vendredi 26 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2402620 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 avril 2024, M. A D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 avril 2024 notifié le même jour par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de cinq ans.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée a été prise par une autorité ne bénéficiant pas d'une délégation de signature ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
- la préfète a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur le refus d'un délai de départ volontaire :
- la décision attaquée a été prise par une autorité ne bénéficiant pas d'une délégation de signature ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
- la préfète a commis une erreur d'appréciation car il ne représente pas une menace à l'ordre public au regard de l'article L. 612-2, 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la préfète a commis une erreur d'appréciation car il ne présente pas de risque de fuite.
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la décision attaquée a été prise par une autorité ne bénéficiant pas d'une délégation de signature ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
- la préfète a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision attaquée a été prise par une autorité ne bénéficiant pas d'une délégation de signature ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
- la préfète a commis une erreur d'appréciation quant à la durée de cette interdiction.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2008/115/CE du Parlement et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Klipfel en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Klipfel, magistrate désignée ;
- les observations de Me Mania, avocat de M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et soutient en outre que M. D a un enfant qui vit avec sa mère à Saint-Etienne et qu'il n' a plus de lien avec sa famille d'origine ;
- les observations de M. D, assisté de Mme C, interprète en langue arabe, qui indique qu'il a essayé de quitter la France pour demander l'asile en Allemagne et qu'il craint d'être persécuté en cas de retour en Algérie.
La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant algérien né le 18 mai 1995, a été interpellé et placé en garde à vue le 13 avril 2024 par les services de la police aux frontières de Strasbourg aux fins de vérification de son droit à circulation et au séjour. Constatant qu'il n'était pas en mesure de présenter un document de séjour, la préfète du Bas-Rhin, par un premier arrêté du 14 avril 2024, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de cinq ans. Par un second arrêté du même jour, elle a également placé M. D en rétention administrative pour une durée de 48 heures à compter du même jour. Par une ordonnance du 16 avril 2024, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Strasbourg a ordonné la prolongation de la rétention de M. D pour une durée de 28 jours. Le recours contre cette ordonnance, présenté par M. D, a été déclaré irrecevable par la cour d'appel de Colmar.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :
2. En premier lieu, par un arrêté du 29 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le 2 février 2024, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. E B, sous-préfet et directeur de cabinet, à l'effet de prendre, pendant ses permanences, " toute mesure ou décision nécessitée par une situation d'urgence notamment dans les matières suivantes : / législations et réglementations relatives à l'entrée, au séjour des étrangers en France et au droit d'asile, ainsi qu'aux mesures restrictives de liberté (placement en rétention, assignation à résidence) et d'éloignement ou de remise à un autre Etat, et à l'interdiction de retour ou de circulation sur le territoire français () ". Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, le moyen découlant de case cochée dans un formulaire type sans aucune précision complémentaire et tiré de ce que les décisions en litige sont insuffisamment motivées n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.
4. En dernier lieu, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans conséquence sur sa légalité, le moyen tiré de ce que les décisions contestées n'auraient pas été notifiées dans une langue comprise par le requérant doit être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne le moyen propre à l'obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Si le requérant soutient qu'il a un enfant qui vit avec sa mère à Saint-Etienne, il ressort des pièces du dossier que celui-ci a été condamné le 11 janvier 2023 à une peine de huit mois d'emprisonnement pour avoir battu son épouse. Dans ces circonstances, une interdiction totale d'entrer en contact avec la victime pour une durée de trois ans ainsi que le retrait total de l'autorité parentale ont été prononcés. Ainsi, il constitue une menace à l'ordre public. Par ailleurs, il ne démontre pas qu'il aurait noué des liens forts avec la France et serait dépourvu de toute attache dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la préfète du Bas-Rhin, en adoptant la décision attaquée, n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel ladite décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres au refus d'un délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : /1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Ce moyen sera donc écarté.
9. En second lieu, le moyen découlant de case cochée dans un formulaire type sans aucune précision complémentaire et tiré de ce que la préfète a commis une erreur d'appréciation car il ne présente pas de risque de fuite n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne le moyen propre à la décision fixant un pays de destination :
10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. Le requérant, qui se borne à faire état, de manière non circonstanciée, de l'existence de risques en cas de retour dans son pays d'origine, n'établit ni la réalité ni l'actualité de ces risques. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen propre à l'interdiction de retour sur le territoire français :
12. Le moyen découlant de case cochée dans un formulaire type sans aucune précision complémentaire et tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur d'appréciation quant à sa durée n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation formulées par M. D doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Mania et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.
La magistrate désignée,
V. Klipfel,
La greffière,
L. Rivalan
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
L. Rivalan
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026