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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2402466

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2402466

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2402466
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU MW (6)
Avocat requérantDOLLÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 avril 2024, Mme A D, représentée par Me Dollé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 mars 2024 par lequel le préfet de la Moselle lui a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit le retour durant un an ;

2°) à défaut, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la décision de la cour nationale du droit d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut de réexaminer sa situation dans un délai déterminé au besoin sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative ;

5°) de lui accorder provisoirement l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur le retrait de l'attestation de demande d'asile :

- la requérante n'a pas épuisé son droit au séjour dans la mesure où elle a formé un recours devant la cour nationale du droit d'asile.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- la décision méconnaît les principes généraux du droit de l'Union européenne énoncés dans le 2° de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant.

Sur le délai de départ volontaire :

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence en fixant le délai à trente jours.

Sur le pays de destination :

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des articles L. 211-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

- il court des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Nigéria.

Sur l'interdiction de retour :

- la décision est insuffisamment motivée et n'a pas pris en compte sa situation personnelle ni envisagé la possibilité de faire usage de son pouvoir discrétionnaire la privant d'une garantie ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; une fille est née en France et elle ne s'est jamais soustraite à l'exécution d'une mesure d'éloignement.

Sur la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

- elle présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de sa demande par la cour nationale du droit d'asile en application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 avril 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 mai 2024 à 14 heures :

- le rapport de M. C, magistrat-désigné,

- les observations de Me Dollé, représentant Mme D, assistée de M. E, interprète en langue géorgienne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur le retrait de l'attestation de demande d'asile :

1. Il ressort des pièces du dossier que Mme D étant originaire d'un pays sûr, elle ne bénéficie plus, en application de l'article L. 542-2 1 d du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'un droit au maintien sur le territoire dès la notification de la décision de rejet de l'office français de protection des réfugiés et apatrides survenue le 12 mars 2024 et non contestée.

Sur l'obligation de quitter le territoire

2. En premier lieu, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français fait suite au refus de la reconnaissance de la qualité de réfugié ou du bénéfice de la protection subsidiaire à l'étranger et à l'absence du bénéfice du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1, L. 542-2 et L. 542-3. Le droit d'être entendu n'implique pas, dans ce cas, que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressée à même de présenter ses observations de façon spécifique en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'elle est amenée à prendre à son encontre, dès lors qu'elle a déjà été entendue, comme en l'espèce, dans le cadre de sa demande d'asile et a pu, à tout moment, faire valoir les éléments concernant sa situation. Dès lors, la requérante n'a été privé d'aucune garantie. Par suite, le moyen soulevé tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu issu des principes généraux du droit de l'Union européenne tel qu'exprimé à l'article 41-2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

3. En deuxième lieu, Mme D, de nationalité géorgienne, née en 1994, est entrée en France le 21 mai 2023 selon ses déclarations avec sa fille mineure née en 2018. Une autre enfant est née en août 2023 sur le territoire dont le père est un ressortissant géorgien qui a regagné son pays d'origine après l'avoir reconnue. La requérante vit depuis peu de temps en France où elle est isolée, sans ressources pérennes ni logement stable. Elle ne justifie pas ne plus avoir aucunes relations personnelles ou familiale dans son pays d'origine qu'elle a quitté très récemment. Dans ces conditions, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'a pas été méconnu et la décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

4. En troisième lieu, la décision en cause n'a pas pour effet de séparer les enfants mineurs de leur mère ni, en tout état de cause d'empêcher la fille aînée de la requérante, née en 2018, de poursuivre sa scolarité dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant n'a pas été méconnu et la décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur le délai de départ volontaire :

5. Il ressort des termes mêmes de la décision que le préfet de la Moselle a fait usage de son pouvoir d'appréciation et ne s'est pas mépris sur sa propre compétence en fixant le délai de départ volontaire au maximum prévu par les dispositions applicables en l'absence de circonstances propres de nature à justifier, à titre exceptionnel, un délai plus long. Par suite, la décision n'est pas entachée d'erreur de droit, ni même, à supposer le moyen soulevé, d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur le pays de destination :

6. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision qu'elle comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et, alors qu'il appartient à l'intéressée de justifier de ses craintes, elle n'est, par suite, pas contraire aux articles L.211-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, ni entachée d'un défaut d'examen des circonstances particulières de sa situation.

7. En deuxième lieu, Mme D qui, au demeurant s'est vu opposer un refus à sa demande de protection internationale par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, n'apporte, à l'appui de la présente instance, aucun élément probant de nature à établir la réalité des risques réels et personnels qu'elle courrait en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision ne méconnaît pas l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur l'interdiction de retour :

8. En premier lieu, il ressort de la décision que le préfet a procédé à un examen approfondi de la situation de la requérante et, en l'absence au demeurant de tout élément, a examiné s'il existait des circonstances humanitaires particulières. Par ailleurs la décision est suffisamment motivée en droit et en fait et n'est pas entachée d'erreur de droit.

9. En deuxième lieu, Mme D est entrée très récemment en France où elle vit seule avec ses deux enfants mineurs et se trouve isolée et en situation précaire. Dans ces conditions, et alors même qu'elle ne se serait jamais soustraite à l'exécution d'une mesure d'éloignement, la décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

10. Mme D n'apporte, à l'appui de sa requête, aucun élément sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire jusqu'à ce que la cour nationale du droit d'asile statue sur son recours. Par suite, sa demande de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement la concernant en application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être rejetée

11. Il résulte de ce qui précède que, Mme D étant admise provisoirement à l'aide juridictionnelle, ses conclusions à fin d'annulation et de suspension, et par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'application des articles L.761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : Mme D est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnel près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

Le magistrat désigné,

M. C

La greffière,

A. Dorffer

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2402466

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