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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2402001

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2402001

mardi 7 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2402001
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL LE DISCORDE - DELEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mars 2024, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), représenté par la SELARL Alerion Avocats, demande au juge des référés de prescrire une expertise en vue de constater l'étendue et les causes des désordres affectant la station de pompage et de traitement passif des eaux minières de Vouters à Freyming-Merlebach et d'en déterminer les responsabilités ;

Il soutient que :

- l'expertise présente un caractère utile ;

- elle est nécessaire pour déterminer la cause de ces désordres ;

- il observe une saturation du site à un débit de 340m3/ heures avec une montée des eaux dans le bassin 2 à la limite du débordement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024, la compagnie Allianz global corporate et speciality SE et la SA Spie Batignolles Valerian, représentées par la SCP Hemzellec Davidson déclarent ne pas s'opposer à la demande d'expertise sollicitée sous les plus expresses réserves et protestations de droit et demande que la mission de l'expert soit complétée selon les termes de leur mémoire.

Elles soutiennent que la matérialité et l'origine des désordres allégués ne sont pas établies à ce jour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024, la société Antea France, représentée par la SELARL Alchimie Avocats, indique ne pas s'opposer à la mesure d'expertise mais formule toutes protestations et réserves sur sa responsabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, la société des Eaux de l'Est, représentée par la SELARL ADK, indique ne pas s'opposer à la mesure d'expertise mais formule toutes protestations et réserves sur sa responsabilité. Elle demande en outre, s'agissant de l'étendue de la mission d'expertise judiciaire, que l'expert établisse un pré-rapport qui sera communiqué à l'ensemble des parties et à la réception duquel elles pourront formuler des dires adressés à l'expert et qui seront annexés au rapport final déposé par l'expert le cas échéant après les modifications lui paraissant nécessaire et/ou ses observations en réponse au vu des observations des parties.

La procédure a été communiquée aux sociétés Allianz IARD, Veolia et XL Catlin Service / XL Insurance Compagny qui n'ont pas présenté de mémoire en défense.

Pa un acte, enregistré le 27 juin 2024, la SELARL Le Discorde - Deleau déclare se constituer pour Allianz IARD.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B C, 1er vice-président, pour statuer en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Il est constant que, par une demande de travaux du 3 août 2012, la DREAL a missionné le département prévention et sécurité minière (DPSM) du BRGM pour l'élaboration d'un cahier des charges portant sur la réalisation de la station de pompage du puits Vouters et de la station de traitement des eaux minières associée, situées à Freyming Merlebach. Aux termes de celui-ci, les stations de pompage et de traitement des eaux minières sur le secteur de Freyming-Merlebach devaient être en mesure d'exhaurer un débit de 500m3/h Dans le cadre d'un appel d'offres, la réalisation des stations de pompage et de traitement passif des eaux a été déclinée en quatre lots principaux, se décomposant comme suit : le lot 1 " Terrassement, génie civil et VRD " a été attribué à l'entreprise Valerian, le lot 2 " Etanchéité des bassins et lagunes " à la société Galopin, le lot 3 " Aménagement du puits de pompage, équipements électromécaniques et système de surveillance et télégestion " à la société Veolia et le lot 4 " Plantations et aménagements paysagers " à la société Keip. Le marché de maîtrise d'œuvre incluant les études de conception et de réalisation a été confié par le BRGM à la société Antea France. Les travaux objet du lot 1 ont été réceptionnés avec réserves, levées le 4 mars 2016 après intervention de l'entreprise sur le réseau gravitaire et un contrôle du débit à 500m3 effectué le 9 février 2016. L'exploitation des ouvrages a été successivement confiée à la société Veolia SCA puis à la société des Eaux de l'Est. Au cours de l'année 2022, le BRGM a demandé à la société Suez d'établir un diagnostic hydraulique de la station de traitement des eaux de résurgence minière du puits de Vouters 2. En novembre 2022, la société Suez a établi un rapport mettant en exergue des dysfonctionnements altérant le bon écoulement des eaux et, partant la capacité de transit entre les deux bassins de la station. Au mois d'avril 2023, le BRGM a invité Spie Batignoles Valerian et Antea France à procéder à une déclaration de sinistre auprès de leurs assureurs respectifs, après leur avoir rappelé que selon le cahier des charges du marché, la station de traitement des eaux devait pouvoir accepter un débit de 500m3/heure. En réponse, par une lettre du 15 mai 2023, la société Spie Batignolles Valerian a rappelé au BRGM la levée des réserves en mars 2016 et la confirmation du débit à 500m3/heure à cette occasion. Elle a, par ailleurs, contesté le caractère contradictoire de l'étude menée par Suez pour affirmer que sa responsabilité ne se trouvait pas engagée à ce stade. La société Antea a effectué une déclaration de sinistre auprès de son assureur.

Sur l'utilité et le périmètre de la mesure d'expertise :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. ".

3. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions citées au point précédent est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal qui doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir en prenant en compte, à cet effet, les expertises judiciaire ou amiable qui ont pu être prescrites ou réalisées au titre du même litige et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

4. Il résulte de l'instruction que la station de pompage du puits Vouters est affectée de désordres. La mesure d'expertise demandée s'avérant utile pour en déterminer leur nature et leurs causes et les moyens d'y remédier, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert ainsi qu'il sera énoncé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les différents intervenants à mettre en cause :

5. Le BRGM demande que les opérations d'expertise se déroulent au contradictoire des sociétés Antea, Spie Batignolles Valerian, Allianz Global Corporate et Speciality, Allianz IARD, Eaux de l'Est, Veolia et XL Catlin Service / XL Insurance Compagny. La mise en cause de ces intervenants présente un caractère d'utilité, qui n'est d'ailleurs pas contesté. Il en résulte que les opérations d'expertise seront effectuées au contradictoire des intervenants mentionnés à l'article 4 de la présente ordonnance.

Sur les conclusions relatives à la production d'un pré-rapport ou d'une note de synthèse :

6. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir, à charge pour les parties de le lui demander. Il suit de là que les conclusions tendant à ce que l'expert dresse un pré-rapport ou une note de synthèse soumis aux parties ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1 : M. A D, exerçant 5 allée de la Madeleine à Bussy-Saint-Georges (77600) est désigné comme expert avec pour mission de :

1') prendre connaissance des pièces du marché de travaux, et plus généralement, se faire communiquer toutes les pièces utiles à l'exécution de sa mission ; convoquer les parties et se rendre sur les lieux, station de pompage et de traitement passif des eaux minières de Vouters à Freyming-Merlebach (57800) ;

2°) procéder à la constatation et au relevé précis des désordres et malfaçons affectant l'ouvrage en cause et ses différentes parties constitutives

3°) procéder aux investigations nécessaires pour déterminer l'origine, l'ampleur, les causes et l'imputabilité des désordres, le cas échéant pour les différentes parties constitutives de l'ouvrage et notamment la saturation du site à un débit de 340m3/heure et la montée des eaux dans le bassin ; dire s'ils résultent d'erreurs dans la conception de l'ouvrage et/ou dans l'exécution des travaux ; de défauts de maintenance et d'exploitation ou de toute autre cause et, en cas de causes multiples, indiquer la part imputable à chacune des causes , le cas échéant en distinguant les différentes parties constitutives de l'ouvrage ;

4°) indiquer la date d'apparition des désordres constatés ;

5°) préciser les liens contractuels unissant les parties, rassembler les documents relatifs aux assurances et au marché, dire si les malfaçons et/ou désordres constatés résultent de/ou sont constitutifs d'une non-conformité aux clauses contractuelles ;

6°) déterminer si, compte-tenu des circonstances de l'espèce, des données techniques disponibles et de ses compétences propres, chaque partie a accompli les tâches et diligences qui lui étaient dévolues, conformément à ses obligations contractuelles et aux règles de l'art ;

7°) préciser si les désordres et malfaçons constatés étaient soit connus soit apparents, à la date de la réception et dire si les désordres et malfaçons constatés pouvaient être détectés dans toute leur ampleur et importance, avec sous sans réserves, lors de la réception et de la levée des réserves ;

8°) donner son avis sur les conséquences des désordres et malfaçons constatés et dire, notamment s'ils portent atteinte à la solidité de l'ouvrage ou s'ils le rendent impropre à sa destination ou s'ils sont susceptibles de le faire dans un délai prévisible, dans l'hypothèse où l'évolution des désordres en cause, qui n'auraient pas encore manifesté toute leur ampleur, apparaitrait inéluctable ; dire s'ils présentent le cas échéant un risque pour les usagers ;

9°) déterminer si besoin les mesures provisoires et conservatoires à prendre pour préserver les ouvrages et équipements en cause ;

10°) décrire les travaux de nature à faire cesser les désordres et à remettre l'ouvrage en l'état prévu par le marché ; les détailler par zone et par dommage ; en évaluer le coût et en fixer la durée compte tenu des nécessités de leur conception, de la passation des marchés, et de l'exécution des travaux ;

11°) déterminer les préjudices de toute nature subis par le BRGM du fait de ces désordres et en évaluer le montant ;

12°) fournir tous les éléments techniques et de fait de de nature à permettre, le cas échéant, à la juridiction saisie au fond, de déterminer les responsabilités juridique et financière encourues par les parties et notamment la part d'imputabilité de chacune d'entre elles.

13°) tenter de concilier les parties, si faire se peut, sous réserve d'en informer préalablement le président du tribunal, et après le dépôt de son rapport.

Article 2 : Les mesures d'expertise se dérouleront au contradictoire de sociétés Antea, Spie Batignolles Valerian, Allianz Global Corporate et Speciality, Allianz IARD, Eaux de l'Est, Veolia et XL Catlin Service / XL Insurance Compagny

Article 3 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par la juge des référés. Lors de la première réunion d'expertise, il vérifiera que l'ensemble des parties susceptibles d'être concernées par le litige ont bien été appelées à la cause, afin de permettre que soit sollicitée une éventuelle extension de l'expertise ou une demande de mise hors de cause des parties non concernées, dans le délai imparti par l'article R. 532-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, recueillir tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.

Article 5 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par le président du Tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative. L'expert peut demander au président de la juridiction une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de ses honoraires et débours. Cette demande peut intervenir en cours d'expertise.

Article 6 : L'expert pourra, s'il l'estime opportun, établir un pré-rapport et le communiquer aux parties en leur impartissant un délai pour présenter leurs dires et leurs observations sur les dires.

Article 7 : À tout moment au cours de sa mission, l'expert pourra proposer à la juge des référés une médiation entre les parties.

Article 8 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme " Transfert Pro " avant le 1er septembre 2025, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 9 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 10 : La présente ordonnance sera notifiée au Bureau de recherches géologiques et minières, aux sociétés Antea, Spie Batignolles Valerian, Allianz Global Corporate et Speciality, Allianz IARD, Eaux de l'Est, Veolia et XL Catlin Service / XL Insurance Compagny et à M. A D, expert.

Fait à Strasbourg, le 7 janvier 2025.

Le juge des référés,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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