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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2403597

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2403597

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2403597
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMENGUS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 23 mai 2024 sous le n° 2403597, Mme C B épouse D, représentée par Me Mengus, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à défaut, lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans le même délai et sous la même astreinte, et entretemps, un récépissé ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 200 euros hors taxes à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la préfète du Bas-Rhin s'est crue liée par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 23 novembre 2023 sur l'état de santé de son mari ;

- l'appréciation portée par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 23 novembre 2023, contraire tant aux recommandations des médecins de son mari, qu'aux précédents avis de ce même collège, est erronée, dès lors que l'état de santé de son mari nécessite un traitement anti-cancéreux indisponible au Maroc ;

- la préfète du Bas-Rhin a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a méconnu les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

- le refus de séjour qui lui est opposé est illégal du fait du refus de séjour opposé à son mari ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

II. Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 mai et 18 juin 2024 sous le n° 2403598, M. A D, représenté par Me Mengus, demande au tribunal :

1°) avant dire droit, d'ordonner à la préfète du Bas-Rhin et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de transmettre tous les éléments, notamment la BISPO et la fiche MEDCOI, leur ayant permis de considérer qu'il peut se faire soigner dans son pays d'origine ; à défaut d'ordonner une expertise judiciaire afin de collecter ces éléments et de rendre un avis au tribunal ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à l'expiration de ce délai ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à défaut, lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans le même délai et sous la même astreinte, et entretemps, un récépissé ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 200 euros hors taxes à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le principe d'égalité des armes implique que la préfète du Bas-Rhin et l'Office français de l'immigration et de l'intégration transmettent tous les éléments, notamment la BISPO et la fiche MEDCOI, leur ayant permis de considérer qu'il peut se faire soigner dans son pays d'origine, ou à défaut que soit ordonnée une expertise judiciaire afin de collecter ces éléments et de rendre un avis au tribunal ;

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la préfète du Bas-Rhin s'est crue liée par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 23 novembre 2023 sur son état de santé ;

- l'appréciation portée par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 23 novembre 2023, contraire tant aux recommandations des médecins de son mari, qu'aux précédents avis de ce même collège, est erronée, dès lors que son état de santé nécessite un traitement anti-cancéreux indisponible au Maroc ;

- la préfète du Bas-Rhin a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a méconnu les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

- le refus de séjour qui lui est opposé est illégal du fait du refus de séjour opposé à son mari ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rees,

- et les observations de Me Mengus, représentant M. et Mme D.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant marocain né en 1945 et entré en France en juillet 2018, selon ses déclarations, y a été admis au séjour en raison de son état de santé à partir de juin 2019. Il a, en dernier lieu, bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 15 novembre 2023. Son épouse, née en 1952, a, quant à elle, bénéficié d'autorisations provisoire de séjour régulièrement renouvelées, afin de pouvoir demeurer à ses côtés en France pendant la durée de ses soins. Par les arrêtés contestés du 22 avril 2024, la préfète du Bas-Rhin leur a refusé le renouvellement de leurs titres de séjour, les a obligés à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être éloignés d'office.

2. Il y a lieu de joindre les requêtes présentées par M. et Mme D pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

4. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. D ainsi que, par voie de conséquence, celui de son épouse, la préfète du Bas-Rhin s'est fondée sur un avis du 23 novembre 2023, par lequel le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, le Maroc.

5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'état de santé de M. D, qui souffre d'un cancer de l'estomac ayant atteint le stade IV, qui correspond à la phase terminale de la maladie, nécessite, outre un suivi régulier par des analyses et scanners, la prise quotidienne et ininterrompue du médicament Glivec 400 mg, qu'il n'est pas impossible de se procurer au Maroc, mais qui y est fort coûteux. Il représenterait ainsi, dans le cas de M. D, même en tenant compte d'une prise en charge par la sécurité sociale de ce pays, un reste à charge de quelque 9 000 euros par an, ce qui, eu égard à la qualité de chauffeur-routier retraité de l'intéressé et au niveau de vie au Maroc, ne permet pas raisonnablement de considérer qu'il pourrait supporter cette dépense, ni par suite effectivement bénéficier du traitement qui lui est indispensable. Au surplus, l'état de santé de M. D ne s'est pas amélioré et nécessitait déjà le même traitement lors des précédents avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui étaient, eux, favorables. Dans ces conditions, M. D est fondé à soutenir que c'est à tort que la préfète du Bas-Rhin a estimé qu'il ne remplit pas les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 425-9 précité.

6. Dès lors, sans qu'il soit besoin d'ordonner les mesures d'instruction qu'il sollicite, ni d'examiner les autres moyens de sa requête, M. D est fondé à demander l'annulation du refus de séjour que lui a opposé la préfète du Bas-Rhin, ainsi que, par voie de conséquence, de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision relative au pays de renvoi qui l'assortissent.

7. Par voie de conséquence, son épouse est fondée à demander l'annulation des décisions prises à son encontre.

Sur l'injonction et l'astreinte :

8. Compte tenu de ce qui a été dit au point 5, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que M. D et son épouse soient admis au séjour. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de délivrer à M. D et à son épouse les titres de séjour sollicités par chacun d'entre eux, dans un délai qu'il convient de fixer à un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme totale de 1 500 euros à verser à M. et Mme D en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : Les arrêtés du 22 avril 2024 par lesquels la préfète du Bas-Rhin a refusé à M. et Mme D la délivrance d'un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français, et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être éloignés, sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin de délivrer à M. et Mme D les titres de séjour qu'ils ont sollicités, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. et Mme D la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse D, M. A D, et la préfète du Bas-Rhin.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Dobry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le rapporteur,

P. Rees L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

D. Merri

La greffière,

V. Immelé

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2403597, 2403598

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