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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2403333

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2403333

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2403333
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantKONÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 mai 2024 et le 17 mai 2024, M. G, représenté par Me Kone, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 12 mai 2024 par laquelle le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pendant une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de l'admettre au séjour et de lui délivrer un titre de séjour d'un an sous astreinte ou au besoin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et procéder au réexamen de la demande du requérant ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les moyens communs :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en droit et en fait ; cette motivation révèle un défaut d'examen individuel complet de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en droit et en fait ;

- la décision du préfet méconnait de son droit de se maintenir sur le territoire français du fait de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile de la décision de refus d'asile de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision du préfet méconnait de son droit à de se maintenir sur le territoire français du fait de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- le préfet de la Moselle a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision attaquée méconnait l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il disposait bien d'une résidence effective et d'un document d'identité ce qui correspond à des garanties suffisantes qu'il ne se soustraira pas à la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait en ce que le préfet de la Moselle indique qu'il ne dispose pas d'un document d'identité ni de résidence effective sur le territoire ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Sibileau, président rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant macédonien né le 10 mai 1988, est entré, selon ses déclarations, en France le 3 octobre 2023. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 15 avril 2024 et notifiée le 2 mai 2024. Il a fait l'objet d'une garde à vue pour des faits de " violences aggravée sur conjoint en présence de mineur, en état d'ivresse et violence sur mineur par ascendant " le 10 mai 2024, suite à laquelle le préfet de la Moselle par un arrêté du 12 mai 2024, dont M. B demande l'annulation, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pour une durée de trois ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité de l'arrêté du 12 mai 2024 :

4. En premier lieu, par un arrêté du 17 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Moselle a donné compétence à Mme F C à l'effet de signer, lors des permanences qu'elle assure, toutes les pièces et documents relatifs à la gestion des dossiers des étrangers en situation irrégulière prévus aux livres sixième et septième du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à l'exception des décisions d'expulsion. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme C, signataire de l'arrêté en litige du 12 mai 2024, doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette motivation ne révèle pas que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen particulier et complet de la situation de M. B. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit, par suite, être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". L'article L. 542-2 du même code dispose : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin :1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () ; d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ". Selon l'article 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants :1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 () ". Par une décision du 9 octobre 2015, le conseil d'administration de l'OFPRA a inscrit la République de Macédoine du Nord sur la liste des pays d'origine sûr. Enfin, l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que par une décision le 15 avril 2024 et notifiée le 2 mai 2024, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a, statuant selon la procédure accélérée, rejeté la demande d'asile de M. B. Le requérant ayant dès lors perdu le droit de se maintenir sur le territoire français, le préfet de la Moselle pouvait, par application des dispositions précitées des articles L. 542-2 et L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prendre à son encontre, sur le fondement des 4° et 5° de l'article L. 611-1 du même code, une décision l'obligeant à quitter le territoire français alors même que son recours devant la Cour nationale du droit d'asile aurait été pendant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. B, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 ci-dessus, le recours que l'intéressé entend former devant la Cour nationale du droit d'asile ne fait pas obstacle à l'édiction de la décision attaquée.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants: () 4o La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3o; / 5o Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ; "

10. L'arrêté attaqué est fondé sur le 4° et le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par conséquent, le requérant ne peut utilement soutenir que la méconnaissance du 4° de l'article L. 611-1 précité justifierait à elle seule l'annulation de l'arrêté du 12 mai 2024.

11. En troisième lieu, M. B soutient qu'il est entré en France avec sa compagne Mme E et du fils de cette dernière, qu'ils ont accueilli leur fils A B E en France le 10 décembre 2023 et qu'il possède des liens personnels et familiaux intenses et stables sur le territoire national. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B est entré en France le 3 octobre 2023 soit 7 mois à la date de la décision attaquée, qu'il a fait l'objet d'un refus de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 15 avril 2024, qu'il n'apporte aucune pièce au soutien de ses indications de liens familiaux stables et intenses sur le territoire, il n'établit pas plus qu'il serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, et notamment de la durée et des conditions de séjour de l'intéressé en France le préfet de la Moselle n'a pas entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code, " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

13. En se bornant à soutenir que l'administration détient son passeport et qu'il réside avec sa compagne, le fils de cette dernière et leur enfant au foyer 20 rue Drogon à Metz sans en apporter de preuve en produisant une attestation de domicile ou une copie de son document d'identité, le requérant ne démontre pas qu'il dispose bien de garantie de représentation suffisante qu'il ne se soustraira pas à la décision portant obligation de quitter le territoire au sens de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée viole les dispositions précitées ni que le préfet a commis une erreur de fait. Ces moyens encourent le rejet.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'a pas été prise sur le fondement d'une décision faisant obligation de quitter le territoire français illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : Il y a lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. G, Me Kone et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer. Copie en sera adressée au préfet de la Moselle

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sibileau, président de chambre,

- Mme Perabo Bonnet, première conseillère,

- Mme Eymaron, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 3 octobre 2024.

Le président rapporteur,

J.-B. SibileauL'assesseure la plus ancienne,

L. Perabo Bonnet

La greffière,

H. Chroat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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