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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2402129

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2402129

mardi 18 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2402129
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantDESCHILDRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 25 mars, 2 mai et 17 juin 2024, M. A B, représenté par Me Deschildre, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 22 janvier 2024 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a refusé de lui délivrer une autorisation préalable d'accès à une formation pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité ;

3°)d'enjoindre au directeur du Conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer l'autorisation préalable sollicitée dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que le Conseil national des activités privées de sécurité a commis une erreur d'appréciation, les faits de violence qui ont motivé le refus de lui délivrer une autorisation préalable d'accès à une formation pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité ayant fait l'objet d'un classement sans suite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2024, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Muller, rapporteur ;

- les conclusions de M. Biget, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a sollicité la délivrance d'une autorisation préalable d'accès à une formation pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité. Par une décision du 22 janvier 2024, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de faire droit à sa demande. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 25% par une décision du 11 octobre 2024 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Strasbourg. Par suite, ses conclusions tendant à ce que le tribunal lui accorde le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes () ". Aux termes de l'article L. 612-20 du même code : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; / () 5° S'il ne justifie pas de son aptitude professionnelle, notamment d'une connaissance des principes de la République, selon des modalités définies par décret en Conseil d'Etat. / () ". Aux termes de l'article L. 612-22 du même code : " L'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle est soumis à la délivrance d'une autorisation préalable, fondée sur le respect des conditions fixées aux 1°, 2°, 3°, 4° et 4° bis de l'article L. 612-20 () ".

4. Il résulte des dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure qu'il appartient à l'autorité administrative d'apprécier si les actes commis par le demandeur sont compatibles avec l'exercice de la profession d'agent de sécurité, alors même que les agissements en cause n'auraient pas donné lieu à une condamnation inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire, qu'ils auraient été effacés du système de traitement des antécédents judiciaires ou qu'ils auraient fait l'objet d'un classement sans suite.

5. Il ressort des éléments figurant au fichier de traitement des antécédents judiciaires et de l'enquête administrative réalisée le 21 décembre 2023 que M. B a été mis en cause en qualité d'auteur de faits de violence ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas huit jours, de faits de dégradation ou de détérioration du bien d'autrui en réunion commis le 23 avril 2022 et de faits de violence sans incapacité sur une victime pour l'influencer ou par représailles commis le 28 juin 2022. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'une décision de classement sans suite a été prise le 2 septembre 2022 par le parquet du tribunal judiciaire de Mulhouse au motif notamment que " les faits ou les circonstances des faits de la procédure n'ont pu être clairement établis par l'enquête ". Il n'est pas contesté par le CNAPS que cette décision porte sur les mêmes agissements que ceux sur lesquels il s'est fondé pour prendre la décision contestée. Pour justifier du bien-fondé de la décision prise, le CNAPS se borne à faire valoir que le fichier policier de traitement des antécédents judiciaires mentionne ces faits et que ces derniers pouvaient fonder la décision contestée en dépit du classement sans suite, sans apporter d'autres éléments, alors que M. B conteste en être l'auteur et que le parquet a considéré que ces faits n'étaient pas clairement établis et ne permettaient pas d'engager des poursuites pénales. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que le CNAPS ne pouvait pas légalement refuser de lui délivrer l'autorisation sollicitée.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 22 janvier 2024 par laquelle le CNAPS a refusé de lui délivrer l'autorisation sollicitée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu et sous réserve d'un changement de circonstances de fait, le présent jugement implique nécessairement que M. B bénéficie d'une autorisation préalable d'accès à une formation pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité. Il y a lieu d'enjoindre au CNAPS de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité la somme que M. B demande en application des dispositions précitées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de M. B tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité en date du 22 janvier 2024 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au Conseil national des activités privées de sécurité de délivrer à M. B une autorisation préalable en vue de suivre la formation d'accès à la profession d'agent de sécurité, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement sous réserve d'un changement de circonstances de fait.

Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Haudier, présidente,

Mme Weisse-Marchal, première conseillère,

M. Muller, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2025.

Le rapporteur,

O. Muller

La présidente,

G. Haudier

La greffière,

A. Dorffer

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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