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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2403640

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2403640

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2403640
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU MW (4)
Avocat requérantELSAESSER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 mai 2024 et le 27 juin 2024,

Mme A B, représentée par Me Elsaesser, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit le retour durant un an ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un certificat de résidence algérien dans un délai de deux mois et, dans cette attente, lui délivrer dans le délai de 15 jours un récépissé avec autorisation de travailler avec une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois avec une astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai avec une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxes à verser à son conseil en application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou à défaut d'aide juridictionnelle de lui verser la somme de 1800 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative ;

5°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu dès lors que le préfet n'a pas vérifié son droit au séjour ; l'accord franco-algérien n'est pas mentionné ; le droit qui lui est applicable n'a pas été examiné notamment au regard de son état de santé ; de plus, son état de santé a évolué depuis l'avis émis le 18 octobre 2023 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que son suivi médical sera interrompu ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ; la préfète n'a pas pris en compte l'aggravation de son état de santé ;

- la décision est insuffisamment motivée en droit et en fait et son droit au séjour n'a pas été vérifié en l'absence de visa de l'accord franco-algérien ;

Sur le pays de destination :

- la décision n'a pas de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire est irrégulière ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour :

- la décision n'a pas de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire est irrégulière ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et il existe des circonstances humanitaires ;

- la décision est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration. ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative et de l'article L.614-5 (3e alinéa) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 juin 2024 à 14 heures :

- le rapport de M. D, magistrat-désigné ;

- les observations de Me Elsaesser, avocate de Mme B.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'obligation de quitter le territoire :

1. En premier lieu, il ressort des termes de la décision qu'elle comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et que la préfète du Bas-Rhin a appréhendé de manière précise et détaillée la situation personnelle de la requérante et a ainsi, contrairement à ce qui est soutenu, nécessairement vérifié son droit au séjour au vu des éléments en sa possession, en application de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans qu'il ait eu besoin de citer cet article qui ne constitue pas le fondement de la décision. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation, du défaut d'examen des circonstances particulières du dossier et de la méconnaissance de l'article L.613-1 doivent, par suite, être écartés.

2. En deuxième lieu, si la requérante fait valoir que l'accord franco-algérien n'a pas été visé ni appliqué, d'une part, le défaut de visa est inopérant, et, d'autre part, elle n'invoque aucune de ses stipulations qui aurait permis de lui conférer un droit au séjour dont l'examen aurait été omis par la préfète du Bas-Rhin. Au surplus, les mesures d'éloignement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ont, en l'espèce été mises en œuvre, sont applicables aux ressortissants algériens.

3. En troisième lieu, si la requérante fait valoir que son état de santé a évolué depuis que, le 18 octobre 2023, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, a émis son avis, elle n'a pas porté d'éléments médicaux postérieurs à la connaissance de l'administration et, au demeurant, elle n'a pas contesté le refus de titre de séjour, qui lui a été opposé le 9 janvier 2024.

4. En quatrième lieu, Mme B, de nationalité algérienne, née en 1982, est entrée en France le 11 septembre 2022. Elle fait principalement valoir que son état de santé s'oppose à un retour dans son pays d'origine. La préfète du Bas-Rhin a estimé, en faisant sien l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Si la requérante soutient que l'aggravation de son état de santé, notamment psychique, est la conséquence des pressions et persécutions qu'elle a subies dans son pays d'origine et que la perspective d'y retourner y contribue largement, elle ne l'établit pas alors que, au demeurant, tant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont écarté les risques invoqués. Elle indique d'ailleurs elle-même que cette aggravation serait consécutive au rejet de sa demande d'asile. De plus, à supposer même que le défaut de prise en charge médicale puisse entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, la requérante n'apporte aucun élément probant de nature à établir qu'elle ne pourrait pas être prise en charge dans son pays d'origine et ne pourrait y recevoir un traitement approprié à son état de santé. Dans ces conditions, la requérante ne justifie pas remplir toutes les conditions fixées par l'article 6 7° de l'accord franco-algérien, qui, à la demande de la préfète du Bas-Rhin, est substitué aux dispositions équivalentes de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour prétendre au certificat de résidence de plein droit qui y est prévu, ni ne justifie que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Les moyens ainsi soulevés doivent, dès lors, être écartés.

Sur la fixation du pays de destination :

5. En premier lieu, dès lors que, comme il ressort de ce qui a été dit aux points précédents, l'obligation de quitter le territoire est régulière, la décision fixant le pays de destination est légalement fondée.

6. En deuxième lieu Mme B qui, au demeurant, s'est vu opposer un rejet de sa demande de protection internationale par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, n'apporte, à l'appui de la présente instance, aucun élément probant de nature à établir qu'elle courrait des risques réels et personnels en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision ne méconnaît pas l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

7. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision, et alors qu'il revient à la requérante de justifier les risques réels qu'elle court, qu'elle comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée. Elle traduit également un examen particulier de la situation personnelle de la requérante au regard des risques qu'elle courrait en cas de retour en Algérie.

Sur l'interdiction de retour :

8. En premier lieu, dès lors que, comme il ressort de ce qui a été dit aux points précédents, l'obligation de quitter le territoire est régulière, la décision d'interdiction de retour est légalement fondée.

9. En deuxième lieu, la requérante n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations selon lesquelles il existerait des considérations humanitaires faisant obstacle à l'interdiction de retour prise à son encontre, ni, et alors même que le requérante ne constituerait pas une menace pour l'ordre public et n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, d'éléments de nature à contredire le bien-fondé de la mesure prise en application des articles L.612-8 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision n'est, dès lors, pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation, ni même de disproportion quant à sa durée d'un an seulement pour un maximum fixé à cinq ans.

10. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision qu'elle comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée. Par ailleurs, elle traduit un examen particulier de sa situation personnelle par la préfète du Bas-Rhin..

11. Il résulte de ce qui précède que, Mme B étant admise provisoirement à l'aide juridictionnelle, ses conclusions à fin d'annulation de l' arrêté en cause et de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relatives à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1 : Mme B est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Elsaesser et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024

Le magistrat désigné,

M. D

La greffière,

P. Kieffer

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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