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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2403064

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2403064

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2403064
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGAUDRON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 30 avril et 6 juin 2024 sous le numéro 2403064, M. G, représenté par Me Gaudron, demande au

tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) avant-dire droit, d'appeler l'Office de l'immigration et de l'intégration (OFII) à la cause et de lui enjoindre de produire les éléments sur lesquels il s'est fondé pour considérer que sa fille B pouvait bénéficier d'un traitement approprié en Géorgie, ou à défaut, d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de produire les éléments précis ;

3°) d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour à compter de la notification du jugement, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour pendant la durée de ce réexamen, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la compétence de son signataire n'est pas établie ;

- la décision attaquée a été édictée à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que :

* la préfète du Bas-Rhin ne justifie pas de l'existence de l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

* la préfète ne justifie pas de la décision du directeur général de l'OFII ayant fixé la composition du collège de médecins et il lui appartient de vérifier que le médecin de l'Office, auteur du rapport, n'a pas siégé au sein du collège ;

* la circonstance de ne pas avoir pu déférer à la convocation du collège de médecins de l'OFII, en raison de l'hospitalisation leur fille, a empêché un examen complet de son dossier médical et l'a privé d'une garantie ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation et celle de sa famille ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la compétence de son signataire n'est pas établie ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité qui entache la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et celle de sa famille ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la compétence de son signataire n'est pas établie ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité qui entache l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- à titre subsidiaire, elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et celle de sa famille.

Par des mémoires, enregistrés les 3 et 11 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet des requêtes.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 30 avril et le 6 juin 2024 sous le numéro 2403066, Mme D C, représentée par Me Gaudron, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) avant-dire droit, d'appeler l'Office de l'immigration et de l'intégration (OFII) à la cause et de lui enjoindre de produire les éléments sur lesquels il s'est fondé pour considérer que sa fille B pouvait bénéficier d'un traitement approprié en Géorgie, ou à défaut, d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de produire les éléments précis ;

3°) d'annuler la décision du 4 décembre 2023 par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour à compter de la notification du jugement, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour pendant la durée de ce réexamen, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Elle se prévaut des mêmes moyens que ceux exposés sous la requête numéro 2403064.

Par des mémoires, enregistrés les 3 et 11 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet des requêtes.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 312-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Léa Perabo Bonnet ;

- les observations de Me Carraud, substituant Me Gaudron, avocate de M. F et Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. F et Mme C, ressortisants géorgiens nés respectivement les 17 juillet 1985 et 11 janvier 1985, déclarent être entrés en France le 29 mars 2022 accompagnés de leurs trois enfants mineurs, aux fins de solliciter l'asile. Leur demande a été rejetée par une décision du 31 août 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 25 mars 2024 de la Cour nationale du droit d'asile. Les requérants ont ensuite sollicité leur admission au séjour en faisant valoir l'état de santé de leur fille B, née le 1er juin 2011 et atteinte d'une amyotrophie spinale infantile. Par des arrêtés du 4 décembre 2023, la préfète du Bas-Rhin leur a refusé la délivrance d'un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être éloignés. Les requérants demandent au tribunal l'annulation des décisions contenues dans ces arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées nos 2403064 et 2403066, présentées pour M. F et Mme C, sont relatives à la situation d'une même famille, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

4. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur leurs requêtes, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. F et Mme C.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

5. Par un arrêté du 17 novembre 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à Mme E, cheffe du bureau de l'admission au séjour, à l'effet de signer les mesures en matière de police des étrangers dans des conditions qui ne sont pas contestées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

Sur la légalité des décisions portant refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat " et aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ". En outre, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. (). ". Enfin, l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 dispose que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure (). ".

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que les arrêtés attaqués ont été pris, conformément aux dispositions précitées, après un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), émis le 25 janvier 2023. Il ressort des mentions portées sur cet avis qu'il a été rendu par trois médecins régulièrement désignés par une décision du directeur général de l'OFII du 3 octobre 2022, elle-même régulièrement publiée sur le site internet de cet office et au bulletin officiel du ministère de l'intérieur, qu'un médecin instructeur a été désigné pour établir le rapport médical sur l'état de santé de la fille des requérants, et que ce dernier n'a pas siégé au sein du collège dont il s'agit. Par ailleurs, les requérants font valoir qu'ils n'ont pas été en mesure de se rendre à la visite médicale prévue pour leur fille devant le médecin de l'OFII le 14 décembre 2022, du fait de l'hospitalisation de l'enfant dont ils ont justifié, et que le médecin instructeur a rendu son rapport sans l'avoir examiné. Toutefois, les dispositions précitées n'imposent pas que l'étranger malade soit examiné personnellement par le médecin instructeur de l'OFII. Si le formulaire sur lequel est établi le rapport médical confidentiel de l'OFII relatif à l'état de santé de la fille des requérants comporte, en bas de page, la mention " suite à l'examen médical du demandeur ", cette formule standardisée doit être regardée comme une erreur de plume et n'est pas de nature à entacher les décisions attaquées d'un vice de procédure. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que ces décisions sont intervenues au terme d'une procédure irrégulière. Le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

8. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. En l'espèce, pour refuser à M. F et Mme C la délivrance de titres de séjour en raison de l'état de santé de leur fille, la préfète du Bas-Rhin s'est fondée sur l'avis émis le 25 janvier 2023 par le collège de médecins de l'OFII qui a estimé que, si l'état de santé de la fille des requérants nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, la Géorgie, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Pour contredire cet avis, que la préfète s'est appropriée et qui fait présumer que l'état de santé de la fille des requérants ne justifie pas leur admission au séjour, ceux-ci font valoir que leur enfant est atteinte d'amyotrophie spinale infantile qui nécessite une prise en charge régulière associant des consultations pluridisciplinaires, des soins de rééducation et une nutrition par sonde, et que la prise en charge de son handicap sévère ne pourra pas être assurée en Géorgie. Toutefois, les documents produits, notamment le certificat médical du 27 mai 2022, ne suffisent pas à infirmer l'appréciation de la préfète du Bas-Rhin sur l'avis émis par le collège de médecins. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'ordonner à l'OFII ou à la préfète de produire les éléments sur lesquels ils se sont fondés pour considérer que leur fille pouvait bénéficier des soins appropriés à son état de santé en Géorgie, M. F et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que la préfète a estimé qu'elle peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans leur pays d'origine et y voyager sans risque. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Alors que les requérants se bornent à se prévaloir de l'état de santé de leur fille, pour les mêmes motifs qu'énoncés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

11. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Les requérants, qui résident en France depuis un an et 8 mois à la date des décisions attaquées, n'apportent aucun élément de nature à établir qu'ils seraient significativement insérés sur le territoire français et qu'ils y auraient fixé le centre de leurs intérêts privés et familiaux. Ils n'établissent ni n'allèguent qu'ils seraient dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine, où leur vie familiale pourra se poursuivre. Dès lors, la préfète du Bas-Rhin, en refusant de leur délivrer un titre de séjour, n'a pas porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels les décisions attaquées ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écartés. Pour les mêmes motifs, les décisions attaquées ne sont pas entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur leur situation personnelle.

Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français devraient être annulées par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et au caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; () ".

15. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, en tout état de cause, être écarté.

16. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 10 et 12, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la légalité des décisions fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que les décisions fixant le pays de destination devraient être annulées, par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

18. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 10 et 12, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

19. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'appeler l'Office français de l'immigration et de l'intégration à la cause, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F et Mme C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et les conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. F et Mme C sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. F et Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, à Mme D C, à Me Gaudron et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

Mme Perabo Bonnet, première conseillère.

M. Biget, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe ; le 10 juillet 2024.

La rapporteure,

L. Perabo Bonnet

Le président,

S. Dhers

La greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2403064, 2403066

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