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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2402229

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2402229

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2402229
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantELSAESSER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 mars 2024, M. B C, représenté par Me Elsaesser, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer durant l'instruction un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxes à lui verser en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation, dès lors qu'il doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, eu égard à la durée de son séjour en France, à ses attaches familiales sur le territoire français, à son activité professionnelle sur le territoire français et à la démarche entreprise pour régulariser sa situation, sur le fondement des stipulations de l'article 6 5° de l'accord franco-algérien ou sur celui des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreurs de fait et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que la préfète considère qu'il n'est présent en France que depuis 2014 ou 2015, qu'elle considère qu'il est dépourvu d'attaches familiales en France et qu'elle ne mentionne pas les démarches de régularisation entreprises, ni son insertion professionnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation en tant qu'elle considère que son comportement constitue une menace pour l'ordre public au sens de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est entachée de défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la durée d'interdiction de retour est disproportionnée ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

Sur l'assignation à résidence :

- la décision portant assignation à résidence est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 avril 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Dulmet en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dulmet, magistrate désignée ;

- les observations de Me Elsaesser, avocate de M. C, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient en outre que :

* l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, en l'absence d'examen à 360 ° de sa situation, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction résultant de la loi du 26 janvier 2024 et de l'expérimentation en cours dans certaines préfectures ;

* l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'illégalité en tant qu'il n'a pas été procédé à l'examen de sa situation prévu par les textes ;

- les observations de M. C, qui précise qu'il a rencontré son épouse en Algérie, et qu'il l'a rejointe sur le territoire français en 2015.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant algérien né en 1987, a déclaré être entré en France en 2015. Il est marié avec une ressortissante marocaine, et le couple a deux enfants nés en France en 2015 et 2017. Il a sollicité l'admission au séjour le 17 août 2020. Par arrêté du 18 mars 2021, la préfète du Bas-Rhin a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Par une nouvelle décision du 19 juillet 2022, la préfète du Bas-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, ainsi que son épouse. Convoqué par les services de police le 26 mars 2024 dans le cadre d'une procédure en lien avec des violences conjugales, M. C a fait l'objet, le même jour, d'un arrêté par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans. Par un second arrêté du 26 mars 2024, la préfète du Bas-Rhin a assigné M. C à résidence dans le département du Bas-Rhin. M. C demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de justice administrative : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. "

3. D'une part, la décision portant obligation de quitter le territoire français retrace la situation administrative et familiale de M. C, et mentionne notamment sa situation professionnelle et sa date d'entrée en France. Elle précise également les textes dont elle fait application, et notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui fondent la mesure d'éloignement. La circonstance qu'elle ne vise pas l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui, au demeurant, ne constitue pas le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, n'est pas de nature à entacher la décision contestée d'une insuffisance de motivation. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

4. D'autre part, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise après que l'administration a examiné le droit au séjour de M. C. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cet examen n'aurait pas été sérieux et circonstancié, et qu'il n'aurait pas tenu compte de l'ensemble de la situation du requérant. Les moyens tirés du défaut d'examen particulier de la situation du requérant et du vice de procédure doivent être écartés. Il s'ensuit que M. C n'est pas fondé à soutenir que les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auraient été méconnues.

5. En deuxième lieu, en se bornant à se prévaloir, sans autre précision, d'une expérimentation de l'examen à 360 degrés de la situation des étrangers faisant l'objet d'obligation de quitter le territoire français, en cours dans certaines préfectures, le requérant ne démontre pas que l'obligation de quitter le territoire français qui lui est opposée serait entachée d'un vice de procédure.

6. En troisième lieu, l'arrêté contesté que la préfète du Bas-Rhin mentionne, sans commettre d'erreur de fait, la présence en France de M. C depuis 2015, son mariage avec Mme A et les deux enfants mineurs du couple, ainsi que son emploi dans un garage. La circonstance que l'arrêté ne précise pas que M. C a sollicité l'admission au séjour 22 juillet 2022 n'est pas constitutive d'une erreur matérielle. Le moyen tiré de l'erreur de fait ainsi que, en tout état de cause, celui tiré de l'erreur d'appréciation ne peuvent être accueillis.

7. En quatrième lieu, en application du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit " au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

8. Il est constant que M. C est entré en France en avril 2015 pour y rejoindre son épouse, ressortissante marocaine, alors enceinte. Le couple est parent de deux enfants nés en France en 2015 et 2017, tous deux scolarisés. La famille est hébergée par les services sociaux depuis 2017, parfois séparément, l'épouse de M. C ayant été prise en charge avec ses enfants et sans son mari de 2017 à 2019, parfois en dispositif d'hébergement d'urgence, notamment de novembre 2021 à mai 2022. Il n'est pas contesté que M. C exerce depuis le 1er février 2019 une activité professionnelle de préparateur carrosserie dans un garage. Il ressort cependant également des pièces du dossier que le requérant, qui n'a jamais bénéficié de certificat de résidence en France, a fait l'objet, le 18 mars 2021, d'une première mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré, et que lui-même et son épouse se sont vu refuser la délivrance de titres de séjour par décisions de la préfète du Bas-Rhin en date du 19 juillet 2022. Il ressort également des pièces du dossier, notamment du jugement du tribunal n°1705603 concernant l'obligation faite à l'épouse de M. C de quitter le territoire français en 2017, que le requérant a fait d'un rappel à la loi suite à des violences commises sur la personne de sa conjointe le 19 juillet 2016. M. C a par ailleurs été auditionné par les services de police le 26 mars 2024 pour des faits de même nature. Il ressort en outre des pièces du dossier que le requérant, qui a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans en Algérie n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où résident ses parents et sa fratrie. Il a été précisé dans le jugement n°170560, susvisé, que la famille de Mme A réside également en Algérie. Dans ces conditions, malgré les témoignages d'amis, de collègues et de services sociaux faisant état du caractère sérieux et responsable de M. C, et malgré la durée de son séjour sur le territoire français, qui résulte de l'inexécution d'une précédente mesure d'éloignement, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ne porte pas au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. M. C n'est dès lors pas fondé à soutenir qu'il aurait dû bénéficier de plein droit d'un certificat de résidence sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié.

9. En cinquième lieu, termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Ces dispositions, qui sont relatives aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'appliquent pas aux ressortissants algériens dès lors que leur situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Un ressortissant algérien ne peut par conséquent pas utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Cependant, quoique cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte-tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

10. En l'espèce, M. C se prévaut des arguments déjà évoqués au point 8 et insiste sur son activité professionnelle en tant que préparateur de carrosserie, employé depuis 2019 par le même garage. Cependant, si le requérant démontre l'exercice de son activité professionnelle du 1er février 2019 au 31 juillet 2022, il ne justifie ainsi d'aucune considération humanitaire ou de motifs exceptionnels. Il n'est pas fondé, dès lors, à soutenir que la préfète du Bas-Rhin aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, et en prenant à son encontre une mesure d'éloignement alors qu'il aurait dû être regardé comme disposant d'un droit au séjour.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Pour les motifs exposés au point 8, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

13. En septième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

14. M. C fait valoir que l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants nés en 20015 et 2017 dès lors que son épouse étant d'une nationalité différente de la sienne, la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer dans l'un ou l'autre pays d'origine des parents. Cependant il ressort des pièces du dossier que l'épouse de M. C, bien qu'ayant la nationalité marocaine, est née en Algérie où elle a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans et où résident ses parents, son frère et sa sœur. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A, épouse de M. C, ne pourrait pas retourner s'établir dans ce pays, et que la cellule familiale ne pourrait pas s'y reconstruire. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas soutenu que les enfants du requérant ne pourraient pas poursuivre leur scolarité dans ce même pays. Dans ces conditions, la décision en litige ne méconnaît pas les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant.

15. En septième lieu, il ne ressort pas des circonstances exposées aux points 8 à 15 que la décision portant obligation de quitter le territoire français emporterait, pour le requérant, des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut être accueilli.

16. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;/ 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ;/ () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ;() ".

17. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que l'obligation de quitter le territoire français se fonde sur les dispositions des 1°, 2° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'est pas contesté par M. C que la mesure d'éloignement entre dans le champ des dispositions des 1° et 2° de cet article. Si l'administration n'établit pas que le comportement du requérant constituerait une menace pour l'ordre public de nature à justifier une mesure d'éloignement sur le fondement du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte de l'instruction que la préfète du Bas-Rhin aurait pris la même mesure d'obligation de quitter le territoire français si elle s'était fondée uniquement sur les autres motifs et fondements retenus par elle dans la décision attaquée. Le requérant, n'est, par suite, pas fondé à demander l'annulation de la mesure d'éloignement.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur la légalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

19. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision portant refus de départ volontaire ne peut être accueilli.

20. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :/ (.) 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;/ 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;/ (.) 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ;/ (.) 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (.).

21. M. C, qui se prévaut d'attestations d'hébergement de 2016 et de 2021 qui ne correspondent plus à la réalité de sa situation, dès lors qu'il n'est plus hébergé au centre d'hébergement et accompagnement parent-enfant de la résidence Sainte Odile depuis novembre 2021, et qui est désormais domicilié au Centre communal d'action social, 1 parc de l'étoile, à Strasbourg, n'apporte aucun justificatif quant à son lieu de résidence à la date de la décision contestée. Au demeurant, contrairement à ce qu'il soutient, l'administration n'a pas considéré, dans la décision qui l'assigne à résidence dans le département du Bas-Rhin, qu'il justifiait résider à l'adresse qu'il évoque, 39 route des romains. L'unique passeport produit par le requérant n'est, par ailleurs, plus en cours de validité. Il en ressort ainsi pas des pièces du dossier que la décision portant refus de délai de départ volontaire serait entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation de M. C et d'erreur de fait en tant qu'elle considère qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale, ni d'un document d'identité ou de voyage en cours de validité et, par suite, qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français.

22. En troisième lieu, la circonstance que le requérant ait présenté une demande d'admission au séjour le 5 juillet 2022 et le fait qu'il justifie avoir exercé une activité professionnelle jusqu'au 31 juillet 2022 ne suffisent pas à démontrer que la décision portant refus de délai de départ volontaire méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou emporterait pour M. C des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans :

23. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

24. En deuxième lieu, la décision contestée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquels elle se fonde. Le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait.

25. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen circonstancié de la situation du requérant, ni tenu compte, notamment, de sa situation familiale.

26. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (). "

27. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français se fonde, entre autres circonstances, sur le maintien du requérant en France en situation irrégulière depuis 2015, et mentionne que son comportement constitue, du fait de l'irrégularité du séjour, un " trouble à l'ordre public ". La préfète du Bas-Rhin ne fonde pas l'interdiction de retour sur le territoire français sur la notion de " menace à l'ordre public ". Le requérant ne peut dès lors utilement soutenir que la préfète aurait inexactement qualifié son comportement ou aurait commis une erreur d'appréciation en retenant l'existence d'une telle menace.

28. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que si le requérant réside en France depuis 2015, il n'a jamais résidé régulièrement en France et a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Il ressort en outre des pièces du dossier que l'épouse de M. C, qui a fait l'objet d'un refus de titre de séjour le 19 juillet 2022, n'a pas vocation à rester sur le territoire français, et, ainsi qu'il a été dit au point 15 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale du requérant ne puisse pas se reconstituer en Algérie, en compagnie de son épouse et de ses deux enfants mineurs. Si M. C démontre avoir exercé une activité professionnelle de 2019 au 31 juillet 2022, et produit des témoignages d'amitié et d'insertion datés de 2022, il ne justifie pas de la poursuite de cette activité postérieurement à cette date, et ne produit, au titre des années 2023 et 2024, que deux témoignages peu circonstanciés faisant état de ce qu'il s'occupe de ses enfants. Il a fait l'objet, le 19 juillet 2022, d'un refus de titre de séjour. Il a, par ailleurs, fait l'objet d'un rappel à la loi pour des faits de violences conjugales commis en 2016, a vécu séparé de son épouse de 2017 à 2019, et a été interpellé en mars 2024 pour de nouvelles violences commises sur sa conjointe. Il n'établit dans ces conditions pas l'existence de circonstances humanitaires justifiant qu'il soit dérogé à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français.

29. En sixième lieu, pour les motifs exposés au point précédent, et eu égard aux circonstances de fait détaillées aux points 10, 12 et 14 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

30. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à exciper, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

31. En second lieu, la décision contestée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquels elle se fonde. Le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait.

Sur la légalité de la décision portant assignation à résidence :

32. Il résulte de ce qui a été exposé précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant assignation à résidence devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ou de celle portant refus de délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.

33. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Elsaesser et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

La magistrate désignée,

A. Dulmet La greffière,

L. Rivalan

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Rivalan

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