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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2402783

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2402783

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2402783
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 avril 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 4 juin 2024, M. G F, représenté par Me Berry, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) avant-dire-droit, d'appeler l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en la cause et de lui enjoindre, ou d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin, de produire les éléments sur lesquels il est considéré qu'il pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié en Géorgie ;

3°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte, et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus d'admission au séjour :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- la décision est entachée de vices de procédure, dès lors que rien n'établit que la préfète du Bas-Rhin a sollicité l'avis du collège de médecins de l'OFII ; il appartient à la préfète d'établir que le médecin de l'OFII, auteur du rapport médical prévu à l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas siégé au sein du collège de médecins qui a émis l'avis sollicité ; il doit être établi que le collège de médecins était régulièrement composé ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

La préfète fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un jugement du 7 juin 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a admis provisoirement M. F au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, a renvoyé les conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour et les conclusions accessoires correspondantes devant une formation collégiale du tribunal, et a rejeté le surplus des conclusions de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dulmet ;

- les observations de Me Carraud, substituant Me Berry, représentant M. F.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant géorgien né en 1996, déclare être entré en France le 26 mars 2023. Sa demande d'asile a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 17 novembre 2023. Le 2 juin 2023, il a sollicité son admission au séjour en faisant valoir son état de santé. Par un arrêté du 19 janvier 2024, dont M. F demande l'annulation par la présente requête, la préfète du Bas-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du 18 mai 2024, la préfète du Bas-Rhin a assigné M. F à résidence dans le département du Bas-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un jugement nos 2402783 et 2403595 du 7 juin 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a admis provisoirement M. F au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, a renvoyé les conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour et les conclusions accessoires correspondantes devant une formation collégiale du tribunal, et a rejeté le surplus des conclusions de la requête. Restent seules à juger les conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé de délivrer à M. F un titre de séjour et les conclusions accessoires sur lesquelles il n'a pas été statué par le tribunal.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté du 17 novembre 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à

M. A D, directeur des migrations et de l'intégration, et en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, à Mme C E, cheffe du bureau de l'admission au séjour, à l'effet de signer dans la limite des attributions de cette direction, tous actes et décisions à l'exception de certaines catégories d'actes parmi lesquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Par conséquent, alors qu'il n'est ni établi ni même allégué que M. D n'aurait pas été absent ou empêché, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de ces décisions doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. "

5. Il ressort des pièces du dossier que, pour statuer sur la demande de titre de séjour de M. F, présentée sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Bas-Rhin a saisi le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), lequel a rendu un avis le 23 novembre 2023 aux termes duquel si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard toutefois à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et peut y voyager sans risque. Il ressort également de cet avis qu'il a été rendu au vu d'un rapport d'un médecin rapporteur et que ce dernier n'a pas siégé au sein du collège. Enfin, les trois médecins ayant composé le collège ont été régulièrement désignés par une décision du 25 juillet 2023 du directeur général de l'OFII. Par suite, M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de séjour est entachée d'un vice de procédure.

6. Par ailleurs, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

7. Pour refuser d'admettre au séjour M. F, la préfète du Bas-Rhin, se fondant notamment sur l'avis du 23 novembre 2023 du collège de médecins de l'OFII, a considéré que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard toutefois à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et peut y voyager sans risque. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F, qui souffre de la maladie d'Alport et bénéficiait déjà de dialyses dans son pays d'origine, ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en Géorgie. S'il résulte de certificats médicaux établis postérieurement à la décision de refus de séjour contestée que M. F est désormais en attente d'une transplantation rénale, il n'est pas établi que celle-ci serait indispensable à son état de santé, ni, d'ailleurs, qu'elle était imminente à la date de la décision contestée. Dès lors, la circonstance alléguée par le requérant selon laquelle il ne pourra pas bénéficier d'une telle transplantation dans son pays d'origine, eu égard aux usages en pratique dans celui-ci, n'est pas de nature à démontrer l'absence de traitement approprié en Géorgie. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que le requérant ne pourrait pas voyager sans risque vers son pays d'origine, dès lors, d'une part, que l'avis du collège des médecins de l'OFII affirme qu'il a la possibilité de voyager et, d'autre part, que la circonstance qu'il doive bénéficier de trois dialyses par semaine ne s'oppose pas, au regard des pièces du dossier, à ce qu'il voyage en dehors des jours prévus pour ce traitement. Par suite, sans qu'il soit besoin d'enjoindre toute production supplémentaire à l'OFII ou à la préfète du Bas-Rhin, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète du Bas-Rhin a commis une erreur d'appréciation et méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Enfin, pour les mêmes motifs, M. F n'est pas fondé à soutenir que la préfète a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur les conclusions accessoires :

9. Eu égard au rejet des conclusions aux fins d'annulation présentées par M. F ses conclusions accessoires aux fins d'injonction, ainsi que ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent être que rejetées, par voie de conséquence.

D É C I D E :

Article 1er : Les conclusions de M. F tendant à l'annulation du refus de titre de séjour qui lui a été opposé par la préfète du Bas-Rhin le 19 janvier 2024 ainsi que ses conclusions accessoires sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F, à Me Berry et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 26 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dulmet, présidente-rapporteure,

Mme Jordan-Selva, première conseillère,

Mme Vicard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La présidente-rapporteure

A. DULMET

La première conseillère,

S. JORDAN-SELVA

La greffière,

C. LAMOOT

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,0

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