jeudi 25 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2402584 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GUEDDARI BEN AZIZA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 et 17 avril 2024, M. D C, représenté par Me Gueddari Ben Aziza, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 avril 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;
3°) d'annuler l'arrêté du 10 avril 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin a ordonné son assignation à résidence ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- son droit d'être entendu a été méconnu ;
- elle méconnaît les articles 8 et 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le risque de fuite n'est pas établi ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle se fonde sur une décision illégale ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est entachée de défaut de motivation ;
- elle se fonde sur une décision illégale ;
- il justifie de circonstances particulières ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur l'assignation à résidence :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est entachée de défaut de motivation ;
- elle se fonde sur une décision illégale ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Laurent Boutot, magistrat désigné ;
- les observations de Me Gueddari Ben Aziza, avocat de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, en faisant valoir notamment que le préfet du Haut-Rhin a reconnu l'absence d'intention frauduleuse au mariage, et que le requérant a un projet de mariage et qu'il dispose de garanties suffisantes de représentation ;
- les observations de M. C.
Le préfet du Haut-Rhin, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Dans les circonstances de l'espèce et en raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun :
2. Il ressort des pièces du dossier que Mme A était compétente pour signer les décisions contestées en vertu d'un arrêté de délégation du 21 août 2023 régulièrement publié.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est dès lors régulièrement motivée.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment des termes du procès-verbal de l'audition du requérant en date du 10 avril 2024 que celui-ci a été mis à même de faire valoir ses observations sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement. Le moyen doit être écarté.
5. En troisième lieu, M. C soutient que la décision contestée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il se prévaut pour l'essentiel de sa relation avec une ressortissante française, rencontrée en 2022, et de leur projet de mariage au mois de juillet prochain. Il ressort toutefois des pièces du dossier que son entrée en France, en 2021, est récente, et que la vie commune de M. C avec sa compagne, depuis le mois de novembre 2023, est très récente, et que la stabilité de cette relation ne peut être regardée comme établie. Si par ailleurs M. C invoque la présence de son frère en France, il n'est toutefois pas isolé dans son pays d'origine. M. C ne justifie par ailleurs d'aucun lien, privé ou familial, susceptible de protection. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " À partir de l'âge nubile, l'homme et la femme ont le droit de se marier et de fonder une famille selon les lois nationales régissant l'exercice de ce droit ". La décision contestée n'ayant ni pour objet ni même pour effet d'empêcher le requérant de se marier, le moyen doit être écarté.
7. En cinquième et dernier lieu, M. C soulève une erreur manifeste d'appréciation. Il est cependant entré irrégulièrement en France en 2021 et s'est maintenu irrégulièrement depuis cette date, sans justifier d'aucune intégration particulière. La circonstance que son mariage procéderait d'une intention matrimoniale véritable, à la supposer établie, est sans incidence. Par suite, et pour les mêmes motifs qu'au point 5, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ".
9. En premier lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est dès lors régulièrement motivée.
10. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré irrégulièrement en France et s'y est maintenu pendant près de trois ans sans entamer de démarches en vue de sa régularisation. Le requérant a également indiqué lors de son audition du 10 avril 2024 qu'il ne souhaitait pas retourner en Algérie, une telle déclaration pouvant être regardée comme révélant son intention de ne pas exécuter une éventuelle mesure d'éloignement. Par suite, en application de l'article L. 612-3 1° et 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant comme établi le risque de fuite, et ce, à supposer même que M. C, qui justifie d'une adresse stable et a remis son passeport, présenterait des garanties suffisantes de représentation. Le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le pays de renvoi :
11. En premier lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, notamment en ce qui concerne l'appréciation des risques encourus dans le pays d'origine, et est dès lors régulièrement motivée.
12. En second lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
14. En premier lieu, la décision contestée a égard à la durée de présence du requérant sur le territoire, aux liens dont il dispose, et à l'absence de circonstances humanitaires. Dans ces conditions, la décision doit être regardée comme suffisamment motivée. Le moyen doit être écarté.
15. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
16. En troisième et dernier lieu, en se limitant à se prévaloir de son projet de mariage, sans justifier d'une relation ancienne et stable, le requérant ne justifie pas de circonstances particulières ou exceptionnelles, et ne démontre pas l'erreur d'appréciation commise par le préfet au regard des buts poursuivis en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. Le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
17. Aux termes de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français ".
18. En premier lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est dès lors régulièrement motivée.
19. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
20. En troisième lieu, la circonstance que M. C disposerait de garanties suffisantes de représentation est sans incidence, dès lors qu'une mesure d'assignation à résidence présuppose l'existence de telles garanties.
21. En quatrième et dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation n'est assorti d'aucun élément circonstancié et ne peut qu'être écarté.
22. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 10 avril 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Gueddari Ben Aziza et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.
Le magistrat désigné,
L. B
La greffière
A. Slovencik La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
A. Slovencik
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026