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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2403868

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2403868

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2403868
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGOLDBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juin 2024, M. A C, représenté par Me Goldberg, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a prononcé son assignation à résidence ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 000 euros hors taxe au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- faute de justifier d'une délégation de signature régulière, la décision portant assignation à résidence est entachée d'incompétence ;

- la décision est insuffisamment motivée et il n'a pas été procédé à un examen individuel de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation et elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lecard en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lecard, magistrate désignée ;

- les observations de Me Goldberg, avocate de M. C, qui a repris les moyens soulevés dans sa requête en insistant que le fait que M. C participe à l'entretien et l'éducation de sa fille et qu'il souhaite pouvoir l'accueillir au mieux chez son oncle à Colmar ;

-les observations de M. C qui a confirmé sa volonté de s'occuper de sa fille.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée par M. C, a été enregistrée le 12 juin 2024 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien, né le 18 février 2000, a fait l'objet, le 15 janvier 2024, d'une décision, notifiée le jour même, portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour pour une durée d'un an. Par arrêté du 2 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence. Il demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du 30 mai 2024, régulièrement publié le 31 mai 2024 au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. D B, directeur de cabinet, lors de ses permanences à l'effet de prendre de toute mesure listée dont la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, d'une part, la décision contestée comporte les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. D'autre part, il ne ressort pas de ses termes qu'il n'aurait pas été procédé à un examen de sa situation. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance motivation et du défaut d'examen individuel doivent être écartés.

6. En troisième lieu, le requérant se prévaut du fait qu'il est parent d'un enfant français pour lequel il contribue à son entretien et son éducation et qu'il exerce son droit de garde en accueillant sa fille à Colmar chez son oncle et qu'ainsi la mesure contestée a pour effet de le séparer de sa fille. Toutefois, d'une part, contrairement à ce qu'il soutient, il ne démontre pas qu'il accueille systématiquement sa fille à Colmar ni qu'il ne pourrait exercer son droit de garde ailleurs et d'autre part, il ressort des dires mêmes du requérant qu'il a indiqué vouloir résider chez un cousin à Saverne. Par ailleurs, il ne démontre pas que les obligations de pointages s'opposeraient à l'exercice de son droit de garde. Par suite, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 juin 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Goldberg et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le x juin 2024

La magistrate désignée,

A. LecardLa greffière,

L. Rivalan

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Rivalan

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