lundi 15 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2402221 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SCHWEITZER |
Vu la procédure suivante :
I°) Par une requête enregistrée le 30 mars 2024, sous le numéro 2402221, et un mémoire complémentaire, enregistré le même jour, Mme C D, représentée par Me Schweitzer, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assignée à résidence ;
4°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ; à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement et lui délivrer durant ce réexamen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à Me Schweitzer en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme D soutient que :
Sur la légalité du refus d'admission au séjour :
- le refus d'admission au séjour est entaché d'incompétence ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'illégalité du refus de titre de séjour prive de base légale la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :
- l'obligation de quitter le territoire français sans délai est entachée d'un défaut de motivation ;
- les dispositions de l'article L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ;
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
- l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive la décision fixant le pays de destination de base légale ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive l'interdiction de retour sur le territoire français de base légale ;
- la décision d'interdiction est disproportionnée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur la légalité de la décision d'assignation à résidence :
- la décision d'assignation à résidence est entachée d'incompétence ;
- l'illégalité de la décision de remise prive la décision d'assignation à résidence ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut d'examen circonstancié de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
II°) Par une requête enregistrée le 30 mars 2024, sous le numéro 2402222, et un mémoire complémentaire, enregistré le même jour, M. J A, représenté par Me Schweitzer, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence ;
4°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ; à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement et lui délivrer durant ce réexamen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à Me Schweitzer en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A soutient que :
Sur la légalité du refus d'admission au séjour :
- le refus d'admission au séjour est entaché d'incompétence ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'illégalité du refus de titre de séjour prive de base légale la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- l'obligation de quitter le territoire français sans délai est entachée d'un défaut de motivation ;
- les dispositions de l'article L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ;
- il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
- l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive la décision fixant le pays de destination de base légale ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
-
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive l'interdiction de retour sur le territoire français de base légale ;
- la décision d'interdiction est disproportionnée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur la légalité de la décision d'assignation à résidence :
- la décision d'assignation à résidence est entachée d'incompétence ;
- l'illégalité de la décision de remise prive la décision d'assignation à résidence ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut d'examen circonstancié de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Dulmet pour statuer sur les litiges relevant des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dulmet, magistrate désignée ;
- les observations de Me Elsaesser, substituant Me Schweitzer, avocate de M. A et Mme D , qui conclut aux mêmes fins que les écritures des requérants par les mêmes moyens en précisant que les conclusions aux fins d'injonction dont se prévalent les requérants sont celles exposées dans le dernier état de leurs écritures ;
- et les observations de M. A et Mme D, assistés de M. G, interprète en langue hindi, qui insistent sur les risques encourus en cas de retour dans leur pays d'origine et sur leur souhait de rester en France.
Le préfet du Haut-Rhin, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. J A et Mme C D, ressortissants bangladais nés respectivement en 1977 et 1985, sont entrés irrégulièrement sur le territoire français, selon leurs déclarations, le 2 octobre 2017, accompagnés de leurs enfants nés en 2006, 2011 et 2015. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile en 2018. M. A a alors sollicité l'admission au séjour eu égard à son état de santé, le 14 janvier 2019. Par arrêté du 9 juillet 2019, le préfet du Haut-Rhin a refusé d'admettre au séjour et a obligé M. A et Mme D à quitter le territoire dans un délai de trente jours. Le 24 août 2020, M. A a sollicité une protection contre l'éloignement pour motifs de santé, qui lui a été refusée. Les requérants ont cependant fait l'objet, le 2 février 2021, d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français dont la légalité a été confirmée par le tribunal et la cour administrative d'appel de Nancy. Le 21 août 2023, M. A a sollicité une nouvelle fois l'admission au séjour pour motifs médicaux, et son épouse a sollicité une autorisation provisoire de séjour pour l'accompagner. Par arrêtés du 28 mars 2024, le préfet du Haut-Rhin a refusé d'admettre les requérants au séjour, les a obligés à quitter le territoire français sans délai, en leur faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, et les a assignés à résidence. M. A et Mme D demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées numéros 2402221 et 2402222, présentées pour M. A et Mme D, sont relatives à la situation d'un couple de ressortissants étrangers, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président./ L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. ".
4. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à la situation d'urgence, il y a lieu d'admettre M. A et Mme D à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'étendue du litige :
5. Il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif, dans le cadre du présent litige, de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, désignation du pays de renvoi et assignation à résidence, dont il est saisi. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant refus d'admission au séjour, non plus que sur les conclusions accessoires dont elles sont assorties. Dès lors, il y a lieu de renvoyer les conclusions à fin d'annulation des décisions de refus de séjour et les conclusions accessoires dont elles sont assorties à une formation collégiale du tribunal compétente pour en connaître.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
S'agissant du moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, des décisions portant refus d'admission au séjour :
6. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à Mme H F, adjointe au chef du service de l'immigration et de l'intégration, en cas d'absence ou d'empêchement de M. M K, directeur de la réglementation et de M. B E, chef du service de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions dévolues à ce service, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas la décision en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. K et M. E n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de signature de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme F, signataire de la décision attaquée, doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que, par un avis du 4 janvier 2024, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a considéré que si l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut est susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Pour contester cette appréciation, reprise par le préfet du Haut-Rhin pour refuser d'admettre M. A au séjour, les requérants, qui ne lèvent pas le secret médical concernant la pathologie dont souffre M. A ni sur les soins qu'il requiert, se bornent à indiquer sans en justifier que le requérant a été opéré en 2023 et qu'il est régulièrement suivi, ainsi qu'à produire un article de presse du 2 octobre 2023 relatif à l'épidémie de dengue au Bangladesh et à la désorganisation du système de soins dans ce pays. Par cet unique document, et en l'absence de toute explication complémentaire, les requérants n'établissent pas que la décision refusant d'admettre M. A au séjour méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. M. A et Mme D font valoir qu'ils sont entrés sur le territoire français en 2017, accompagnés de leurs trois enfants mineurs. Ils exposent que ces enfants sont scolarisés à l'école élémentaire, au collège et au lycée à Mulhouse, et que la famille est bien intégrée sur le territoire français. Cependant les requérants, qui se maintiennent sur le territoire français malgré deux précédentes mesures d'éloignement, n'apportent aucun élément ou justificatif de nature à établir l'existence de liens personnels ou familiaux d'une particulière intensité avec la France. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que le refus de séjour opposé aux requérants porterait une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent, par suite, être écartés.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
12. Les décisions de refus de séjour attaquées n'impliquent pas que les enfants de M. A et Mme D soient séparés de ses parents. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces des dossiers, et il n'est d'ailleurs pas soutenu, que ces enfants ne pourraient pas poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 § 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut être accueilli.
13. En cinquième lieu, eu égard aux circonstances exposées aux points 8 à 12, il ne ressort pas des pièces du dossier que les décisions refusant d'admettre M. A et Mme D au séjour seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
14. En dernier lieu, les moyens tirés des risques encourus en cas de retour au Bangladesh, tirés la méconnaissance des dispositions abrogées de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifiées à l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont inopérants à l'encontre des décisions portant refus de titre de séjour qui n'ont ni pour objet, ni pour effet de fixer le pays de destination.
15. Il résulte de ce qui précède que M. A et Mme D ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité des décisions refusant de les admettre au séjour.
S'agissant des autres moyens dirigés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
16. En premier lieu, les décisions par lesquelles le préfet du Haut-Rhin a fait obligation à M. A et à Mme D de quitter le territoire français comportent l'énoncé détaillé et circonstancié des considérations de fait et de droit qui les fondent. Le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.
17. En deuxième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative, nécessairement postérieures à son édiction, sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français ne leur auraient pas été notifiées dans les conditions prévues à l'article L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme étant inopérant.
18. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la motivation très détaillée des décisions contestées, que le préfet du Haut-Rhin a procédé à un examen circonstancié de la situation des requérants avant de prendre à leur encontre les décisions contestées.
19. En quatrième lieu, les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à la protection contre l'éloignement pour motifs médicaux dont se prévalent les requérants ont été abrogées par la loi n°2024-42 du 26 janvier 2024, en vigueur à la date d'édiction des décisions contestées. Le moyen est, par suite, inopérant.
20. En cinquième lieu, il convient, pour les motifs exposés au point 8 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
21. En sixième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ainsi que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, qui se fondent sur les mêmes arguments que les mêmes moyens dirigés contre les refus de titre de séjour, doivent être écartés pour les motifs exposés aux points 9 à 13 du jugement.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre les décisions fixant le pays de destination :
22. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A et Mme D ne sont pas fondés à exciper, par la voie de l'exception, de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre des décisions fixant le pays de destination.
23. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; (). / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
24. M. A et Mme D, qui se bornent à soutenir qu'ils courent un risque de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Bangladesh, où ils auraient subi des persécutions et emprisonnement, et où leur fille aînée aurait été tuée, ne produisent aucun élément de nature à établir qu'ils seraient personnellement exposés à un risque réel, direct et sérieux pour leur vie ou leur liberté en cas de retour dans leur pays d'origine ou qu'ils courraient le risque d'être soumis à un traitement contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, et alors, au demeurant, que leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile, le moyen tiré de ce que des décisions attaquées auraient été prises en méconnaissance des stipulations et dispositions précitées ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
25. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que les décisions prononçant une interdiction de quitter le territoire français devraient être annulées par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
26. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
27. Il ressort des pièces du dossier que si les requérants sont présents sur le territoire français depuis 2017, leurs demandes d'admission au séjour au titre de l'asile, puis à raison de problèmes de santé de M. A ont été successivement rejetées. Ils ont fait l'objet de deux mesures d'éloignement qu'ils n'ont pas été exécutées. En se bornant à se prévaloir de la présence en France de leurs enfants mineurs et scolarisés, les requérants ne démontrent pas l'existence de motifs humanitaires justifiant que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Le moyen tiré du caractère disproportionné de la mesure d'interdiction de retour ne peut davantage être accueilli.
28. En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés pour les motifs exposés aux points 9 à 13 du jugement.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre les décisions portant assignation à résidence :
29. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à Mme L I, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, en cas d'absence ou d'empêchement de M. M K, directeur de l'immigration, de la citoyenneté et de la légalité, de M. B E, chef du service de l'immigration et de l'intégration et de Mme H F, adjointe au chef du service de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions dévolues à ce service, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas la décision en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. K, M. E et Mme F n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de signature de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme I, signataire de l'arrêté attaqué, doit être écarté.
30. En deuxième lieu, en se bornant à faire valoir que la situation de santé de M. A a évolué et qu'il a dû subir une opération nécessitant un contrôle assidu de son état de santé, sans lever le secret médical ni apporter d'explications ou justificatifs relatifs à cet état de santé et à ses implications sur l'obligation qui est faite à M. A de rester assigné à résidence dans le département du Haut-Rhin, les requérants ne démontrent pas que le préfet du Haut-Rhin n'aurait pas procédé à examen circonstanciés de leur situation avant de prendre les décisions contestées.
31. En troisième lieu, en l'absence de décision portant remise à un autre Etat membre, les requérants ne peuvent utilement exciper de l'illégalité d'une telle décision à l'encontre des décisions les assignant à résidence.
32. En quatrième et dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés pour les motifs exposés aux points 9 à 13 du jugement, les requérants ne faisant valoir aucune considération propre à la mesure d'assignation à résidence au soutien de leurs moyens.
33. Il résulte de tout ce qui précède que M. A et Mme D ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 28 mars 2024 par lesquels le préfet du Haut-Rhin les a assignés à résidence, ni celle des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et leur interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an.
D E C I D E :
Article 1 : M. A et Mme D sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les conclusions dirigées contre les refus de titre de séjour du 28 mars 2024 du préfet du Haut-Rhin, ainsi que les conclusions accessoires qui les assortissent, sont renvoyées en formation collégiale du tribunal.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. J A,à Mme C D, à Me Schweitzer et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 avril 2024.
La magistrate désignée,
A. Dulmet La greffière,
L. Rivalan
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
L. Rivalan
N° 24002221, 240222
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026