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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2402527

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2402527

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2402527
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDUSS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 et 17 avril 2024, M. A D, représenté par Me Duss, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 avril 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de procéder sans délai à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen (SIS), sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la préfète a irrégulièrement consulté le fichier du traitement des antécédents judiciaires (TAJ) ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète du Bas-Rhin n'a pas saisi la commission du titre de séjour ;

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle se fonde sur une décision illégale ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle se fonde sur une décision illégale ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle se fonde sur une décision illégale ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant aux circonstances humanitaires dont il justifie et quant à sa durée ;

Sur le signalement dans le SIS :

- celui-ci devra faire l'objet d'un retrait sans délai.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Laurent Boutot, magistrat désigné ;

- les observations de Me Duss, avocat de M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et fait notamment valoir que la décision est entachée d'irrégularité en raison de la consultation irrégulière du fichier TAJ, qui prive l'intéressé d'une garantie.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

1. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B était compétente en vertu d'un arrêté de délégation du 8 mars 2024 régulièrement publié.

2. En deuxième lieu, M. D soutient que la préfète du Bas-Rhin a commis un vice de procédure en consultant irrégulièrement le fichier du traitement des antécédents judiciaires. Toutefois, si la préfète du Bas-Rhin a produit un extrait du fichier TAJ dans ses écritures en défense, il ne ressort d'aucun des termes de la décision contestée que la préfète du Bas-Rhin se serait fondée, pour l'édicter, sur les informations contenues dans ce fichier, dès lors que les deux infractions qui y sont mentionnées sont anciennes et étaient déjà mentionnées dans un précédent arrêté du 30 août 2018 obligeant M. D à quitter le territoire français. Dans ces conditions, le vice de procédure allégué, qui n'a pu en toute hypothèse exercer d'influence sur la décision rendue, n'est pas établi.

3. En troisième lieu, M. D soutient que la décision est entachée d'erreur d'appréciation. Il se prévaut d'une durée de présence depuis 2013 et de l'existence de liens privés et familiaux. Toutefois, le requérant est entré irrégulièrement en France, il ne justifie d'aucune présence régulière et a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français, en 2018 puis en 2022, qu'il n'a pas exécutées. Il n'apporte aucun élément circonstancié sur la relation alléguée avec une ressortissante française et sur son insertion professionnelle. Le moyen doit être écarté, de même que pour les mêmes motifs celui tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. En quatrième et dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant, la décision contestée ne se prononçant pas sur le droit au séjour du requérant auquel d'ailleurs, étant ressortissant algérien, cet article ne s'applique pas. Il en va de même de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la consultation de la commission du titre de séjour qui y est prévue.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

5. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le pays de renvoi :

6. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

8. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation, qui n'est assorti d'aucun élément circonstancié, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le signalement dans le SIS :

9. Eu égard à ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. D à fin d'annulation doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

Le magistrat désigné,

L. C

La greffière,

A. Slovencik

La République mande et ordonne au à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

A. Slovencik

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