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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2401999

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2401999

lundi 22 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2401999
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDOLLÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 mars 2024, M. B, représenté par Me Dollé, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, la suspension de l'exécution de la décision portant refus implicite de faire droit à sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai déterminé, au besoin ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement à Me Dollé d'une somme de 1 800 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en matière de séjour et d'éloignement, il existe un régime de présomption d'urgence lorsque la décision de l'autorité administrative modifie la situation juridique de l'intéressé notamment comme en l'espèce lorsque le préfet refuse de renouveler un titre de séjour, ou que la décision litigieuse par laquelle le préfet de la Moselle persiste à refuser de renouveler le titre de séjour de l'intéressé a pour effet de limiter sa liberté de circulation, de le priver de revenus en ne lui permettant pas de bénéficier de l'allocation adulte handicapé à laquelle il a droit, et obère ainsi gravement sa situation matérielle, en l'exposant à une expulsion locative. L'atteinte grave et immédiate à sa situation matérielle permet de regarder la condition d'urgence comme étant remplie.

- plusieurs moyens sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision et sont tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L.424-6 et R. 424-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile tant sur le fond que sur le vice de procédure lié au non-respect du délai de quatre mois ; de la méconnaissance des dispositions des articles L.426-4 et L.426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; de la méconnaissance des dispositions des articles L.423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 avril 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les conditions posées à l'article L.521-1 du code de justice administrative ne sont pas remplies.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la requête en annulation n° 2202247 présentée par M. B le 5 avril 2022.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Strasbourg a désigné M. Richard, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 9 avril 2024 à 11h00 en présence de

Mme Brosé, greffière d'audience, M. Richard a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Dollé représentant M. B, présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient en outre que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie alors qu'il peut bénéficier d'une carte de résident de plein droit et réside en France depuis plus de dix ans.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

M. B a produit une note en délibéré le 9 avril 2024.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En application de ces dispositions et en raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a bénéficié d'une carte de résident délivrée au regard de son statut de réfugié. Si le statut de réfugié lui a été retiré par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 29 octobre 2019, il est constant que le titre de séjour dont il bénéficiait ne lui a pas été retiré. Cette carte de résident est en revanche arrivée à expiration le 12 juillet 2020 soit à une date postérieure à sa demande de renouvellement de son titre formée par le requérant le 1er juillet 2020 en sous-préfecture de Thionville ainsi que le souligne le préfet de la Moselle dans son courrier du 15 décembre 2022.

5. Par ailleurs, il ressort des termes de la demande qu'il a précisée par l'intermédiaire de son avocat le 17 août 2020, qu'après avoir rappelé l'ancienneté de sa durée de vie en France depuis l'année 2000, la vie commune avec son épouse et les circonstances du retrait de son statut de réfugié, le requérant a fait état des conditions dans lesquelles une carte de résident pouvait lui être délivrée ou subsidiairement une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'ancien article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vue de la régularisation exceptionnelle de son séjour.

6. Afin de justifier de l'urgence à suspendre le refus implicite né du silence opposé à cette demande, le requérant, qui se prévaut de la présomption attachée à la situation de renouvellement de son titre de séjour qui était la sienne début juillet 2020, indique également qu'il a perdu le bénéfice des récépissés qui lui avaient été délivrés dans le cadre de l'instruction de sa demande de titre de séjour, une décision implicite de rejet étant née en tout état de cause du silence observé par le préfet de la Moselle sur celle-ci et en dernier lieu dans la version de cette demande complétée le 17 août 2020. Il soutient enfin sans être sérieusement contredit qu'il va perdre le bénéfice des allocations dont l'attribution est conditionnée à la régularité de son séjour, que cette situation a contribué à ce qu'il soit mis en demeure de quitter son logement. La circonstance que M. B n'a pas répondu au courrier du 15 décembre 2022 par lequel le préfet lui a demandé des précisions sur le fondement juridique de sa demande n'est pas de nature à remettre en cause les justifications du requérant apportées sur l'urgence. Les fondements étaient d'ailleurs suffisamment précisés dans le cadre du courrier du 17 aout 2020 envoyé à la préfecture de la Moselle par le conseil de l'intéressé.

7. Dans ces conditions, le requérant doit être regardé comme justifiant du respect de la condition d'urgence fixée à l'article L.521-1 du code de justice administrative.

8. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce qu'en lui refusant une carte de séjour temporaire en vue de régulariser sa situation, le préfet de la Moselle a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de

M. B au regard de ses liens d'ordre privé et familial et de la durée de son séjour en France est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant est seulement fondé à demander la suspension de l'exécution du refus implicite de titre de séjour qui lui a été opposé.

10. La présente suspension implique nécessairement que le préfet de la Moselle délivre une carte de séjour temporaire provisoire à M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance jusqu'à ce que le tribunal ait statué au fond sur la légalité du refus implicite de lui délivrer un titre de séjour.

11. Il y a lieu d'admettre provisoirement M. B à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Dollé, avocat du requérant renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dollé de la somme de 1000 euros hors taxes.

O R D O N N E :

Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision portant refus implicite de lui délivrer un titre de séjour à la suite de la demande de titre de séjour formée le 1er juillet 2020 et complétée le 17 août 2020 est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Moselle de délivrer une carte de séjour temporaire à M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance jusqu'à ce que le tribunal ait statué au fond.

Article 4 : L'Etat versera à Me Dollé une somme de 1000 euros hors taxes en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B, à Me Dollé et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Thionville et au ministre de l'intérieur.

Fait à Strasbourg, le 22 avril 2024.

Le juge des référés,

M. RICHARD

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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