mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2403569 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU MW (4) |
| Avocat requérant | ELSAESSER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 mai 2024, Mme C A, née D, représentée par Me Elsaesser, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet de la Moselle lui a refusé le renouvellement de son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit le retour ;
2°) de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur son recours ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours avec une astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois avec une astreinte de 100 euros par jour de retard ou encore, de lui délivrer une attestation de demande d'asile sans délai avec une astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxes à verser à son conseil en application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du
10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou à défaut d'aide juridictionnelle de lui verser la somme de 1800 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative ;
5°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
Sur le refus de renouvellement de l'attestation de demande d'asile :
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; elle a formé une demande d'aide juridictionnelle en vue de présenter un recours devant la Cour nationale du droit d'asile ;
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu dès lors que le préfet n'a pas vérifié son droit au séjour ; l'article en cause n'est pas cité ; sa situation globale n'a pas été examinée ; son fils né en 2002 n'a pas été mentionné qui séjourne en France depuis 2019 ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision est entachée d'erreur de fait quant à l'absence d'attaches familiale en France, seul son époux et sa fille étant mentionnés ; son fils vit régulièrement en France ;
- elle a formé une demande d'aide juridictionnelle en vue d'un recours devant la Cour nationale du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- la décision est entachée d'une insuffisante motivation en méconnaissance de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur le pays de destination :
- la décision n'a pas de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire est irrégulière ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation au regard des risques qu'elle court en raison de son sexe biologique et de sa nationalité ;
- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur l'interdiction de retour :
- la décision n'a pas de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire est irrégulière
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; il existe des circonstances humanitaires ;
- la décision porte atteinte à sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; son fils vit en France ; elle ne représente aucun risque pour l'ordre public ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
Sur la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :
- elle apporte des éléments sérieux de nature à justifier la suspension de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué en application de l'article L.752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est homosexuelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration. ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. E en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative et de l'article L.614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 juin 2024 à 14 heures :
- le rapport de M. E, magistrat-désigné ;
- les observations de Me Elsaesser, avocate de Mme A.
Le préfet de la Moselle n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur le refus de renouvellement de l'attestation de demande d'asile :
1. La requérante étant originaire d'un pays d'origine sûr, la seule circonstance qu'elle a sollicité, dans le délai requis, l' aide juridictionnelle en vue d'une recours devant la Cour nationale du droit d'asile ne lui confère aucun droit au maintien sur le territoire alors qu'il a pris fin dès avant la notification de la décision de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides sur le territoire en application des articles L.531-24, L.542-2 et L.542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
2. En premier lieu, il ressort des termes de la décision qu'elle comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et que le préfet de la Moselle a appréhendé de manière précise et détaillée la situation personnelle de la requérante et ainsi a, contrairement à ce qui est soutenu, nécessairement vérifié son droit au séjour au vu des éléments en sa possession, en application de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans qu'il ait eu besoin de citer cet article. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation, du défaut d'examen des circonstances particulières du dossier et de la méconnaissance de l'article L.613-1 doivent par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, Mme A, de nationalité albanaise, née en 1985, est entrée en France le 7 septembre 2023. Elle est mariée et a une fille mineure qui l'a accompagnée. Si elle fait valoir la présence de son fils majeur en France depuis 2019, une telle situation ne lui confère aucun droit au séjour, dès lors qu'il constitue désormais une cellule familiale dont la requérante était séparée depuis déjà 4 ans. Il en est de même de son beau-frère. Elle ne justifie pas qu'elle n'a plus aucunes relations privées ou familiales dans son pays d'origine qu'elle vient de quitter à l'âge de 38 ans. Dans ces conditions la décision ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
4. En troisième lieu, comme il a été dit précédemment, la seule circonstance que
Mme A a son fils et un beau-frère en France est sans incidence sur la légalité de la décision et ce, à supposer même que, ces personnes n'étant pas mentionnées par le préfet, il s'agisse d'une erreur de fait. Il en est de même, pour les motifs exprimés au point 1, de la circonstances que Mme A a sollicité l'aide juridictionnelle en vue de former un recours devant la Cour nationale du droit d'asile.
Sur la fixation du pays de destination :
5. En premier lieu, dès lors que, comme il ressort de ce qui a été dit aux points précédents l'obligation de quitter le territoire est régulières, la décision fixant le pays de destination est légalement fondée.
6. En deuxième lieu, Mme A, qui, au demeurant, s'est vu opposer un rejet de sa demande de protection internationale par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, n'apporte, à l'appui de la présente instance, aucun élément probant de nature à établir qu'elle courrait des risques réels et personnels en cas de retour dans son pays d'origine du fait de son orientation sexuelle ainsi que de son sexe biologique. La seule circonstance d'être de sexe féminin en Albanie n'a pas pour effet d'entraîner de manière automatique l'existence de risques contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, la décision ne méconnaît pas l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
7. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision, et alors qu'il revient à la requérante, de justifier les risques réels qu'elle court, qu'elle comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée. Elle traduit également un examen particulier de la situation personnelle de la requérante au regard des risques qu'elle courrait en cas de retour en Albanie.
Sur l'interdiction de retour :
8. En premier lieu, dès lors que, comme il ressort de ce qui a été dit aux points précédents l'obligation de quitter le territoire est régulière, la décision d'interdiction de retour est légalement fondée.
9 En deuxième lieu, la requérant n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations selon lesquelles il existerait des circonstances humanitaires faisant obstacle à l'interdiction de retour prise à son encontre, ni, et alors même que le requérante ne constituerait pas une menace pour l'ordre public et n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, d'éléments de nature à en contredire le bien-fondé de la mesure prise en application des articles L.612-8 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision n'est, dès lors, pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation, ni même de disproportion quant à sa durée d'un an seulement pour un maximum fixé à cinq ans.
10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs qu'exprimés au point 3 et en l'absence de tout autre élément la décision ne porte pas une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de l'intéressée et ne méconnaît pas ainsi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. En quatrième lieu, il ressort des termes de la décision qu'elle comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée.
Sur la suspension de l'exécution des mesures d'éloignement :
12. Mme A n'apporte, à l'appui de sa requête, aucun élément sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur son recours. Par suite, sa demande de suspension de la mesure d'éloignement la concernant en application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du doit d'asile ne peut qu'être rejetée.
13. Il résulte de ce qui précède que, Mme A étant admise provisoirement à l'aide juridictionnelle, ses conclusions à fin d'annulation de l' arrêté en cause et de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relatives à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1 : Mme A est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Elsaesser et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024
Le magistrat désigné,
M.E
La greffière,
P. Kieffer
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
pk
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026