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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2404297

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2404297

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2404297
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantROMMELAERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 juin et 2 septembre 2024, M. D F, représenté par Me Rommelaere, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros hors taxes au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la signataire de la décision contestée ne disposait d'aucune délégation de compétence ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet de la Moselle n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision en litige est contraire aux dispositions combinées des articles L. 233-1 et

L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 251-1 de ce code ;

- elle méconnaît l'article L. 251-2 du même code ;

- la décision contestée est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- l'illégalité de la précédente décision prive de base légale la décision en litige ;

- la décision en litige est contraire à l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la fixation du pays de renvoi :

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale l'obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision d'interdiction de circuler sur le territoire français :

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision contestée ;

- la décision contestée est contraire à l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. F n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Stéphane Dhers,

- les observations de Me Rommelaere, avocate de M. F.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant espagnol né le 17 mars 2004, déclare être entré en France en 2016. Après avoir été placé en garde à vue le 17 juin 2024 pour des faits d'outrages à personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français par un arrêté du lendemain, dont le requérant demande l'annulation.

Sur la décision obligeant M. F à quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté du 14 mai 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Moselle du 15 mai 2024, le préfet de la Moselle a donné délégation en cas d'absence et d'empêchement de M. C E, directeur de l'immigration et de l'intégration, à Mme B A, cheffe du bureau de l'éloignement et de l'asile, à l'effet de signer les actes se rapportant aux matières relevant de son bureau. Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas allégué que M. E n'aurait pas été absent ou empêché à la date d'édiction de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme A, qui en est la signataire, manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. M. F n'est dès lors pas fondé à soutenir qu'elle est entachée d'un défaut de motivation.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Moselle a procédé à un examen particulier de la situation de M. F avant d'édicter la décision attaquée.

5. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France () ". Aux termes de l'article L. 234-1 de ce code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 251-1 de ce code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () ". Aux termes de l'article L. 251-2 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne () qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1. ".

6. Les mesures justifiées par des raisons d'ordre public ou de sécurité publique ne peuvent être prises que si, après une appréciation au cas par cas de la part des autorités nationales compétentes, il s'avère que le comportement individuel de la personne concernée représente actuellement un danger réel et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société. Conformément au principe de proportionnalité, les autorités compétentes doivent, par ailleurs, mettre en balance, d'une part, la protection de l'intérêt fondamental de la société en cause et, d'autre part, les intérêts de la personne concernée, relatifs à l'exercice de sa liberté de circulation et de séjour en tant que citoyen de l'Union ainsi qu'à son droit au respect de la vie privée et familiale.

7. M. F soutient qu'il a réalisé sa scolarité en France jusqu'en

juillet 2024, qu'il effectue des missions d'intérim depuis le 24 juin 2024 et qu'il ne remplit pas les critères institués par les dispositions précitées permettant son éloignement. Il fait également valoir qu'il vit avec ses parents, qui ont chacun une activité professionnelle stable, et son frère et sa sœur à Fameck. Toutefois, la décision litigieuse a été édictée aux motifs qu'il avait commis des infractions de viol sur mineur de quinze ans entre le 1er juin et le 5 septembre 2019, de refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter le 14 octobre 2020, d'usage de stupéfiants le 2 octobre 2022, de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance le 19 mai 2023 et de violences et outrages sur personne dépositaire de l'autorité publique le 16 juin 2024 et le requérant ne conteste pas la matérialité des faits qui lui sont reprochés en se bornant à faire valoir qu'il n'a pas été poursuivi et que son casier judiciaire ne comporte aucune condamnation. Par ailleurs, M. F n'établit pas qu'il réside en France depuis 2016 ou à tout le moins de manière ininterrompue depuis cinq ans, comme il le prétend. Par suite, à supposer qu'il aurait exercé une activité professionnelle à la date de la décision en litige, le préfet de la Moselle était en droit de l'obliger à quitter le territoire français eu égard à la gravité des infractions qu'il a commises.

8. En cinquième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce que le préfet de la Moselle aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. F doivent être écartés pour les motifs exposés au point précédent.

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire à M. F :

9. En premier lieu, pour les motifs exposés ci-dessus, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision obligeant M. F à quitter le territoire français doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ". Eu égard à la menace avérée pour l'ordre public que représente la présence de M. F en France, le préfet de la Moselle était fondé à lui refuser un délai de départ volontaire pour un motif d'urgence.

11. En troisième lieu, le moyen tiré de la commission d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle de

M. F doit être écarté pour les motifs exposés au point 7.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

12. Pour les motifs exposés ci-dessus, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision obligeant M. F à quitter le territoire français doit être écarté.

Sur la décision d'interdiction de circuler sur le territoire français :

13. En premier lieu, pour les motifs exposés ci-dessus, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision obligeant M. F à quitter le territoire français doit être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté pour les motifs exposés au point 7.

15. En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de

l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce que le préfet de la Moselle aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. F doivent être écartés pour les motifs exposés au même point.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. F tendant à l'annulation de l'arrêté du 17 juin 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D F et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

M. Boutot, premier conseiller,

Mme Stéphanie Jordan-Selva, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 15 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

S. Dhers

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

L. Boutot

La greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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