vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2403929 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | AARPI L'ILL LÉGAL |
Vu les procédures suivantes :
I°) Par une requête, enregistrée le 5 juin 2024 sous le numéro 2403929, M. J, représenté par Me Thalinger, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou à défaut de réexaminer sa situation, sous astreinte de 155 euros par jour de retard en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de faire procéder à la suppression de son signalement dans le système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxe au bénéfice de son conseil à titre principal au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, subsidiairement, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;
- la décision est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- la décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
-la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;
-la décision est insuffisamment motivée ;
-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
-elle est entachée d'erreur d'appréciation ;
Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle se fonde sur une décision illégale ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle se fonde sur une décision illégale ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
II°) Par une requête, enregistrée le 2 juillet 2024 sous le numéro 2404666, M. J, représenté par Me Thalinger, demande au tribunal :
1°)de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°)d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence ;
3°)de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros hors taxe au bénéfice de son conseil à titre principal au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, subsidiairement, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme à lui verser au titre de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la décision portant assignation à résidence :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Une note en délibéré présentée par M. E a été enregistrée le 8 juillet 2024 et n'a pas été communiquée.
III°) Par une requête, enregistrée le 5 juin 2024 sous le numéro 2403930, Mme K épouse E, représentée par Me Thalinger, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou à défaut de réexaminer sa situation, sous astreinte de 155 euros par jour de retard en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de faire procéder à la suppression de son signalement dans le système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxe au bénéfice de son conseil à titre principal au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, subsidiairement, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;
- la décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- la décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
-la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;
-la décision est insuffisamment motivée ;
-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
-elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
-elle est entachée d'erreur d'appréciation ;
Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle se fonde sur une décision illégale ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle se fonde sur une décision illégale ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Une note en délibéré présentée par Mme E a été enregistrée le 8 juillet 2024 et n'a pas été communiquée.
IV°) Par une requête, enregistrée le 1er juillet 2024 sous le numéro 2404611, Mme F H épouse E, représentée par Me Thalinger, demande au tribunal :
1°)de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°)d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assignée à résidence ;
3°)de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros hors taxe au bénéfice de son conseil à titre principal au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, subsidiairement, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme à lui verser au titre de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la décision portant assignation à résidence :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle méconnaît de l'articles L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lecard en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lecard, magistrate désignée qui a soulevé d'office le moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision assignant à résidence Mme H épouse E en raison de leur tardiveté ;
- les observations de Me Hentz, substituant Me Thalinger, qui a répondu au moyen d'ordre public en arguant que les conclusions sont recevables dès lors que les dispositions du code de justice administrative ne font courir le délai de recours qu'à compter de la notification administrative. Elle a soulevé le moyen tiré de l'exception d'illégalité du titre de séjour à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, a insisté sur leur vie privée et familiale et notamment la scolarisation de leurs enfants et leur insertion professionnelle ainsi que sur les obligations qui leur sont faites dans les décisions portant assignation à résidence qui vont au-delà de ce qui est prévu par les textes ;
- les observations de M. et Mme E, assistés de M. I, interprète en langue géorgienne, qui ont insisté sur leurs volontés de rester en France surtout pour leur fille ainée qui ne parle par géorgien et leur intégration professionnelle.
Le préfet du Haut-Rhin n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1.M. et Mme E, ressortissants géorgiens nés en respectivement en 1992 et 1995, sont entrés en France irrégulièrement le 16 octobre 2018 pour y solliciter l'asile. Leurs demandes ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 24 mai 2019 et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 24 septembre 2019. Ils ont fait l'objet d'un arrêté du 23 juillet 2019 portant obligation de quitter le territoire français dont la légalité a été confirmée par le présent tribunal. Le 11 janvier 2024, ils ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de leur présence en France, de la scolarité de leur fille ainée, de la naissance d'un enfant sur le territoire français et de leur intégration professionnelle. Par un arrêté du 25 mars 2024, le préfet du Haut-Rhin a refusé de les admettre au séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et leur a interdit le retour sur le territoire français pendant un an. Ils en sollicitent l'annulation. Par deux arrêtés du 25 juin 2024, dont ils demandent l'annulation, le préfet du Haut-Rhin les a assignés à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées nos 2403929, 2403930, 2404611 et 2404666, présentées pour Mme et M. E, sont relatives à la situation d'un couple au regard de leur droit au séjour en France et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3.Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
4.En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, les requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle demandé.
Sur l'étendue du litige :
5.Il appartient à la magistrate désignée par le président du tribunal administratif, dans le cadre du présent litige, de se prononcer sur les conclusions dont elle est saisie tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination, leur interdisant le retour sur le territoire français et les assignant à résidence. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour, ainsi que sur les conclusions accessoires dont elles sont assorties. Dès lors, il y a lieu de renvoyer à une formation collégiale du tribunal, compétente pour en connaître, les conclusions aux fins d'annulation des décisions par lesquelles le préfet du Haut-Rhin a refusé de les admettre au séjour, ainsi que les conclusions accessoires dont elles sont assorties présentées dans les instances n° 2403929 et 2403930.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et leur interdisant le retour sur le territoire français :
6. En première lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B A, signataire des décisions contestées, était compétente à cet effet en vertu d'un arrêté de délégation du 21 juin 2023 régulièrement publié.
7. En deuxième lieu, les décisions contestées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont dès lors régulièrement motivées, étant précisé que le préfet du Haut-Rhin, qui a porté son appréciation sur les liens privés et familiaux des requérants, n'est pas tenu de se prononcer sur l'ensemble des éléments propres à leur situation. Le moyen doit être écarté.
8. En troisième lieu, aussi regrettable que soit l'erreur de plume à plusieurs reprises concernant le pays d'origine des requérants mais sans que pour autant ces erreurs soient de nature à créer une ambiguïté sur le fait qu'ils sont de nationalité géorgienne, et pour les mêmes motifs qu'au point précédent, il ne résulte d'aucun des termes des décisions contestées que celles-ci seraient entachées d'un défaut d'examen.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
9. Les requérants soutiennent que les décisions portant obligation de quitter le territoire français prises à leur encontre sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité qui entache les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour.
10. D'une part, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6, 7 et 8 du présent jugement, les moyens tirés de l'incompétence du signataire, de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être rejetés.
11. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
12. En l'espèce, les requérants se prévalent de leur durée de présence en France, de la scolarisation de leurs enfants, et de leurs efforts d'intégration. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces des dossiers que les requérants sont entrés en France en 2018 et non en 2016 et que leur durée de présence est en partie justifiée par l'examen de leur demande d'asile puis ensuite résulte de leur maintien en situation irrégulière suite aux décisions d'éloignement dont ils ont fait l'objet en 2019. D'autre part, ils ne peuvent se prévaloir de leur insertion professionnelle en France en produisant uniquement des promesses d'embauche. Par ailleurs, les requérants ne démontrent pas être dépourvus d'attache dans leur pays d'origine où résident leurs parents, frères et sœurs et où ils ont vécu l'essentiel de leur vie. Pour finir, concernant la situation de leurs enfants, aucun élément ne permet d'établir qu'ils ne pourraient pas poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine alors que Luka est scolarisé en classe de maternelle et Nano en classe de CE2 et les décisions contestées n'ont pas pour effet de les séparer d'un ou de leurs deux parents, la cellule familiale pouvant se reconstituer en Géorgie. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale de New-York relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
13. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français.
14. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12 du présent jugement, les moyens dirigés à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale de New-York relative aux droits de l'enfant et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne les décisions leur octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
16. En second lieu, les requérants, en se bornant à invoquer des circonstances particulières, n'établissent pas l'erreur d'appréciation alléguée. Le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne les interdictions de retour sur le territoire français :
17. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".
18. Les décisions contestées, qui mentionnent la durée de présence des requérants en France, la nature des liens dont ils disposent, l'existence d'une précédente mesure d'éloignement, et le fait que les requérants ne représentent pas une menace à l'ordre public, sont dès lors suffisamment motivées. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
19. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
20. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs qu'au point 12, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation n'est pas établi.
En ce qui concerne les décisions portant assignation à résidence et sans qu'il ne soit besoin de statuer sur leur recevabilité :
21. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme G C, signataire des décisions contestées, était compétente à cet effet en vertu d'un arrêté de délégation du 21 août 2023 régulièrement publié.
22. En deuxième lieu, les décisions contestées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont dès lors régulièrement motivées. Elles précisent notamment que les requérants ont une adresse personnelle et stable dans le Haut-Rhin, la durée et les modalités de l'assignation. Le moyen doit être écarté.
23. En troisième et dernier lieu, les requérants soutiennent qu'en leur indiquant qu'ils doivent organiser leur départ dans les plus brefs délais, l'autorité préfectorale a méconnu les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, d'une part, contrairement à ce qu'ils soutiennent, l'article précité dont ils se prévalent liste les cas dans lesquels l'autorité administrative peut assigner à résidence un étranger et non pas la liste des obligations pouvant figurer dans une telle assignation. D'autre part, cette mention, dépourvue de prescription précise, présente un caractère général et constitue uniquement un rappel des conséquences d'une décision portant obligation de quitter le territoire français et d'une assignation à résidence. Par suite, le présent moyen doit être écarté.
Sur les frais d'instance :
24. Dans les circonstances de l'espèce, M. et Mme E ne pouvant être regardés comme la partie principalement gagnante, leurs conclusions au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : M. et Mme E sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les conclusions dirigées contre les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour contenues dans les arrêtés du 25 mars 2024 du préfet du Haut-Rhin et les conclusions accessoires sont renvoyées en formation collégiale.
Article 3 : Les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, des décisions fixant le pays de renvoi et des décisions portant assignation à résidence sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F H épouse E, M. D E, Me Thalinger et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
La magistrate désignée
A. LecardLa greffière,
R. Van der Beek
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
R. Van der Beek
Nos 2403929, 2403930, 2404611, 2404666
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026