puisse se maintenir en France pour une durée de douze mois afin d'y poursuivre ses soins ne permettent de démontrer l'absence d'accès à un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé, non plus, dès lors, que de renverser la charge de la preuve eu égard à la teneur du dernier avis du collège des médecins de l'OFII. Par suite, sans qu'il y ait lieu d'ordonner à l'administration de communiquer les éléments sur lesquels le collège de médecins s'est basé pour estimer que l'intéressé peut être traité et pris en charge médicalement dans son pays d'origine, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de son état de santé et de l'accès à un traitement médical dans son pays d'origine.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que, compte tenu de l'état de santé de M. F et de la nécessité selon lui de poursuivre ses prises en charge médicales en France, la décision de refus de séjour contestée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, alors, en outre, que ses attaches familiales se situent en Géorgie. Cette décision n'a donc pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision de refus de séjour ayant été écartés, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

14. Le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne repose sur aucune autre considération que celles développées par le requérant à l'appui de son moyen tiré de la méconnaissance de l'article

L. 425-9 du même code, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9.

15. En troisième lieu, si M. F soutient que son éloignement engendrera une rupture dans sa prise en charge médicale et qu'une équipe pluridisciplinaire étudie actuellement la possibilité de réaliser une intervention chirurgicale alors qu'il n'a aucune garantie qu'une telle équipe puisse se reconstituer dans son pays d'origine, il n'établit pas ce faisant que l'obligation de quitter le territoire français en litige porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Cette décision n'a donc pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la décision désignant le pays de renvoi :

16. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.

17. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, qui reprennent ce qui a été précédemment développé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés pour les mêmes motifs que précédemment.

18. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

19. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 9, que le requérant ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et risquerait dès lors d'y être exposé à des traitements proscrits par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison de son état de santé. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations internationales doit être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions contestées doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

21. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F, n'appelle aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent, dès lors, pareillement qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

DECIDE:

Article 1er : M. F est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, à Me Berry et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

M. Biget, premier conseiller,

Mme Perabo Bonnet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 juin 2024.

Le rapporteur,

O. Biget

Le président,

S. Dhers

La greffière,

D. Hirschner

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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