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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2404049

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2404049

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2404049
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGAUDRON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juin 2024, M. A B, représenté par Me Gaudron, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 juin 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son assignation à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros toutes taxes comprises à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou à défaut à lui verser directement.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'incompétence ;

- elle est irrégulière faute pour l'information prévue à l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile d'avoir été délivrée ;

- elle est entachée d'erreur de droit en ce qu'il ne s'est pas vu notifier la décision d'obligation de quitter le territoire du 23 mars 2023 ;

- elle est entachée d'erreur de droit en ce qu'il a exécuté l'obligation de quitter le territoire avant de revenir sur le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur de droit en ce que le requérant a une demande d'asile en cours de réexamen ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation s'agissant des modalités de l'assignation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Dobry en application des articles L. 732-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dobry, magistrate désignée ;

- les observations de Me Gaudron, avocate de M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien né le 28 mai 1974, fait l'objet d'un arrêté pris le 9 juin 2024 par la préfète du Bas-Rhin, portant assignation à résidence pour une durée de 45 jours, qu'il conteste par la présente requête.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du 7 mai 2024, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. Duhamel, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous actes à l'exception de certains d'entre eux au nombre desquels ne figure pas la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son auteur doit être écarté.

5. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient les informations dont doit être assortie la notification d'une assignation à résidence et sont sans effet sur la légalité de cette dernière.

6. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la décision d'obligation de quitter le territoire assortie d'un délai de départ volontaire de trente jours, prise à l'encontre de M. B par le préfet de la Haute-Garonne et fondant la présente assignation à résidence, lui a été régulièrement notifiée le 14 avril 2023. Le requérant n'est, par suite, pas fondé à soutenir que cette obligation de quitter le territoire ne lui a pas été régulièrement notifiée.

8. En quatrième lieu, M. B n'établit pas, par la production d'un billet d'avion ne précisant pas l'année de son édiction, qu'il aurait exécuté l'obligation de quitter le territoire prononcée à son encontre.

9. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont serait entachée la décision contestée n'est pas assorti des éléments de fait suffisants à en apprécier le bien-fondé, et il doit par suite être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B aux fins d'annulation de l'arrêté du 9 juin 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Gaudron et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024

La magistrate désignée,

S. Dobry

La greffière,

L. Rivalan

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Rivalan

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