jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2403425 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BERRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 mai 2024, M. A B, représenté par Me Berry, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les décisions du 15 mai 2024 par lesquelles la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans ;
3°) d'ordonner l'effacement du signalement aux fins de non admission au système d'information Schengen ;
4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à défaut d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Berry en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la signataire de cette décision ne bénéficiait pas d'une délégation de compétence à cet effet ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la préfète du Bas-Rhin n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est fondée sur une décision implicite de refus d'admission au séjour, elle-même illégale et à l'encontre de laquelle un recours est pendant devant le tribunal ; cette décision implicite de refus de séjour méconnaît les dispositions des articles L. 435-1, L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :
- elle est entachée de l'incompétence de son auteur ;
- elle sera annulée en conséquence de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;
Sur la fixation du pays de renvoi :
- cette décision est entachée du vice d'incompétence ;
- l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français prive de base légale la décision fixant le pays de destination ;
- la décision ne prend pas en compte les démarches de M. B aux fins d'obtenir le statut d'apatride ;
- la fixation du pays de renvoi méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur la décision portant interdiction de retour pendant cinq ans :
- cette décision est entachée du vice d'incompétence ;
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire française prive de base légale la décision d'interdiction du territoire ;
- la décision d'interdiction est entachée d'erreur de droit, en méconnaissance de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Merri en application de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Merri, magistrate désignée ;
- et les observations de Me Berry, avocate de M. B, présent et assisté par Mme C, interprète en langue arménienne, qui reprend les moyens et les éléments développés dans ses écritures et insiste sur l'ancienneté des faits pour lesquels M. B a été pénalement condamné, rappelle que M. B a fait l'objet d'une décision implicite de refus de séjour dès lors que la demande de titre présentée le 3 mars 2022 a été effectuée aux noms des époux, et que seule Mme B a reçu une réponse, que le requérant est bien fondé à exciper de l'illégalité de cette décision implicite de refus de séjour, dès lors qu'elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la commission du titre de séjour n'ayant pas été saisie d'une demande d'avis, et qu'elle porte atteinte au droit à une vie privée et familiale qu'il tient de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il fait encore valoir que le refus de délai de départ fait obstacle à sa présentation devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 13 juin 2024 dans le cadre de l'instruction de sa demande de reconnaissance du statut d'apatride, et à l'exécution de la sanction pénale.
La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 18 août 1981 en Arménie, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français en 2012 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile présentée le 6 mai 2014 a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 23 juillet 2014, refus confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 31 août 2015. Par un arrêté du 12 février 2019, dont la légalité a été confirmée par le tribunal le 5 avril 2019 puis par la cour administrative d'appel le 7 août 2019, le préfet du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination d'une éventuelle mesure d'éloignement forcé. Par arrêté du 16 novembre 2021, la préfète du Bas-Rhin lui a de nouveau fait obligation de quitter le territoire sans délai. Alors que M. B est incarcéré depuis le 30 novembre 2023 en exécution d'un arrêt correctionnel de la cour d'appel de Colmar, la préfète du Bas-Rhin, par un arrêté du 15 mai 2024, a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel M. B est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de cinq ans. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. B à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la légalité de l'arrêté du 15 mai 2024 :
4. D'une part, aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ". En outre, aux termes de l'article R. 432-1 du même code : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. " Enfin, aux termes de l'article R. 432-2 de celui-ci : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".
5. Il ressort des pièces du dossier, contrairement à ce que soutient la préfète du Bas-Rhin, que M. B et sa compagne ont présenté, le 3 mars 2022, une demande d'admission au séjour. Cette demande portait en références les noms et prénoms de M. B sa date de naissance ainsi que le n° AGDREF. Si Mme D. , compagne du requérant, a fait l'objet d'une décision explicite de rejet datée du 13 septembre 2022 en réponse à cette demande reçue en préfecture le 4 avril 2022, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une telle décision ait été adressée à M. B. Par suite, et en application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour est née le 4 août 2022.
6. D'autre part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la préfète du Bas-Rhin a fait obligation à M. B de quitter le territoire sur le fondement du 1° et du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en rappelant les mesures d'éloignement dont l'intéressé a déjà fait l'objet, son comportement et ses condamnations pénales, ainsi que sa demande de reconnaissance du statut d'apatride, actuellement pendant devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. En revanche, la décision litigieuse ne vise, ni ne mentionne, la demande de titre de séjour reçue en préfecture le 4 avril 2022, ni ne comporte d'appréciation rappelant les motifs de la décision implicite de rejet de cette demande au regard des éléments et fondements juridiques invoqués par M. B, notamment la durée de sa présence sur le territoire. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que la mesure d'éloignement n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation personnelle.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer les autres moyens de la requête, que la décision portant obligation de quitter le territoire français du 15 mai 2024 doit être annulée. Par voie de conséquence, les décisions du même jour portant pays de destination, refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français, doivent également être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
9. Eu égard aux motifs qui la fondent, l'exécution de l'annulation prononcée ci-dessus implique que la préfète du Bas-Rhin procède au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois et procède sans délai à la suppression du signalement de l'intéressé aux fins de non-admission dans le Système d'Information Schengen.
10. Il y a également lieu, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de délivrer, à compter de la notification du présent jugement, à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour le temps du réexamen de sa situation.
Sur les frais d'instance :
11. En application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Berry, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Berry de la somme de 900 euros hors taxe.
D E C I D E :
Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 15 mai 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français à l'égard de M. B est annulé.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour pendant le temps de ce réexamen, à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin de procéder sans délai à la suppression du signalement de M. B aux fins de non admission dans le Système d'Information Schengen.
Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Berry, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, ce dernier versera à Me Berry la somme de 900 (neuf cents) euros hors taxe au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Berry et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
La magistrate désignée,
D. Merri
La greffière,
G. Trinité
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
G. Trinité0
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026