mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2403158 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 et 7 mai 2024, M. G H, retenu au centre de rétention de Geispolsheim (67118), représenté par Me Martin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'annuler par voie de conséquence l'arrêté du 3 mai 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a placé en rétention administrative ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'un vice d'incompétence, sont insuffisamment motivées et lui ont été notifiées dans une langue qu'il ne comprend pas ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision refusant un délai de départ volontaire est illégale, dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite ; elle a été adoptée en méconnaissance de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence d'urgence ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée, porte une atteinte disproportionnée à la liberté de circulation instituée par le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et la directive 2004/38/CE.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
La préfète soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Kalt pour statuer sur les litiges relevant des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kalt, magistrate désignée ;
- les observations de Mme A, élève-avocate, assistée par Me Martin, avocat de M. H présent à l'audience, assisté de Mme J, interprète en langue polonaise, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.
La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. H, ressortissant polonais né en 1977, demande l'annulation de l'arrêté du 3 mai 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur les moyens communs :
2. En premier lieu, par un arrêté du 8 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B E, Directeur des migrations et de l'intégration et Mme D C, cheffe du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à Mme F I, adjointe à la cheffe de bureau, à l'effet de signer notamment les décisions attaquées. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E et Mme C n'auraient pas été absents ou empêchés à la date des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent l'exposé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont par suite suffisamment motivées.
4. En dernier lieu, la circonstance que les décisions auraient été notifiées au requérant dans une langue qu'il ne comprend pas est en tout état de cause sans incidence sur leur légalité.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".
6. Les dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être interprétées à la lumière des objectifs de la directive du 29 avril 2004, notamment de ses articles 27 et 28. Il appartient à l'autorité administrative d'un Etat membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre Etat membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
7. D'une part, la préfète du Bas-Rhin s'est fondée sur le 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obliger le requérant à quitter le territoire français, estimant qu'il ne justifiait pas disposer d'un droit au séjour en France, en raison notamment de l'absence de ressources suffisantes lui permettant de subvenir à ses besoins. D'autre part, la préfète s'est également fondée sur le 2° de cet article et a estimé que le requérant constituait une menace pour l'ordre public, au regard de sa condamnation, par un arrêt de la cour d'appel de Colmar, à une peine de six mois d'emprisonnement pour violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique, et du fait qu'il a été interpellé pour agression sexuelle et exhibitionnisme sur la voie publique, avant d'être hospitalisé d'office du 20 mars au 3 mai 2024.
8. Le requérant, pour contester la décision en litige, soutient que la préfète n'a pas tenu compte de l'ensemble des circonstances relatives à sa situation, en méconnaissance du sixième alinéa de l'article L. 251-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il fait valoir qu'il exerce une activité professionnelle et qu'il a des problèmes de santé, faisant obstacle à ce que la préfète édicte une obligation de quitter le territoire français.
9. Toutefois, le requérant se borne à verser au dossier la notification d'affiliation à la sécurité sociale, transmise le 19 avril 2024 par l'Urssaf, à la suite de la déclaration de son activité en tant qu'auto-entrepreneur, qui ne permet toutefois pas de démontrer l'effectivité de son activité professionnelle et le fait qu'il en tirerait des revenus suffisants pour vivre. Il ne verse pas davantage au dossier d'éléments médicaux démontrant que son état de santé faisait obstacle à l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français, ce que la seule circonstance de son hospitalisation d'office récente ne permet pas d'établir.
10. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Il ressort des pièces du dossier que le requérant se maintient sur le territoire français en dépit de deux précédentes mesures d'éloignement prise à son encontre les 8 avril 2016 et 7 octobre 2022. Il en ressort également que le requérant est célibataire et sans charge de famille, son ex-épouse et ses deux enfants vivant en Angleterre. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le requérant, qui n'a pas de domicile fixe et est sans ressources, aurait noué des liens forts avec la France et serait dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Enfin, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle particulière, a en outre déjà été condamné à une peine d'emprisonnement et est défavorablement connu des services de police. Dans ces conditions, la préfète du Bas-Rhin, en adoptant la décision attaquée, n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel ladite décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :
13. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".
14. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 9 et 12 du présent jugement, la préfète du Bas-Rhin a pu, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, refuser d'accorder au requérant un délai de départ volontaire.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
15. Le requérant, qui se borne à soutenir que cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
Sur la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
16. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit plus haut, le moyen tiré de l'atteinte à la vie privée et familiale et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". L'article L. 251-6 du même code dispose que : " Le sixième alinéa de l'article L. 251-1 et les articles L. 251-3, L. 251-7 et L. 261-1 sont applicables à l'interdiction de circulation sur le territoire français ".
18. Ainsi qu'il a été indiqué plus haut, le requérant, qui ne justifie pas d'une intégration particulière en France, a déjà fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement, assortie, pour la seconde, d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans. Il ne conteste pas davantage avoir fait l'objet d'une condamnation pénale et être défavorablement connu des services de police pour des faits récents d'agression sexuelle et d'exhibitionnisme. Dans ces circonstances, en prononçant à son encontre une interdiction de circulation d'une durée de trois ans, la préfète du Bas-Rhin n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
19. En dernier lieu, compte tenu de ce qui vient d'être dit, la décision attaquée n'a pas davantage porté une atteinte disproportionnée à la liberté de circulation des ressortissants de l'union européenne prévue par le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne.
20. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions en litige.
21. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent, par suite, être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. H est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G H et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Prononcé en audience publique le 7 mai 2024.
La magistrate désignée,
L. Kalt
La greffière,
G. Trinité
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
G. Trinité
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026