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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2404122

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2404122

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2404122
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBOUDHANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juin 2024, M. B A, représenté par Me Boudhane, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 6 mai 2024 par lesquelles le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans l'attente de ce réexamen, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour, dans les délais, respectivement, d'un mois et quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son avocate en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le refus de séjour est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de qualification juridique des faits en ce qui concerne l'authenticité des actes d'état civil présentés au préfet ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses attaches professionnelles et familiales en France ;

- l'interdiction de retour est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Poittevin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 20 décembre 2003 et entré en France en 2019 selon ses déclarations, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 mai 2024, le préfet de la Moselle a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il refuse de lui délivrer un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et l'interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la légalité de la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de la Moselle a fait application pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. A. Elle indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet a, préalablement à son édiction, procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé.

4. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. () "

5. Pour refuser à M. A le bénéfice de la carte de séjour temporaire qu'il avait sollicité au titre des dispositions citées au point 4, le préfet de la Moselle a notamment relevé que l'intéressé n'a pas présenté sa demande au cours de l'année de son dix-huitième anniversaire mais à l'âge de vingt ans et deux mois. M. A, qui se borne, dans sa requête, à se prévaloir du caractère réel et sérieux de sa formation, ne conteste pas l'affirmation du préfet selon laquelle il ne remplissait pas la condition d'âge prévue par l'article L. 435-3 précité. Si M. A indique, dans sa demande de titre de séjour du 27 février 2024, adressée au préfet et produite en défense, que les délais de production de son passeport par l'ambassade du Mali ne lui ont pas permis de présenter cette demande au préalable, il ne produit à l'instance aucun élément de nature à étayer ces allégations. Or, même à supposer que l'intéressé atteste du caractère réel et sérieux de sa formation professionnelle et que le préfet ne soit pas fondé à remettre en cause l'authenticité des documents justifiant son identité et sa nationalité, le motif tiré de ce que M. A n'a pas présenté sa demande au cours de l'année de son dix-huitième anniversaire suffisait à justifier légalement la décision attaquée. Il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur de qualification juridique des faits ne peuvent qu'être écartés.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, l'obligation faite à l'intéressé de quitter le territoire français, qui mentionne l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas à comporter une motivation spécifique, distincte de celle du refus de titre de séjour qui l'accompagne et qui est suffisamment motivé, ainsi qu'il a été exposé au point 2. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet a, préalablement à son édiction, procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé.

8. En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 5, et dès lors que le requérant ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour doit être écarté.

9. En dernier lieu, M. A soutient résider en France depuis plus de cinq ans et y avoir établi l'ensemble de ses attaches personnelles, sociales et professionnelles. Toutefois, sa présence en France n'est établie qu'à compter du mois de décembre 2020, soit depuis trois ans et demi à la date de la décision attaquée. En outre, hormis une attestation rédigée le 27 février 2024 par un éducateur de l'association " Carrefour ", qui mentionne notamment que l'intéressé s'investit dans les actions de l'association, sans davantage de précisions, M. A n'apporte à l'instance aucun élément de nature à démontrer l'intensité des liens personnels qu'il aurait tissés en France. Dans ces conditions, eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce et en dépit de l'intégration professionnelle du requérant, qui, dans le cadre de sa formation en CAP, travaille en tant qu'apprenti boucher dans un supermarché depuis plus de deux ans et demi à la date de la décision attaquée, le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ".

11. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

12. En l'espèce, la décision contestée vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce notamment que le requérant est présent sur le territoire français depuis trois années, qu'il n'a fait l'objet d'aucune précédente mesure d'éloignement mais qu'il a présenté de faux documents dans le but d'obtenir la délivrance d'un titre de séjour, et qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière. Dans ces conditions, la décision portant interdiction de retour est suffisamment motivée.

13. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 6 à 8, et dès lors que le requérant ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que pour justifier la décision d'interdire de retour M. A sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet de la Moselle a pris en compte, notamment, la durée de sa présence sur le territoire français, et la circonstance qu'il ne justifie pas de liens suffisamment stables en France. Dans ces conditions, et alors même que M. A ne saurait être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public, en l'absence de toute condamnation pénale, et que l'intéressé n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet de la Moselle n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation en fixant à un an, sur les cinq ans prévus par les dispositions précitées, la durée d'interdiction de retour sur le territoire français, qui ne présente pas un caractère disproportionné.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Moselle et à Me Boudhane. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Rees, président,

- Mme Dobry, conseillère,

- Mme Poittevin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

L. POITTEVIN

Le président,

P. REESLa greffière,

V. IMMELE

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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