jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2403964 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ELSAESSER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés, les 7 et 10 juin 2024, M. A B, représenté par Me Elsaesser, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 29 mai 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence dans le département pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de suspendre l'exécution de l'arrêté préfectoral en date du 3 février 2023 portant obligation de quitter le territoire français ;
4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans cette attente et dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle de lui verser cette somme.
Il soutient que :
Sur les conclusions de suspension de l'obligation de quitter le territoire français :
- depuis l'édiction de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le requérant exerce une activité professionnelle durable en qualité de maçon permettant sa régularisation au titre du travail en application de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur les conclusions d'annulation de la décision portant assignation à résidence :
- elle est entachée d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît le droit d'être entendu ;
- elle méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée au droit de mener une vie privée et familiale normale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
La préfète soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lecard pour statuer sur les litiges relevant des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lecard, magistrate désignée, qui a soulevé d'office le moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fins de suspension comme relevant d'un litige distinct ne relevant pas de son office ;
- les observations de Me Thalinger, substituant Me Elsaesser, avocate de M. B, absent, qui a repris les moyens soulevés dans la requête et a soulevé le nouveau moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'y a pas de perceptive d'éloignement sérieux puisque qu'il va déposer une demande de régularisation et qu'un récépissé devra lui être délivré.
La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant albanais né le 1er janvier 1992 est entré en France en 2018. Le 21 juin 2018, il a présenté une demande d'asile, déclarée irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 3 février 2023 du préfet du Territoire de Belfort, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi, portant interdiction de retour sur le territoire français pour la durée d'un an. Par un jugement du 15 février 2023, le présent tribunal a rejeté le recours à l'encontre de cet arrêté. Par un arrêté du 29 mai 2024, la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence. Il demande l'annulation de cette décision.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu de prononcer au bénéfice de M. B l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fins de suspension :
4. Il résulte des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative peut ordonner l'assignation à résidence d'un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins de trois ans auparavant et pour laquelle le délai pour quitter le territoire est expiré. Une telle mesure a pour objet de mettre à exécution la décision prononçant l'obligation de quitter le territoire français et ne peut être regardée comme constituant ou révélant une nouvelle décision comportant obligation de quitter le territoire, qui serait susceptible de faire l'objet d'une demande d'annulation. Il appartient toutefois à l'administration de ne pas mettre à exécution l'obligation de quitter le territoire si un changement dans les circonstances de droit ou de fait a pour conséquence de faire obstacle à la mesure d'éloignement. Dans cette hypothèse, l'étranger peut demander au président du tribunal administratif sur le fondement des dispositions de l'article L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation de cette décision d'assignation à résidence dans les quarante-huit heures suivant sa notification. S'il n'appartient pas à ce juge de connaître de conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, après que le tribunal administratif a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, il lui est loisible, le cas échéant, d'une part, de relever, dans sa décision, que l'intervention de nouvelles circonstances de fait ou de droit fait obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et impose à l'autorité administrative de réexaminer la situation administrative de l'étranger et, d'autre part, d'en tirer les conséquences en suspendant les effets de la décision devenue, en l'état, inexécutable.
5. Le requérant soutient que la préfète du Bas-Rhin ne pouvait pas légalement fonder sa décision d'assignation à résidence en litige sur l'existence de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 3 février 2023, dès lors qu'il existerait des changements de fait et de droit dans sa situation faisant obstacle à l'exécution de la mesure d'éloignement. Toutefois, d'une part, la circonstance que le requérant exerce la profession de maçon n'est pas une circonstance de fait nouvelle puisque c'était déjà le cas au moment de l'arrêté précité. De même la circonstance qu'il ait formé une demande de titre de séjour à ce titre postérieurement à la décision portant assignation à résidence ne constitue pas un changement dans les circonstances de fait de nature à ôter à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre son caractère exécutoire. D'autre part, si le requérant se prévaut de changement de circonstance de droit par l'entrée en vigueur le 28 janvier 2024 de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, contrairement à ce qu'il soutient ces dispositions ne lui permettent pas d'obtenir automatiquement un titre de séjour dès lors qu'il s'agit d'une régularisation à titre exceptionnel. Par suite, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'existence d'un changement de circonstances de fait et de droit qui s'opposerait à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français du 3 février 2023 et nécessiterait d'en suspendre l'exécution.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
5.En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ". L'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.
6.En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin ne se serait pas livrée à un examen attentif de la situation du requérant.
7.En troisième lieu, si le requérant se prévaut du fait qu'il n'aurait pas pu faire valoir ses droits avant l'édiction de la mesure, toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il a été en mis en mesure de présenter ses observations sur sa situation administrative lors de son audition par les services de police. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. En quatrième lieu, si le requérant soutient que l'autorité préfectorale a méconnu l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son éloignement ne demeure pas une perspective raisonnable, une nouvelle demande d'admission au séjour ayant été déposée, il ressort de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement que l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet est exécutoire et qu'il ne remplit pas les conditions lui permettant d'obtenir de manière automatique un titre de séjour. Par suite, ce moyen doit être écarté.
9. En dernier lieu, si le requérant se prévaut de sa présence en France et de son insertion professionnelle, l'objet de la mesure contestée n'est pas de l'éloigner du territoire français mais uniquement de l'assigner à résidence dans le département du Bas-Rhin. Le requérant ne démontre pas que les modalités d'assignation à résidence porteraient atteinte à sa situation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'erreur d'appréciation et de l'atteinte à sa vie privée et familiale doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B aux fins d'annulation de l'arrêté du 29 mai 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Elsaesser et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
La magistrate désignée,
A. LecardLa greffière,
G. Trinité
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
G. Trinité
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026