jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2403106 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CARRAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 mai 2024, M. B D, représenté par Me Carraud, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 20 octobre 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français ;
3°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence ;
4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard, et à défaut, dans le même délai et sous la même astreinte, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant assignation à résidence est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle méconnaît son droit d'être entendu ;
- elle a été adoptée en méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ne lui a été communiquée que le 10 avril 2024 et que le délai de départ volontaire n'était alors pas expiré ;
- il peut se prévaloir de nouvelles circonstances, son épouse en situation régulière en France étant enceinte de leur deuxième enfant, qui font obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français sur le fondement de laquelle la décision portant assignation à résidence a été prise ; les effets de cette obligation de quitter le territoire français doivent donc être suspendus, conformément à l'ordonnance de référé du 8 mars 2016 du Conseil d'Etat, n° 397206 ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, au regard de sa liberté d'aller et de venir et de mener une vie privée et familiale normale, et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
La préfète soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Kalt pour statuer sur les litiges relevant des dispositions de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kalt, magistrate désignée ;
- les observations de Me Carraud, avocate de M. D, présent à l'audience, assisté de M. F, interprète en langue turque, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et soutient en outre qu'il n'a jamais été destinataire de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, bien que la Poste ait indiqué que le pli a été avisé mais non réclamé, ce qui procède d'une erreur, que son épouse, en situation régulière en France, exerce un emploi d'aide-ménagère, qu'il n'a pas été condamné par la justice à la suite de son placement en garde-à-vue pour des faits de violences conjugales, seule une convocation devant le juge pénal lui ayant été pour l'heure adressée pour le mois d'octobre 2024 ;
- les observations de M. D.
La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant turque né en 1993, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 20 octobre 2023. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 30 avril 2024 par lequel le préfet du Bas-Rhin l'a assigné à résidence.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur la décision portant assignation à résidence :
3. En premier lieu, par un arrêté du 8 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A G, Directeur des migrations et de l'intégration et Mme E C, cheffe du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à Mme H I, adjointe à la cheffe de bureau, à l'effet de signer notamment la décision attaquée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. G et Mme C n'auraient pas été absents ou empêchés à la date des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté doit être écarté.
4. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il a eu l'occasion de présenter ses observations et de faire valoir l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle lors de l'audition qui a eu lieu le 30 avril 2024 au sein des locaux de la gendarmerie de Mundolsheim. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet d'un arrêté du 20 octobre 2023 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, qui lui a été notifié par la voie postale à son domicile à Mundolsheim. Les mentions des services postaux figurant sur l'enveloppe font état d'un " pli avisé et non réclamé ", retourné à l'expéditeur le 8 novembre 2023. Si le requérant soutient qu'il n'a jamais été destinataire de ce courrier, il n'apporte aucun élément de nature à contredire ces mentions postales. Par suite, dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est réputée avoir été régulièrement notifiée au requérant le 8 novembre 2023, celui-ci n'est pas fondé à soutenir que le délai de départ volontaire de trente jours n'était pas expiré à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En quatrième lieu, il résulte des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative peut ordonner l'assignation à résidence d'un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins d'un an auparavant et pour laquelle le délai pour quitter le territoire est expiré. Une telle mesure a pour objet de mettre à exécution la décision prononçant l'obligation de quitter le territoire français et ne peut être regardée comme constituant ou révélant une nouvelle décision comportant obligation de quitter le territoire, qui serait susceptible de faire l'objet d'une demande d'annulation. Il appartient toutefois à l'administration de ne pas mettre à exécution l'obligation de quitter le territoire si un changement dans les circonstances de droit ou de fait a pour conséquence de faire obstacle à la mesure d'éloignement. Dans cette hypothèse, l'étranger peut demander au président du tribunal administratif sur le fondement des dispositions de l'article L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation de cette décision d'assignation à résidence dans les quarante-huit heures suivant sa notification. S'il n'appartient pas à ce juge de connaître de conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, après que le tribunal administratif a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, il lui est loisible, le cas échéant, d'une part, de relever, dans sa décision, que l'intervention de nouvelles circonstances de fait ou de droit fait obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et impose à l'autorité administrative de réexaminer la situation administrative de l'étranger et, d'autre part, d'en tirer les conséquences en suspendant les effets de la décision devenue, en l'état, inexécutable.
8. L'arrêté attaqué n'a ni pour objet ni pour effet d'éloigner le requérant du territoire français. M. D fait cependant valoir, pour faire obstacle à l'exécution de la mesure d'éloignement du territoire français prononcée à son encontre le 20 octobre 2023, que son épouse est enceinte de leur deuxième enfant, qu'il a établi le centre de ses intérêts privés en France et qu'il aurait des difficultés à obtenir un visa pour rendre visite à sa famille s'il exécutait cette décision, au regard des dispositions du nouvel article L. 312-1-A du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " Sans préjudice des conditions mentionnées à l'article L. 311-2, les visas mentionnés aux articles L. 312-1 à L. 312-4 ne sont pas délivrés à l'étranger qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français depuis moins de cinq ans et n'apporte pas la preuve qu'il a quitté le territoire français dans le délai qui lui a été accordé au titre de l'article L. 612-1 ou, le cas échéant, dans les conditions prévues à l'article L. 612-2. / Dans le cas où des circonstances humanitaires de même nature que celles prises en compte pour l'application des articles L. 612-6 et L. 612-7 sont constatées à l'issue d'un examen individuel de la situation de l'étranger, le premier alinéa du présent article n'est pas applicable ". Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'arrêté précité portant obligation de quitter le territoire français, que M. D est marié avec une compatriote, entrée en France en 2011 et bénéficiaire d'un titre de séjour, qu'ils ont eu une fille née en France en 2020, et qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français le 25 novembre 2022. La préfète a cependant opposé au requérant le fait qu'il avait vécu séparé de sa famille de 2020 à 2022 et qu'il pouvait bénéficier du regroupement familial. La circonstance que son épouse est enceinte de leur second enfant, le terme de la grossesse étant prévu le 10 novembre 2024, n'est pas, dans ces conditions et en l'état du dossier, de nature à faire obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. Il n'est pas davantage démontré que la cellule familiale du requérant ne pourrait se reconstituer, le cas échéant, dans son pays d'origine. Par suite, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'existence d'un changement de circonstances de fait et de droit qui s'opposerait à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire du 20 août 2023 et nécessiterait d'en suspendre l'exécution. Il n'est pas plus fondé à soutenir que l'impossibilité d'exécuter la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet entraînerait nécessairement l'illégalité de la décision d'assignation à résidence.
9. En dernier lieu, le requérant ne fait état d'aucun élément permettant de démontrer que la mesure attaquée porterait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir ou à son droit de mener une vie familiale normale. Par suite, le moyen soulevé en ce sens ne peut qu'être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant assignation à résidence et à la suspension de l'obligation de quitter le territoire français du 20 octobre 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et tendant aux frais de justice.
D E C I D E :
Article 1 : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 mai 2024.
La magistrate désignée,
L. Kalt
La greffière,
L. Rivalan
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
L. Rivalan
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026