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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2404153

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2404153

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2404153
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBENECH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juin 2024, M. D B, représenté par

Me Rosenstiehl, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 10 juillet 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a déclaré d'utilité publique les acquisitions et travaux nécessaires au projet de prolongement ouest de la ligne F du tramway, de l'allée des comtes dans le quartier strasbourgeois de Koenigshoffen jusqu'à l'entrée de la commune de Wolfisheim ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que les travaux ont débuté au mois d'avril 2024 et que la circulation a été modifiée, notamment dans la rue où il réside ;

- l'arrêté en litige vise un article D. 112-18 du code rural et de la pêche maritime qui n'existe pas ;

- le dossier de l'enquête publique comporte un certain nombre d'omissions et d'incohérences qui ont affecté l'information du public et de l'autorité administrative ;

- l'étude d'impact est entachée de plusieurs irrégularités, notamment en raison de son caractère lacunaire, de son fractionnement, d'insuffisances de l'étude sur la biodiversité et sur la qualité de l'air aux abords des écoles ;

- aucune dérogation aux interdictions mentionnées à l'article L. 411-1 du code de l'environnement n'a été sollicitée alors qu'un habitat de crapauds verts se trouve à proximité du tracé de l'extension en litige ;

- le principe énoncé au 2° du II de l'article L. 110-1 du code de l'environnement a été méconnu ;

- la modification du plan local d'urbanisme intercommunal est incompatible avec le schéma de cohérence territoriale de la région de Strasbourg ;

- le classement en zone AU de parcelles auparavant situées en zone A est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la physionomie future des lieux eu égard aux objectifs de maintien d'une ceinture paysagère et d'une coupure urbanistique prévu par le document d'urbanisme précité ;

- les inconvénients de l'opération l'emportent sur ses avantages.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que l'intérêt pour agir de M. B n'est pas établi, que la condition d'urgence n'est pas satisfaite, les travaux ayant débuté bien avant le mois d'avril 2024, et que le requérant ne fait état d'aucun moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de son arrêté.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2024, l'Eurométropole de Strasbourg conclut au rejet de la requête et demande au juge des référés de mettre à la charge de M. B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la condition d'urgence n'est pas satisfaite, les travaux ayant démarré le 28 août 2023, et que M. B ne fait état d'aucun moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ;

- le code de l'environnement ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue le 9 juillet 2024, en présence de Mme Adjacent, greffière d'audience :

- le rapport de M. Stéphane Dhers,

- les observations de Me Poinsignon, substituant Me Rosenstiehl, avocat de M. B, qui a repris les moyens et les éléments exposés dans ses écrits ;

- Mme C, représentant la préfète du Bas-Rhin, qui a repris les moyens et les éléments exposés dans ses écrits ;

- Me Benech, représentant l'Eurométropole de Strasbourg, qui a repris les moyens et les éléments exposés dans ses écrits.

Le juge des référés a indiqué que l'instruction était close à l'issue de l'audience publique, conformément à l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 10 juillet 2023, la préfète du Bas-Rhin a déclaré d'utilité publique les acquisitions et travaux nécessaires au projet de prolongement ouest de la ligne F du tramway, de l'allée des comtes dans le quartier strasbourgeois de Koenigshoffen jusqu'à l'entrée de la commune de Wolfisheim. M. B demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cet arrêté en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. Si M. B fait valoir que l'exécution des travaux découlant du prolongement ouest de la ligne F du tramway revêtent un caractère difficilement réversible, il ressort de ses écrits que ceux-ci auraient débuté au cours du mois d'avril de 2024 et le requérant n'apporte aucune explication pour justifier du délai qu'il a pris pour solliciter la suspension de l'exécution de l'arrêté en litige qui est daté du 10 juillet 2023 et contre lequel il a formé une requête en annulation qui a été enregistrée le 30 août 2023. Dans ces conditions, il ne peut qu'être regardé comme étant à l'origine de la situation d'urgence dont il se prévaut. Par suite et pour ce seul motif, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète du Bas-Rhin, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions précitées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B une somme de 500 euros au titre des frais exposés par l'Eurométropole de Strasbourg et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à l'Eurométropole de Strasbourg la somme de 500 (cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à l'Eurométropole de Strasbourg. Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.

Fait à Strasbourg, le 16 juillet 2024.

Le juge des référés,

S. A

La République mande et ordonne au ministre de la cohésion écologique et de la cohésion des territoire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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