Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 avril et 8 mai 2024, M. B... A..., représenté par Me Elsaesser, demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d’annuler la décision du 15 février 2024 par laquelle la directrice territoriale de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) a refusé de procéder au rétablissement de ses conditions matérielles d’accueil ;
3°) d’enjoindre à l’OFII, à titre principal, de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil et de procéder au versement de l’allocation pour demandeur d’asile avec effet rétroactif à la date de cessation de son versement et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’OFII la somme de 1 500 euros hors taxes à verser à Me Elsaesser, son avocate, au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen réel et sérieux ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen réel et sérieux de sa situation de vulnérabilité par un agent qualifié de l’Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle méconnaît l’article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du fait qu’il a respecté toutes les obligations d’assignation à résidence qui lui ont été imposées, et compte tenu de sa situation de fragilité ;
- elle est entachée d’erreur de fait en ce qu’elle mentionne qu’il a été absent une semaine de son lieu d’hébergement alors qu’il n’en a été absent qu’une nuit ;
- elle est entachée d’erreur d’appréciation de sa situation de vulnérabilité.
La procédure a été transmise à l’Office français de l'immigration et de l'intégration qui n’a pas produit de mémoire en défense.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision de la section administrative du bureau d’aide juridictionnelle du 29 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Le rapport de Mme Deffontaines a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. A..., né le 3 novembre 1995, de nationalité nigériane, déclare être entré en France en 2022 sous couvert d’un visa délivré par les autorités norvégiennes afin d’y solliciter l’asile. Sa demande d’asile a été enregistrée le 16 mars 2022, et le même jour il a accepté l’offre qui lui a été faite à bénéficier des conditions matérielles d'accueil. Par décision du 1er septembre 2022, l’OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu’il avait quitté son lieu d’hébergement pendant plus d’une semaine sans justification valable. À l’expiration du délai de la décision de transfert vers la Norvège dont le requérant a fait l’objet, l’intéressé a été admis à présenter sa demande d’asile en procédure normale, le 8 décembre 2023. Le 6 février 2024, M. A... a sollicité le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 15 février 2024, dont le requérant demande l’annulation, l’OFII a rejeté sa demande de rétablissement des conditions matérielles d’accueil.
Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
M. A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 29 août 2024. Il n’y a pas lieu, par suite, de statuer sur la demande d’admission provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, la décision attaquée, qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, ne peut qu’être écarté.
En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et eu égard en particulier à ce qui vient d’être exposé au point précédent, que l’OFII a procédé, contrairement à ce qui est soutenu, à un examen individuel de la situation personnelle du requérant.
En troisième lieu, aux termes de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / (…) / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / (…) / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ». Aux termes de l’article R. 551-21 du même code : « Pour l'application du 2° de l'article L. 551-16, un demandeur d'asile est considéré comme ayant quitté son lieu d'hébergement s'il s'en absente plus d'une semaine sans justification valable. / Dans ce cas, le gestionnaire du lieu en informe sans délai, en application de l'article L. 552-5, l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ». Aux termes de l’article L. 522-2 du même code : « L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ».
Quand bien même les dispositions citées au point précédent disposent que la vulnérabilité du demandeur est prise en compte par l’OFII en cas de demande de rétablissement des conditions matérielles d’accueil, elles ne font pas obligation à l’Office, postérieurement au dépôt d’une demande d’asile et à l’entretien personnel y faisant suite, de réaliser un nouvel entretien d’évaluation de vulnérabilité, dans le cas notamment où est demandé le rétablissement des conditions matérielles d’accueil. Par suite, le moyen tiré du défaut d’évaluation de sa vulnérabilité par un agent qualifié de l’OFII ne peut qu’être écarté comme inopérant.
En dernier lieu, pour refuser le rétablissement des conditions matérielles d’accueil, l’OFII a retenu que M. A... avait quitté son lieu d’hébergement pendant plus d’une semaine sans justification préalable et qu’il n’a donc pas, conformément au dernier paragraphe de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, « respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ». D’une part, si M. A... fait valoir qu’il aurait quitté le lieu d’hébergement dont il bénéficiait en 2022 pour une nuit seulement, ayant manqué le dernier train de Strasbourg vers Benfeld, et non pour une semaine, il ne l’établit pas. D’autre part, si l’intéressé soutient qu’il n’a pas de logement, est isolé, ne peut ni se nourrir ni se vêtir, qu’il est fragile psychologiquement et qu’il craint pour sa sécurité notamment en raison de son orientation sexuelle, il ne justifie pas, par la seule production d’une photographie d’une tente et d’une attestation d’adhésion à la Station, centre lesbien gay bi transsexuel intersexe, d’une vulnérabilité particulière à la date de la décision attaquée. Enfin, la circonstance, à la supposer avérée, que le requérant aurait respecté ses obligations dans le cadre des assignations à résidence dont il a fait l’objet en 2022 est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dans ces conditions, M. A... n’est pas fondé à soutenir que l’OFII, en refusant de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d’accueil, a méconnu les dispositions de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et entaché sa décision d’une erreur de fait. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation de sa situation de vulnérabilité de ne peut qu’être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A... à fin d’annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A... tendant à son admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à Me Elsaesser et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 4 mars 2026, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
Mme Deffontaines, première conseillère,
Mme Dobry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2026.
La rapporteure,
L. Deffontaines
Le président,
T. Gros
Le greffier,
P. Haag
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,