mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2404210 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 et le 26 juin 2024, M. A D, représenté par Me Riehm-Cognée, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 juin 2024 par lequel la préfète des Vosges l'a maintenu en rétention administrative.
Il soutient que :
- faute pour la préfète de justifier d'une délégation de signature régulière, la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;
- elle lui a été notifiée sans l'assistance d'un interprète, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle lui a été notifiée tardivement ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance de l'article 18 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 et de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la France n'étant pas responsable de l'examen de sa demande d'asile ;
- l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement duquel a été prise la décision contestée, est incompatible avec la directive 2013/33/UE ;
- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de sa situation personnelle au regard des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa demande d'asile ne présentant pas de caractère dilatoire ;
- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de sa situation personnelle quant à ses garanties de représentation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lecard en application des dispositions de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lecard, magistrate désignée ;
- les observations de Me Riehm-Cognée, avocate de M. D, qui a insisté sur le fait que sa demande d'asile devait relever de l'Italie et sur ses craintes en cas de retour au Pakistan ;
- les observations de M. D, assisté de M. B, interprète en langue ourdou, qui a précisé ne pas vouloir retourner au Pakistan.
La préfète des Vosges n'était ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercée sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. / A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7 ".
2. En premier lieu, par un arrêté du 24 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète des Vosges a donné délégation à Mme C E, sous-préfète de Saint-Dié des Vosges, à l'effet de signer, notamment la décision attaquée au cours de ses permanences. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été pris par une autorité incompétente doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment ses articles L. 754-1 à L. 754-8, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquels il se fonde. Ainsi, et alors même qu'il n'est pas précisé que l'intéressé aurait introduit une demande d'asile en Italie, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans conséquence sur sa légalité, le moyen tiré de ce que la décision contestée n'aurait pas été notifiée au requérant dans une langue qu'il comprend et avec l'assistance d'un interprète ou tardivement doit être écarté comme inopérant.
5. En quatrième lieu, s'il incombe aux Etats membres, en vertu du paragraphe 4 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, de définir en droit interne les motifs susceptibles de justifier le placement ou le maintien en rétention d'un demandeur d'asile, parmi ceux énumérés de manière exhaustive par le paragraphe 3 de cet article, aucune disposition de la directive n'impose, s'agissant du motif prévu par le d) du paragraphe 3 de l'article 8, que les critères objectifs, sur la base desquels est établie l'existence de motifs raisonnables de penser que la demande de protection internationale d'un étranger déjà placé en rétention a été présentée à seule fin de retarder ou d'empêcher l'exécution de la décision de retour, soient définis par la loi. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile serait incompatible avec les stipulations du d) du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, en tant qu'il ne détermine pas une liste des critères objectifs permettant à l'autorité administrative d'estimer qu'une demande d'asile est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement, ne peut qu'être écarté.
6. En cinquième lieu, le requérant soutient qu'il ne pouvait être maintenu en détention de temps de l'examen de sa demande d'asile dès lors que la France n'est pas responsable dudit examen puisqu'en en application de l'article 18 du règlement (UE) n ° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, l'Italie était responsable de l'examen de sa demande d'asile. Toutefois, en application de l'article 17 du même règlement, chaque état membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale même si cet examen ne lui incombe pas. Ainsi, la préfète des Vosges pouvait sans commettre d'erreur de droit décider que la France procéderait à sa demande d'asile. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier produites en défense que les empreintes du requérant ont été saisies également en Grèce et en Autriche et il ressort de ses écritures qu'il aurait préalablement demandé l'asile en Grèce et Italie. Ainsi, rien ne permet d'établir que l'Italie serait responsable de l'examen de sa demande d'asile en application de l'article 18 du règlement. Par suite, ce moyen doit être écarté.
7. En sixième lieu, pour prononcer le maintien en rétention administrative de M. D, la préfète des Vosges a relevé notamment que l'intéressé est entré en France en août 2023, qu'il n'a jamais sollicité l'asile et qu'il a été condamné par jugement du tribunal judicaire de Nancy le 31 mai 2024 à huit mois d'emprisonnement pour des faits de détention frauduleuse de faux documents administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation et participation association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de 10 ans d'emprisonnement et blanchiment aggravé, concours habituel à une opération de placement dissimulation ou conversion d'un produit d'un délit et aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d'un étranger en France ou dans un état parti à la convention de Schengen, en bande organisée, que cette peine était assortie d'une interdiction de quitter le territoire français de dix ans. Elle a également pu se fonder sur le fait qu'il a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai le 8 février 2024. S'il se borne à soutenir qu'il ferait toujours actuellement l'objet de menaces de mort et qu'il craindrait toujours pour sa vie, il ne produit aucun élément pour le démontrer. Dans ces conditions, la préfète des Vosges a pu à bon droit, et sans commettre une erreur d'appréciation au vu de ces données objectives, estimer que la demande d'asile avait été présentée par l'intéressé postérieurement à son placement en rétention le 11 juin 2024, dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement, et décider en conséquence de maintenir son placement en rétention pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par suite, le moyen tiré d'une erreur dans l'appréciation de sa situation personnelle au regard des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, quant au caractère dilatoire de sa demande, doit être écarté.
8. En septième lieu, si le requérant soutient que la préfète des Vosges a commis une erreur d'appréciation au regard de sa situation personnelle en estimant que le requérant ne présentait pas de garanties de représentations suffisantes, il n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du 15 juin 2024 doivent être rejetées.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Riehm-Cognée et à la préfète des Vosges. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Prononcé en audience publique le 9 juillet 2024.
La magistrate désignée,
A. LecardLa greffière,
L. Rivalan La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme.
La greffière,
L. Rivalan
N°2404210
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026