jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2404165 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | WASSERMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 juin et 2 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Wassermann, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 mai 2024 par lequel le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à l'expiration de ce délai et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " et l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 à verser à son avocat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- les décisions contestées sont entachées d'incompétence ;
- c'est à tort que le préfet a fondé sa décision de refus de séjour sur le motif tiré de ce qu'il ne justifie pas de son état civil et de sa nationalité ;
- le refus de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour, et elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Par lettre du 16 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de se fonder sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que le motif de la décision de refus de séjour, identique à celui qui avait fondé la précédente décision de refus de séjour annulée par le tribunal, méconnaît l'autorité absolue de chose jugée qui s'attache au motif retenu par le jugement n° 2306464 du tribunal du 7 décembre 2023 pour annuler cette décision.
M. B a présenté des observations le 22 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le jugement n° 2306464 du tribunal administratif de Strasbourg du 7 décembre 2023.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rees ;
- les observations de Me Wassermann, avocat de M. B.
Le préfet de la Moselle n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant congolais, est entré en France en octobre 2020 et a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance de la Moselle à compter du 5 novembre 2020. Le 17 novembre 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 16 août 2023, le préfet de la Moselle a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant un an.
2. Par un jugement n° 2306464 du 7 décembre 2023, le tribunal administratif de Strasbourg a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de la Moselle de procéder au réexamen de la situation de M. B.
3. Par l'arrêté contesté du 7 mai 2024, le préfet de la Moselle a réitéré sa position initiale, en portant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. () ".
5. En premier lieu, la décision de refus de séjour du 16 août 2023 a été annulée par le tribunal aux motifs, d'une part, que c'est par une inexacte application des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Moselle a considéré que la présence de M. B en France représentait une menace pour l'ordre public et, d'autre part, que c'est par une inexacte application des dispositions des articles R. 431-10 et L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 47 du code civil que le préfet de la Moselle avait considéré que M. B ne justifiait pas de son état civil ni de sa nationalité. Les autres décisions contenues dans l'arrêté du même jour ont été annulées par voie de conséquence.
6. Ces motifs constituant le support nécessaire de cette annulation prononcée par le juge de l'excès de pouvoir, ils sont revêtus de l'autorité absolue de chose jugée.
7. Pour rejeter derechef la demande de titre de séjour de l'intéressé, le préfet de la Moselle s'est, à nouveau, fondé sur la considération qu'il ne justifie pas de son état civil et de sa nationalité. Ce faisant, il a méconnu l'autorité absolue de chose jugée qui s'attache au jugement du 7 décembre 2023 et, par suite, entaché sa décision de refus de séjour d'une erreur de droit.
8. Au surplus, les éléments produits à l'instance par le requérant, notamment ceux joints à son mémoire déposé le 22 septembre 2024, que le préfet de la Moselle ne discute pas, permettent de corroborer ses déclarations quant à son état civil et à sa nationalité.
9. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier des énonciations de l'arrêté contesté et des écritures en défense du préfet, que celui-ci n'a remis en cause l'intégration de M. B dans la société française, sa formation professionnelle, et ses liens familiaux dans son pays d'origine que dans la mesure où il a considéré que ce dernier a dissimulé son identité réelle et produit de faux justificatifs. Ces appréciations, qui procèdent de l'erreur de droit relevée au point 7, sont de surcroît erronées, l'intégration de M. B dans la société française étant, comme l'indique l'arrêté en litige, attestée par le service de l'aide sociale à l'enfance, le caractère réel et sérieux de sa formation professionnelle étant, comme le reconnaît le préfet lui-même, illustré par ses résultats positifs et sa progression, et les liens familiaux de l'intéressé dans son pays d'origine étant, selon ce dernier, inexistants. Eu égard à ces considérations, et au vu des attestations circonstanciées et de la promesse d'embauche que produit M. B, ce dernier est fondé à soutenir que le préfet de la Moselle a entaché sa décision de refus de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-3 précité.
10. Par suite, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision de refus de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, de la décision fixant le pays de destination et de l'interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Au regard des motifs d'annulation qu'il retient, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que M. B soit admis au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " prévue par ces dispositions dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.
Sur les frais de l'instance :
12. D'une part, aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
13. Eu égard à l'urgence, il y a lieu de prononcer l'admission, à titre provisoire, de M. B à l'aide juridictionnelle.
14. D'autre part, M. B étant admis à l'aide juridictionnelle, Me Wassermann peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros hors taxes à verser à Me Wassermann, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1 : M. B est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du préfet de la Moselle du 17 mai 2024 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Moselle de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Me Wassermann la somme de 2 000 euros hors taxes en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Wassermann renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Moselle et à Me Wassermann. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rees, président,
Mme Dobry, conseillère,
Mme Poittevin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
Le rapporteur,
P. REES L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
S. DOBRY
La greffière,
V. IMMELÉ
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026