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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2404061

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2404061

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2404061
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique (2)
Avocat requérantAARPI L'ILL LÉGAL

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 juin et 5 septembre 2024 sous le n° 2404061, Mme A D, représentée par Me Thaligner, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai, et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) subsidiairement, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de réexaminer sa situation, sous astreinte de 155 euros par jour de retard, et de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

5°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de faire procéder sans délai à la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou subsidiairement à elle-même en application du seul article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français a été signée par une personne non habilitée à cette fin ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision relative au délai de départ volontaire a été signée par une personne non habilitée à cette fin ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination a été signée par une personne non habilitée à cette fin ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français a été signée par une personne non habilitée à cette fin ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-elle présente des éléments sérieux justifiant que l'exécution de la mesure d'éloignement soit suspendue dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 juin et 5 septembre 2024 sous le n° 2404063, M. B C, représenté par Me Thaligner, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai, et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) subsidiairement, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de réexaminer sa situation, sous astreinte de 155 euros par jour de retard, et de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

5°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de faire procéder sans délai à la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou subsidiairement à elle-même en application du seul article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français a été signée par une personne non habilitée à cette fin ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- elle est entachée d'une erreur de fait :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision relative au délai de départ volontaire a été signée par une personne non habilitée à cette fin ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination a été signée par une personne non habilitée à cette fin ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français a été signée par une personne non habilitée à cette fin ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle présente des éléments sérieux justifiant que l'exécution de la mesure d'éloignement soit suspendue dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 août 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rees, président, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés à cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Rees a lu son rapport à l'audience tenue le 6 septembre 2024 en présence de Mme Immelé, greffière d'audience, et entendu les observations de Me Thalinger, avocat de Mme D et M. C.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées, nos 2404061 et 2404063, sont relatives à des mesures d'éloignement prises à l'encontre de chacun des membres d'un couple d'étrangers, à la suite du rejet de leurs demandes d'asile. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de Mme D et M. C à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Mme D et M. C, ressortissants géorgiens, sont entrés en France en octobre 2023 en compagnie de leurs deux enfants majeurs. Après avoir retenu que leurs demandes d'asile, traitées en procédure accélérée, ont été rejetées, qu'ils ne bénéficient ainsi plus du droit de se maintenir sur le territoire français à ce titre, et peuvent, dès lors, faire l'objet d'une mesure d'éloignement en application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Bas-Rhin a, par ailleurs, écarté l'existence d'une atteinte grave à la vie privée et familiale, eu égard à la faible ancienneté de leur séjour en France et à la circonstance que leurs deux enfants font également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

5. Or, la fille des requérants, âgée de 19 ans, a présenté, le 5 février 2024, ainsi qu'en atteste la " confirmation de dépôt d'une première demande de titre de séjour " délivrée par les services du ministère de l'intérieur et de l'outre-mer, une demande d'admission au séjour en raison de son état de santé, sans qu'il ressorte des pièces du dossier qu'à la date des décisions contestées, cette demande avait été rejetée, à plus forte raison par une décision assortie d'une obligation de quitter le territoire français. Du reste, l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que produit la préfète, et qu'il lui fallait normalement attendre avant de se prononcer, est daté du 24 juin 2024, postérieurement aux décisions contestées. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, notamment des certificats médicaux produits par les requérants, que leur fille est sévèrement handicapée et a besoin d'être accompagnée dans toutes les tâches de la vie quotidienne, ce qui est de nature à justifier qu'ils puissent demeurer à ses côtés pour lui apporter cette assistance.

6. Par conséquent, les mesures d'éloignement contestées sont entachées d'une erreur de fait, sans laquelle il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date à laquelle elle s'est prononcée, la préfète les aurait prises.

7. La circonstance que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 24 juin 2024, qui indique qu'un défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner, pour la fille des requérants, de conséquences d'une exceptionnelle gravité, fasse présumer que son état de santé n'est pas de nature à justifier qu'elle fût admise au séjour, est sans incidence à cet égard, dès lors que la légalité des décisions contestées doit s'apprécier à la date à laquelle elles ont été prises.

8. Il s'ensuit, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens qu'ils invoquent, que Mme D et M. C sont fondés à demander l'annulation des obligations qui leur ont été faites de quitter le territoire français, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des autres décisions contenues dans les arrêtés contestés.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. En premier lieu, eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement n'implique pas que Mme D et M. C soient admis au séjour en France.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

11. Il résulte de ces dispositions que le réexamen des situations de Mme D et M. C constitue une obligation légale en cas d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français. L'annulation prononcée par le présent jugement n'implique pas que cette obligation soit, derechef, prescrite par voie d'injonction.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ". Aux termes de l'article 7 dudit décret relatif au fichier des personnes recherchées : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas () d'extinction du motif de l'inscription. / () ".

13. Il résulte de ces dispositions que la suppression du signalement de l'étranger dans le système d'information Schengen constitue une obligation légale en cas d'annulation de la décision d'interdiction de retour. L'annulation prononcée par le présent jugement n'implique pas que cette obligation soit, derechef, prescrite par voie d'injonction.

Sur les frais de l'instance :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : Mme D et M. C sont admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les arrêtés de la préfète du Bas-Rhin du 22 mai 2024 sont annulés.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes susvisées est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et M. B C, à la préfète du Bas-Rhin, et à Me Thalinger. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et à la procureure de la République de Strasbourg.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

P. REES

La greffière,

V. IMMELÉ

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2404061-2404063

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