lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2403995 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 8 et 24 juin 2024, M. A C demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel le préfet de la Marne l'a maintenu en rétention administrative ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer une attestation de demande d'asile et de lui permettre de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- faute pour le préfet de justifier d'une délégation de signature régulière, la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;
- elle lui a été notifiée dans une langue qu'il ne comprend pas ;
- elle lui a été notifiée tardivement ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le droit d'asile constitutionnel ;
- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de sa situation personnelle au regard des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa demande d'asile ne présentant pas de caractère dilatoire ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ses garanties de représentation.
La requête a été régulièrement communiquée au préfet de la Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense, uniquement des pièces enregistrées le 8 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B en application des dispositions de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme. B, magistrate désignée ;
- les observations de Me Riehm-Cognee, avocate de M. C, qui rappelle que le requérant est présent depuis 2001 sur le territoire, qu'il dispose d'une situation familiale stable, qu'il est père de trois enfants et bientôt quatre, qu'il a un appartement et exerce une activité professionnelle.
- les observations de M. C qui a indiqué vouloir rester en France.
Le préfet de la Marne n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. / A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7 ".
2. En premier lieu, par un arrêté du 18 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de la Marne a donné délégation à M. Raymond Yeddou, secrétaire général de la préfecture de la Marne, à l'effet de signer toutes les décisions relevant des attributions du représentant de l'Etat dans le département à l'exception de certaines listées dont la décision en cause ne fait pas partie. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été pris par une autorité incompétente doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment ses articles L. 754-1 à L. 754-8, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquels il se fonde. Ainsi, sans qu'ait d'incidence l'absence de mention des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne constituent au demeurant pas la base légale de la présente décision, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans conséquence sur sa légalité, le moyen tiré de ce que la décision contestée n'aurait pas été notifiée au requérant dans une langue qu'il comprend et avec l'assistance d'un interprète en langue arabe ou tardivement doit être écarté comme inopérant.
5. En quatrième lieu, le requérant se prévaut de la circonstance selon laquelle la demande d'asile a bien été faite dans le délai de cinq jours à compter du placement en rétention et de la carence fautive de la préfecture à l'avoir transmise dans les délais. Toutefois, la décision contestée n'est pas motivée par l'éventuelle tardiveté de la demande d'asile mais uniquement au regard du fait qu'elle a été introduite postérieurement à son placement en rétention administrative. La circonstance qu'elle aurait été à tort déclarée irrecevable pour tardiveté est sans incidence sur la légalité de la décision contestée et il appartient au requérant, s'il s'y croit fondé, de contester la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit constitutionnel d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
6. En cinquième lieu, pour prononcer le maintien en rétention administrative de M. C, le préfet de la Marne a relevé notamment que l'intéressé, entré en France en 2001 muni d'un visa touristique ne l'autorisant pas à s'établir durablement sur le territoire, a bénéficié de cartes de séjours temporaires puis en dernier lieu d'une carte de résident qui lui a été retirée, qu'il a fait l'objet d'une mesure d'expulsion le 2 février 2023 en raison de son comportement délictuel et qu'il a été condamné par la Cour d'assises d'appel de la Seine-et-Marne le 1er mars 2019 à une peine de neuf ans de réclusion criminelle pour des faits de viol et d'agression sexuelle imposée à l'encontre d'au moins deux mineurs de moins de quinze ans. S'il se prévaut à l'audience de la présence de sa femme, ses trois enfants et son enfant à naitre, il ne produit aucun élément de nature à établir le lien affectif qui le lierait à eux. S'il se borne à se prévaloir de la situation de violence aveugle en Haïti, il ne produit aucun élément pour démontrer qu'il y aurait un risque d'attaque personnelle. Par ailleurs, s'il soutient que la demande d'asile ne pouvait avoir pour but de faire échec à une mesure d'expulsion dès lors que le pays de renvoi n'étant pas fixé, il ne peut faire l'objet d'un retour en Haïti, il ressort de ce qui a été précédemment développé qu'il ne démontre pas qu'il serait exposé à des peines ou traitement inhumains en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de la Marne a pu à bon droit, et sans commettre une erreur d'appréciation au vu de ces données objectives, estimer que la demande d'asile avait été présentée par l'intéressé, le 5 juin 2024, soit postérieurement à son placement en rétention, dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement, et décider en conséquence de maintenir son placement en rétention pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'OFPRA. Par suite, le moyen tiré d'une erreur dans l'appréciation de sa situation personnelle au regard des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, quant au caractère dilatoire de sa demande, doit être écarté. Il en va de même du moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits et des libertés fondamentales.
7. En sixième lieu, le requérant se prévaut du fait qu'en application de l'article
L. 754-4 du code de l'entrée, du séjour des étrangers et du droit d'asile, il aurait pu être assigné à résidence. Toutefois, il ressort des dispositions en cause que les étrangers ayant effectué une demande d'asile en rétention peuvent faire l'objet d'une mesure d'assignation à résidence uniquement lorsque la décision de maintien en rétention a été annulée. Par ailleurs, contrairement à ce qu'il soutient, il ne peut justifier de la possession d'un document de voyage en cours de validité et il y a un risque qu'il se soustrait à son retour. Par suite, le présent moyen doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 juin 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, Me Riehm-Cognee et
au préfet de la Marne. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Prononcé en audience publique le 8 juillet 2024.
La magistrate désignée,
A. BLa greffière,
R. Van der Beek La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme.
La greffière,
R. Van der Beek
N°2403995
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026