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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2403509

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2403509

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2403509
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU MW (4)
Avocat requérantCHEBBALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 mai 2024 et le 26 juin 2024, M. B A, représenté, par Me Chebbale, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit le retour durant un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours avec une astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours avec une astreinte de 100 euros par jour de retard et lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

4°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur le refus de séjour :

- l'arrêté ne comporte pas la mention de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étranger et du droit d'asile mais lui a refusé le séjour en tant qu'étranger malade ;

-la signataire, Mme D, ne justifie pas d'une délégation de la préfète régulièrement publiée ;

- la procédure de l'avis médical du collège n'a pas été respectée et l'avis est irrégulier ; l'existence de l'avis n'est pas établie et l'avis doit être conforme aux prescriptions ;

- l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers a été méconnu ; il ne pourrait bénéficier d'un prise en charge médicale dans son pays d'origine ; dès lors qu'il peut prétendre à un tel titre de plein droit, la décision est entachée d'irrégularité en application de la jurisprudence Diaby (213584) ;

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu et la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'obligation de quitter le territoire :

-la signataire, Mme D, ne justifie pas d'une délégation de la préfète régulièrement publiée ;

- la décision est illégale par la voie de l'exception en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- la décision est entachée d'erreur de droit en méconnaissance de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers a été méconnu dès lors qu'il ne peut bénéficier d'un prise en charge médicale dans son pays d'origine et aurait dû se voir délivrer un titre de séjour ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur le pays de destination :

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison des risques qu'il court en cas de retour dans son pays d'origine et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'interdiction de retour

-la signataire, Mme D, ne justifie pas d'une délégation de la préfète régulièrement publiée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative et de l'article L.512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 juin 2024 à 14 heures :

- le rapport de M. E, magistrat-désigné,

- les observations de Me Carraud substituant Me Chebbale, avocate de M. A, assisté d'un interprète.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur le refus de titre de séjour :

1. La présente décision, prise en application du 4° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de l'absence, non contestée, de droit au maintien sur le territoire de l'intéressé, ne constitue pas une décision de refus de titre de séjour laquelle est issue d'une décision du 11 janvier 2024. Dès lors, les moyens soulevés contre une telle décision inexistante doivent être écartés comme étant inopérants.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, par un arrêté du 8 mars 2024 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à Mme D, cheffe de la section asile du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer les mesures en matière de police des étrangers dans des conditions qui ne sont pas contestées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en cause manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le refus de séjour n'étant pas la base légale de la présente décision prise uniquement sur le fondement du 4° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen soulevé, par la voie de l'exception, et tiré de son illégalité est inopérant.

4. En troisième lieu, la présente décision n'ayant pas été prise sur le fondement de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de sa méconnaissance, et partant, de l'erreur de droit est inopérant et doit être écarté.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que, pour lever le secret médical, le requérant se limite à produire des éléments médicaux déjà pris en compte et n'apporte, par des documents généraux sur la situation médicale et sanitaire dans son pays d'origine, aucun élément nouveau de nature à établir qu'il ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Dès lors, il ne justifie pas remplir toutes les conditions fixées par l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prétendre au titre de séjour de plein droit qui y est prévu. Le moyen ainsi soulevé doit, dès lors, être écarté.

6. En cinquième lieu, M. A, de, de nationalité bangladaise, né en 1992, est entré en France le 24 janvier 2023, selon ses déclarations. Il est célibataire et sans enfant mineur à charge et y vit seul sans ressources pérennes, ni logement stable. Il n'établit pas, par ailleurs, qu'il n'aurait plus aucunes relations personnelles ou familiales dans son pays d'origine qu'il a quitté récemment. Il ressort de ce qui a été dit précédemment que le requérant peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision en cause, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale et, à supposer le moyen dirigé contre la présente décision, elle ne méconnaît pas l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs et pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la fixation du pays de destination :

7. M. A qui au demeurant, s'est vu opposer un rejet de sa demande de protection internationale par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile, n'apporte pas d'éléments probants sur les risques réels et personnels qu'il courrait en cas de retour au Bangladesh. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour :

8. En premier lieu, comme il a été dit au point 2, Mme D a délégation de la préfète du Bas-Rhin pour signer la décision en cause.

9. En deuxième lieu, il ressort de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire est régulière. Dès lors le moyen tiré de son illégalité soulevé à l'encontre de l'interdiction de retour ne peut qu'être écarté.

10 En troisième lieu, contrairement à ce qui est soutenu, la préfète du Bas-Rhin ne mentionne en aucun cas que le point de départ du délai d'un an de l'interdiction de retour commencerait à courir dès la notification de la mesure d'éloignement mais à compter de son exécution conformément aux dispositions applicables de l'article L.612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen ainsi soulevé manque en fait et doit être écarté.

11. En quatrième lieu, en se limitant à affirmer sans autre précision que l'interdiction de retour n'est pas justifiée, le requérant ne conteste pas sérieusement son bien-fondé. Par suite, la décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de ce qui précède que, M. A étant admis provisoirement à l'aide juridictionnelle, ses conclusions à fin d'annulation et par voie de conséquence, à fin d'injonction et d'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Chebbale et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

M. E

La greffière,

P. Kieffer

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

,

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