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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2403733

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2403733

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2403733
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPIALAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 mai et 3 juin 2024, M. C E, représenté par Me Pialat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, subsidiairement, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros HT à verser à son avocat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du juillet 1991.

M. E soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est contraire à l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne le pays de destination :

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire prive de fondement cette décision ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire prive de fondement cette décision ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- Aucun moyen n'est développé.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 juin 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête comme étant non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Simon en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Simon, magistrat désigné ;

- les observations de Me Pialat, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

Le préfet du Haut-Rhin, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré produite pour M. E a été enregistrée le 6 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant macédonien, demande l'annulation des arrêtés du 27 mai 2024 par lesquels le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, lui a interdit le retour en France pendant un an, a fixé le pays de destination et l'a assigné à résidence.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. "

3. Le requérant a formulé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. Dans ces conditions, il y a lieu de prononcer son admission d'office au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

4. Par un arrêté du 21 août 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à Mme A, cheffe du bureau de l'éloignement et de l'asile, pour signer les actes relatifs aux étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence l'auteur de la décision doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. M. E, est entré en France, selon ses dires, en 2020 sans effectuer une quelconque démarche pour régulariser sa situation administrative. Il a été interpellé et mis en garde à vue le 27 mai 2024 par les forces de police pour des faits de violences conjugales aggravées. S'il fait valoir qu'il est en concubinage avec Mme D avec laquelle il a eu un enfant B, il n'établit pas la stabilité de sa relation avec elle. Il est sans ressource et ne justifie de participer à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Ainsi eu égard aux conditions du séjour en France de M. E le préfet du Haut-Rhin n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect d'une vie privée et familiale normale par rapport aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français a été prise. De même le préfet n'a pas pris de décision contraire à l'intérêt de l'enfant dans la mesure, comme il vient d'être dit, le requérant ne justifie pas de contribuer à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

7. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la légalité la décision portant interdiction de retour :

8. Les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire ayant été écartés, le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de ces décisions ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant assignation à résidence :

9. Aucun moyen n'est développé contre cette décision.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E tendant à l'annulation des arrêtés du Préfet du Haut-Rhin du 27 mai 2024 doit être rejetée. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1. M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2. Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3. Le présent jugement sera notifié à M. C E, à Me Pialat et au Préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.

Le magistrat désigné,

H SimonLa greffière,

L. Rivalan

La République mande et ordonne au Préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Rivalan

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