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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2403532

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2403532

lundi 27 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2403532
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGAUDRON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mai 2024, M. C G, détenu au centre de détention d'Oermingen, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 mai 2024, notifié le 21 mai 2024, par lequel la préfète du Bas-Rhin a décidé qu'il serait reconduit vers le Maroc ou tout autre pays où il est légalement admissible.

Il soutient que la décision est insuffisamment motivée, qu'il n'a pas fait l'objet d'un examen particulier, que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code pénal ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouzar pour statuer sur les litiges relevant des dispositions de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouzar, magistrat désigné ;

- les observations de Me Gaudron, avocate de M. G, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que la préfète n'a pas pris en compte la situation personnelle du requérant et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que ses parents, qui résidaient au Maroc, sont depuis décédés, qu'un de ses frères réside en France de manière régulière et que ses autres frères et sœurs ne résident plus au Maroc ; que contrairement à ce que mentionne l'arrêté attaqué, il séjourne en France depuis 2015 et a été titulaire d'une carte de séjour temporaire pour soins en 2017-2018 ; enfin, il est hébergé par un ami à Strasbourg ;

- et les observations de M. G, assisté de M. E, interprète en langue arabe.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant marocain né en 1965, a été condamné à trois peines d'emprisonnement et, en dernier lieu, à une peine de douze mois d'emprisonnement par un jugement du tribunal correctionnel de Strasbourg du 2 février 2023 pour usage illicite de stupéfiants et vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt et récidive, ainsi qu'à une peine complémentaire d'interdiction du territoire français pour une durée de dix ans. Par un arrêté du 15 mai 2024, la préfète du Bas-Rhin a décidé qu'il serait reconduit vers le Maroc ou tout autre pays où il est légalement admissible. M. G demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté du 8 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme F B, cheffe du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à Mme A D, cheffe du pôle régional Dublin, à l'effet de signer l'arrêté attaqué. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de cet arrêté. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 131-30 du code pénal dans sa rédaction applicable au jour du jugement du tribunal correctionnel de Strasbourg du 2 février 2023 : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. / L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion () ". Aux termes de l'article L. 700-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent livre détermine les règles d'exécution : () 7° Des peines d'interdiction du territoire français ; () ". Aux termes de l'article L. 721-3 du même code : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français () ". L'article L. 721-4 de ce code prévoit que : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en fixant son pays de destination, sous réserve qu'une telle décision n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d'un pays où il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet d'une peine d'interdiction définitive du territoire français, par jugement du tribunal correctionnel de Strasbourg du 2 février 2023, dont il n'a pas été demandé le relèvement. La préfète était dès lors en situation de compétence liée pour édicter la décision attaquée et les moyen tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté, du défaut d'examen particulier de sa situation, de l'erreur manifeste d'appréciation ou de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent par suite être écartés comme inopérants.

6. En dernier lieu, si le requérant soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit, il n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. G doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C G et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.

Le magistrat désigné,

M. BouzarLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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