mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2402980 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BLOCH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 avril et 2 mai 2024, M. C B, représenté par Me Akman, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- la décision attaquée est entachée d'erreurs de fait ;
- il ne présente pas de risque de fuite ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation ;
Sur l'assignation à résidence :
- l'obligation de quitter le territoire français du 24 janvier 2024 ne lui ayant jamais été notifiée, elle ne pouvait, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, servir de fondement à la décision attaquée ;
- il est fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français du 24 janvier 2024 dès lors qu'il a formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile et dispose ainsi du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que cette dernière ait statué sur sa demande d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2024 obligeant M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an sont tardives ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Eymaron en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Eymaron, magistrate désignée ;
- les observations de Me Akman, avocate de M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;
- les observations de M. B, assisté de M. E, interprète en langue turque.
La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :
1. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
2. En cas de retour à l'expéditeur, au terme du délai de mise en instance, d'un pli recommandé, la notification de ce dernier est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse du destinataire, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste. A cet égard, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'expéditeur auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée par voie de duplication la date de vaine présentation du courrier, et qui porte, sur l'enveloppe ou sur l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.
3. Il ressort des pièces du dossier que l'avis de réception attaché au pli recommandé, dont il n'est pas sérieusement démontré qu'il ne contenait pas l'arrêté en litige, adressé à M. B, ressortissant turc, et retourné à l'administration, comporte la date du 26 janvier 2024 en face de la mention " Présenté / Avisé " et que la case " Pli avisé et non réclamé ", correspondant au motif de non distribution, y est cochée. M. B n'établit, ni même n'allègue, que l'adresse à laquelle ce pli lui a été envoyé et qui correspond à celle qu'il a indiqué à l'administration lors du dépôt de sa demande d'asile ne serait pas celle qui était alors la sienne. Dès lors, la notification de l'arrêté du 24 janvier 2024 est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date du 26 janvier 2024. Alors que l'arrêté attaqué comportait la mention des voies et délais de recours applicables, les conclusions tendant à son annulation, enregistrées au greffe du tribunal le 26 avril 2024, soit au-delà du délai de recours contentieux de quinze jours prévu par les dispositions précitées de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sont ainsi tardives. Par suite, il y a lieu de faire droit à la fin de non-recevoir soulevée en défense et de rejeter comme irrecevables les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a obligé M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur l'assignation à résidence :
4. En premier lieu, la préfète du Bas-Rhin, par un arrêté régulièrement publié du 8 mars 2024, a donné délégation à Mme D A, cheffe du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, lui ayant permis de signer la décision d'assignation à résidence en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que celle-ci est entachée d'incompétence doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
7. Il résulte de ce qui a été indiqué au point 3 du présent jugement que le délai de départ volontaire dont disposait M. B pour quitter le territoire français a commencé à courir à compter du 26 janvier 2024, date à laquelle la mesure d'éloignement du 24 janvier 2024 lui a été régulièrement notifiée. Il était ainsi expiré à la date à laquelle a été prise la décision d'assignation à résidence en litige. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'assignation au motif que les conditions posées par les dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étaient pas remplies.
8. En quatrième lieu, une exception d'illégalité soulevée à l'encontre d'une décision individuelle n'est recevable que tant que cette décision ne présente pas de caractère définitif. Or, ainsi qu'il a été indiqué au point 3 du présent jugement, l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a obligé M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours est réputé lui avoir été régulièrement notifié à la date du 26 janvier 2024. Faute pour cet arrêté d'avoir été contesté dans le délai de recours contentieux, il a ainsi acquis un caractère définitif. M. B n'est, dès lors, plus recevable à exciper de l'illégalité de l'arrêté du 24 janvier 2024 à l'encontre de l'arrêté du 24 avril 2024 l'assignant à résidence. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est fondée sur une mesure d'éloignement entachée d'illégalité au motif que l'intéressé bénéficiait d'un droit au maintien jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur le recours qu'il a formé contre la décision du 18 octobre 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides doit être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. La décision attaquée a seulement pour objet d'assigner à résidence M. B dans le département du Bas-Rhin et de lui enjoindre de se présenter tous les mercredis, hors jours fériés, à 14 heures, auprès des services de la direction interdépartementale de la police aux frontières de Strasbourg, située à l'aéroport de Strasbourg-Entzheim. M. B n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'il serait dans l'impossibilité de satisfaire à ces obligations limitées. Par suite, il n'est fondé à soutenir ni que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
12. Si M. B soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'apporte aucun élément permettant au tribunal d'apprécier le bien-fondé de ce moyen qui ne peut, par suite, qu'être écarté.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
La magistrate désignée,
A.-L. Eymaron La greffière,
G. Trinité
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
G. Trinité
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026