Texte intégral
Par une requête enregistrée le 23 mai 2024, Mme B... E... et sa fille mineure A... C..., représentées par Me Chebbale, demandent au juge des référés :
1°) de prononcer leur admission provisoire à l’aide juridictionnelle ;
2°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 2 février 2024 par laquelle le recteur de l’académie de Strasbourg a rejeté sa demande d’aménagement des épreuves anticipées du baccalauréat 2024 ;
3°) d’enjoindre au recteur de l’académie de Strasbourg, de procéder, dans un délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir, et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, aux aménagements suivants : temps majoré d’un tiers temps, accès facile aux sanitaires avec possibilité de s’y rendre dès la 1ère heure, proximité de l’infirmerie, salle à faible effectifs, mise en forme des sujets en cas de graphique ou illustrations dans le document valeurs contrastées, transmission des consignes orales par écrit, assistant pour reformuler les consignes, séquençage des consignes complexes, pour les explications des sens seconds et métaphoriques, un passage prioritaire pour les épreuves orales, et concernant les épreuves de français une réduction du nombre de textes ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros toutes taxes comprises à verser à leur avocate en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elles soutiennent que :
- la condition d’urgence est remplie eu égard à la proximité des examens du baccalauréat, qui se dérouleront les 14 et 27 juin 2024 ;
- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée les moyens tirés de ce que : elle a été signée par une personne non habilitée à cette fin ; elle est insuffisamment motivée ; sa situation personnelle n’a pas été examinée ; elle méconnaît les dispositions de l’article D. 311-13 du code de l’éducation, dès lors que son plan d’aménagement personnalisé a été implicitement accepté le 26 août 2023 et que l’administration était en situation de compétence liée pour lui accorder les aménagements sollicités ; elle est entachée d’une erreur d’appréciation de sa situation au regard des articles L. 112-4, D. 112-1, D. 351-27 et D. 351-28 du code de l’éducation et L. 114 du code de l’action sociale et des familles, eu égard aux troubles du spectre de l’autisme dont souffre A... ; elle est entachée d’une erreur de droit, dès lors que le recteur s’est cru lié par l’avis du médecin de la commission des droits et de l’autonomie.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 mai 2024, le recteur de l’académie de Strasbourg conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête est irrecevable du fait de la tardiveté du recours au fond, qu’elle a partiellement perdu son objet en cours d’instance, dès lors que la plupart des aménagements sollicités ont, au vu des éléments complémentaires fournis entretemps par les intéressées, été accordés par décision du 27 mai 2024, et qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’éducation ;
- le code de l’action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rees, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique tenue le 30 mai 2024 en présence de Mme Siamey, greffière d’audience, M. Rees a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Cheballe, avocate de Mmes E... et C..., qui déclarent que la décision du 27 mai 2024 satisfait leur demande d’aménagements, sauf en ce qui concerne celle portant sur la mise en forme des sujets en cas de graphique ou illustrations dans le document valeurs contrastées ;
- les observations de M. D..., représentant du recteur de l’académie de Strasbourg, qui précise que l’aménagement portant sur la mise en forme des sujets concerne les épreuves du baccalauréat général de 2025, et non celles du baccalauréat de français de 2024, que Mme C... s’apprête à passer.
La clôture de l’instruction est intervenue à l’issue de l’audience en application du premier alinéa de l’article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : « Dans les cas d'urgence, (…) l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente ou son président ».
Eu égard à l’urgence, il y a lieu de prononcer l’admission provisoire de Mme E... à l’aide juridictionnelle.
Sur l’étendue du litige :
Il résulte de l’instruction qu’en cours d’instance, par décision du 27 mai 2024, le recteur de l’académie de Strasbourg a procédé au retrait de la décision contestée en tant qu’elle a refusé la majoration d’un tiers de temps pour les épreuves écrites et orale, l’accès facile aux sanitaires, une salle avec un nombre réduit de candidats, un nombre réduit de textes à l’épreuve orale de français, et un passage en priorité pour les épreuves orales. Il n’a maintenu la décision contestée qu’en tant qu’elle refuse la proximité de l’infirmerie, l’adaptation des sujets et la mise à disposition d’un assistant.
Les requérantes se déclarent satisfaites de ces mesures, sauf en ce qui concerne l’adaptation des sujets, et déclarent ne maintenir leurs conclusions dirigées contre la décision du 2 février 2024 qu’en tant qu’elle refuse l’adaptation des sujets.
En conséquence, il leur est donné acte du désistement de leurs conclusions dirigées contre cette décision en tant qu’elle refuse la proximité de l’infirmerie et la mise à disposition d’un assistant, et il n’y a pas lieu de statuer sur leurs conclusions dirigées contre cette décision en tant qu’elle refuse la majoration d’un tiers de temps pour les épreuves écrites et orale, l’accès facile aux sanitaires, une salle avec un nombre réduit de candidats, un nombre réduit de textes à l’épreuve orale de français, et un passage en priorité pour les épreuves orales.
Sur le surplus des conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ».
Comme l’ont admis les requérantes à la barre, l’aménagement portant sur l’adaptation des sujets concerne les épreuves du baccalauréat général de 2025, et non celles du baccalauréat de français de 2024, que Mme C... s’apprête à passer. Dans ces conditions, et alors qu’il sera loisible aux requérants, d’ici là, de solliciter la modification de la décision du 27 mai 2024 pour obtenir l’aménagement souhaité quant aux sujets des épreuves, l’urgence à suspendre l’exécution de la décision contestée n’est pas caractérisée.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le recteur de l’académie de Strasbourg, que le surplus des conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d’une injonction et d’une astreinte, ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les frais de l’instance :
Mme E... étant admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Chebbale, avocate des requérantes, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros hors taxes à lui verser.
O R D O N N E
Mme E... est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Il est donné acte à Mmes E... et C... du désistement de leurs conclusions dirigées contre la décision du recteur de l’académie de Strasbourg du 2 février 2024 en tant qu’elle refuse la proximité de l’infirmerie et la mise à disposition d’un assistant.
Il n’y a pas lieu de statuer sur leurs conclusions dirigées contre cette décision en tant qu’elle refuse la majoration d’un tiers de temps pour les épreuves écrites et orale, l’accès facile aux sanitaires, une salle avec un nombre réduit de candidats, un nombre réduit de textes à l’épreuve orale de français, et un passage en priorité pour les épreuves orales.
L’État versera une somme de 1 000 (mille) euros hors taxes à Me Chebbale, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve que Me Chebbale renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle.
Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
La présente ordonnance sera notifiée à Mmes B... E... et A... C..., au recteur de l’académie de Strasbourg et à Me Chebbale.
Fait à Strasbourg, le 5 juin 2024.
Le juge des référés,
P. Rees
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,