mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2403970 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GOLDBERG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 juin 2024, M. B D, représenté par Me Goldberg, avocate, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination ;
3°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a prononcé son assignation à résidence ;
4°) d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de par jour de retard et, subsidiairement, de réexaminer sa situation sous 15 jours ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxes au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur le refus de séjour :
- la décision est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'un vice de motivation ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
- la mesure conduirait à le séparer de ses enfants au mépris de l'intérêt supérieur de ceux-ci ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi :
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- ces décisions doit être annulées en conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour.
Sur la décision l'assignant à résidence :
- elle est illégale en raison de de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- le contrôle de police aux abords d'une distribution alimentaire constitue une démonstration de manœuvre déloyale de l'administration ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré 11 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lecard, magistrate désignée, qui a soulevé d'office le moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité pour tardiveté des conclusions dirigées à l'encontre de la décision portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire dès lors qu'il n'est pas démontré que la demande d'aide juridictionnelle produite concerne bien l'arrêté en cause ;
- les observations de Me Goldberg, avocate de M. D, qui a insisté sur la recevabilité des conclusions, la demande d'aide juridictionnelle concernant le requérant, ayant été introduite dans les délais et concernant nécessairement la décision du 7 novembre 2023 dès lors qu'il n'a pas fait l'objet d'autre mesure à cette période. Elle a également insisté sur la situation familiale du requérant et son état de santé ainsi que sur la distance entre son lieu d'hébergement et le lieu de pointage ;
-les observations de M. D, assisté de M. C, interprète en langue russe, qui a insisté sur la distance entre son lieu d'hébergement et le lieu de pointage.
La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré, produite pour M. D, a été enregistrée le 12 juin 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, ressortissant russe né le 4 octobre 1990, est entré en France irrégulièrement en 2016 pour solliciter l'octroi du statut de réfugié. Ses demandes d'asile et de réexamen ont été rejetées en dernier lieu le 30 juillet 2020. Il a fait l'objet de trois mesures d'éloignement auxquelles il n'a pas déféré en 2018, en 2020 et en 2022. Le 21 juillet 2022, il a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 7 novembre 2023, la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire sous 30 jours et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du 6 juin 2024, il a été assigné à résidence. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de ces décisions.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement des articles 20 de la loi du 10 juillet 1991 et 61 du décret du 28 décembre 2020.
Sur le refus de titre de séjour :
3. Il appartient à la magistrate désignée, dans le cadre du présent litige, de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français avec ou sans délai, fixant le pays de renvoi, portant interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence, dont elle est saisie. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour. Dès lors, il y a lieu de renvoyer les conclusions aux fins d'annulation de la décision par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé de délivrer un titre de séjour à M. D à une formation collégiale du tribunal compétente pour en connaître et les conclusions accessoires y afférant.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi :
4. En premier lieu, le requérant soutient que les décisions précitées sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.
5. D'une part, l'erreur de plume dans l'écriture de son nom, qui émane au demeurant de documents officiels traduits, aussi regrettable soit-elle, ne saurait à elle seule caractériser un défaut d'examen de sa situation. De même, la requalification de sa demande de protection contre l'éloignement en raison de son état de santé en demande de titre de séjour sur ce même fondement ne saurait démontrer un défaut d'examen de sa situation dès lors que l'autorité administrative a bien traité sa demande sans qu'il ait été privé d'une garantie. Par suite, ce moyen doit être écarté.
6. D'autre part, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, ce moyen doit être écarté.
7. Pour finir, le requérant se prévaut de sa durée de présence en France où vit sa femme et ses sept enfants avec qui il réside ainsi que ses liens sociaux. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de son épouse a été rejetée et qu'elle ne bénéfice plus d'un droit au séjour en France. Rien de s'oppose à ce que la famille se reconstitue dans leur pays d'origine ou dans un pays dans lequel ils pourront légalement être admis au séjour. Par ailleurs, le requérant qui a déjà fait l'objet de plusieurs décisions d'éloignements et de condamnations pénales, ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où vivent sa mère et ses frères et sœurs. Pour finir, à supposer même que la famille repartirait en Russie, rien ne permet d'établir que les enfants seront mobilisés de force pour combattre en Ukraine. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
8. Il suit de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité alléguée du refus de titre de séjour entraine celle des décisions subséquentes.
9. En second lieu, d'une part, pour les mêmes motifs que ceux expliqués au point 7 du présent jugement, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
10. En troisième lieu, le requérant ne démontre pas qu'un retour dans son pays d'origine l'exposerait à des traitements inhumains ou dégradants alors qu'au demeurant sa demande d'asile et sa demande de réexamen de sa demande d'asile ont été rejetées. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté portant assignation à résidence :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.
12. En deuxième lieu, les circonstances dans lesquelles seraient intervenues le contrôle de police sont sans incidence sur la légalité de la mesure contestée.
13. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a uniquement pour objet d'assigner l'intéressé à résidence pendant 45 jours, de lui interdire de sortir du département du Bas-Rhin sans autorisation et de lui enjoindre de se présenter une fois par semaine aux services de la police aux frontières de l'aéroport de Strasbourg-Entzheim. Par suite, et alors même que le requérant réside à Bischwiller, la préfète du Bas Rhin n'a entaché sa décision d'aucune erreur d'appréciation concernant sa proportionnalité, ni d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.
12. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés susvisés de la préfète du Bas-Rhin. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Les conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour et les conclusions accessoires y afférant sont renvoyées à une formation collégiale.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Goldberg et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024
La magistrate désignée
A. Lecard
La greffière,
L. Rivalan
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
L. Rivalan
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026