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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2403439

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2403439

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2403439
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPERREY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 17 et 23 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Perrey, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assignée à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros hors taxe au bénéfice de son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Merri en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Merri, magistrate désignée ;

- les observations de Me Perrey, avocat de Mme A, absente, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante mauricienne née en 2001, est entrée en France en août 2019 sous couvert d'un visa de long séjour. Du 26 août 2020 au 25 septembre 2022, elle a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle en qualité d'étudiante. Le 31 janvier 2024, elle a été interpellée et placée en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. A l'issue, le préfet du Doubs lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai et a fixé le pays de destination et, par arrêté du même jour, dont la légalité a été confirmée par le tribunal, la préfète du Bas-Rhin l'a assignée à résidence. Par un arrêté du 15 mai 2024, dont la requérante demande d'annulation, la préfète du Bas-Rhin a assigné Mme A à résidence.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de la loi du 10 juillet 1991 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, (). En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur la légalité de l'arrêté du 15 mai 2024 :

3. En premier lieu, si la requérante peut être regardée comme faisant valoir que la décision portant obligation de quitter le territoire qui fonde la décision contestée d'assignation à résidence est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, compte tenu de sa présence en France depuis 2019, de son inscription à l'université de Strasbourg et de son insertion dans la société française, il est constant qu'elle a fait l'objet d'une décision d'éloignement le 31 janvier 2024, devenue définitive. Elle n'est ainsi pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.

4. En second lieu, Mme A, qui se prévaut des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne justifie ni des études qu'elle soutient suivre, ni de l'emploi qu'elle prétend occuper, ni d'aucun élément de nature à établir son insertion dans la société française. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Perrey et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

La magistrate désignée

D. MerriLa greffière

G. Trinité

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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